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21 janvier 1924/2014 : « Lénine, théoricien de la pratique » par Georg Lukacs

 Extrait de la post-face de Georg Lukacs de 1967 à son ouvrage de 1924: « Lénine, une étude de l’unité de sa pensée ».

Dans la chaîne des révolutions démocratiques des temps modernes deux types de leaders, aux antipodes l’un de l’autre, firent leur apparition, incarnés par des hommes tels que Danton et Robespierre, à la fois dans la réalité et dans la grande littérature (on peut penser à Georg Buchner).

 

 

Même les grands orateurs des révolutions ouvrières, par exemple Lassalle et Trotsky, dénotent certains traits Dantonistes.

 

 

Lénine est le premier représentant d’un type entièrement neuf, d’un tertium datur, opposé à ces deux extrêmes. Jusque dans ses instincts spontanés, Lénine garde cette fidélité aux principes des grands ascètes révolutionnaires – bien qu’il n’y ait pas une once d’ascétisme dans la personnalité de Lénine.

 

 

Il était débordant de vie, avec un cetain sens de l’humour, il pouvait jouir de tout ce que la vie avait lui à offrir, de la chasse à la pêche en passant par une partie d’échecs ou encore la lecture de Pouchkine et Tolstoi; et il pouvait se dévouer et s’identifier à des hommes concrets.

 

 

Sa fidélité aux principes s’est mue en une dureté implacable pendant la guerre civile, mais sans haine. Il luttait contre des institutions et naturellement les hommes qui les représentaient, si nécessaire jusqu’à leur annihilation.

 

Mais il l’a toujours considéré comme une nécessité objective, inéluctable humainement regrettable mais à la quelle on ne pouvait pas échapper dans la lutte concrète. Gorki se rappelait de ses mots symptomatiques de Lénine, après avoir écouté la sonate Appassionata de Beethoven:

 

 

« L’Appassionata est la plus belle chose que je connaisse, je pourrais l’écouter tous les jours. C’est une musique divine, magnifique. Je pense toujours avec fierté, peut-être est-ce naif de ma part, Regarde ce que les êtres humains peuvent faire ».

 

 

Il fait ensuite un clin d’oeil, sourit et ajoute avec regret : « Mais je ne peux pas écouter de la musique, cela me tape tellement sur les nerfs que je pourrais dire des bêtises, susurrer des mots doux à l’oreille de ceux capables de produire de telles choses sublimes dans l’enfer abominable dans lequel ils vivent. Cependant, aujourd’hui plus question de susurrer des mots doux – on vous mordrait la main. Nous devons frapper les gens sans pitié sur la tête bien que théoriquement nous soyons contre tout type de violence entre les hommes. Oh, nôtre tâche est diablement difficile ! »

 

 

Il est clair que même une telle démonstration spontanée d’émotions n’est pas une révolte des instincts contre sa « façon de vivre », mais qu’il est ici aussi strictement fidèle aux impératifs de sa conception du monde.

 

 

Des décennies avant cet épisode, le jeune Lénine polémiquait contre les Naordniks et leurs critiques marxistes légaux.

 

 

En analysant ces derniers, il soulignait que l’objectivisme de leur démonstration de la nécessité d’une série donnée de faits, et combien il était facile de tomber dans la « position d’un apologiste de ces faits ».

 

 

Pour lui, la seule solution c’était la plus grande cohérence du Marxisme sans sa capacité à saisir la réalité objective, à dévoiler les véritables racines sociales de ces faits eux-mêmes.

 

 

La supériorité du Marxiste sur le simple objectiviste résiste dans sa cohérence ; il applique son objectivisme plus profondément et plus rigoureusement.

 

 

Seule cet objectivité supérieure peut être la source de ce que Lénine appelait l’engagement, « s’engager, quand on analyse un événement, c’est adopter directement et ouvertement la position d’une classe sociale particulière. »

 

 

L’attitude subjective découle toujours d’une réalité objective et y revient.

 

 

Cela peut produire des conflits si les contradictions de la réalité atteignent un point d’opposition mutuellement exclusive, et chaque homme engagé doit traiter lui-même ce type de conflits.

 

 

Mais il y a une différence fondamentale entre le conflit de convictions et de sentiments ancrés dans la réalité – dans les rapports d’un individu – et l’homme en conflit qui ressent sa propre existence en tant qu’être humain comme mise en danger. Ce dernier cas n’est jamais vrai pour Lénine.

 

 

Le plus grand hommage que rend Hamlet à Horace est le suivant : « Bienheureux ceux chez qui le tempérament et le jugement sont si bien d’accord ! / Ils ne sont pas sous les doigts de la fortune une flûte qui sonne par le trou qu’elle veut ».

 

 

Le tempérament et le jugement : leur opposition comme comme leur unité ne découlent que de la sphère biologique comme base générale et immédiate de l’existence humaine. Concrètement, les deux expriment l’harmonie ou la dissonance d’un être humain social avec un certain moment historique, en théorie et en pratique.

 

 

Tempérament et jugement se mariaient bien en Lénine car il orientait sa connaissance de la société à tout moment vers l’action qui était socialement nécessaire à ce moment-là, et car sa pratique suivait toujours nécessairement la somme et le système des idées vraies accumulées jusqu’alors.

 

 

Il n’y avait donc chez Lénine pas la moindre trace de ce qui aurait pu apparaître comme de l’auto-satisfaction. Le succès ne l’a jamais rendu vaniteux, tout comme l’échec ne l’a jamais déprimé. Il insistait sur le fait qu’il n’y avait aucune situation à laquelle un homme ne pouvait apporter une réponse pratique.

 

 

Il était un de ces grands hommes qui – précisément dans la pratique de leur vie – avaient réalisé beaucoup de choses, y compris les plus essentielles. Néanmoins – ou peut-être par conséquent – presque personne n’a jamais écrit aussi durement, avec aussi peu de pathos sur ses propres échecs, réels ou potentiels :

 

 

« L’homme intelligent n’est pas celui qui ne fait pas d’erreurs. Ces hommes n’existent pas, ils ne pourraient pas exister. L’homme intelligent est celui qui ne fait pas d’erreurs fondamentales et qui sait comment les corriger rapidement et sans conséquences ».

 

 

Ce commentaire si prosaïque sur l’art de l’action exprime plus clairement le fond de son attitude que toute profession de foi grandiloquente.

 

 

Sa vie fut perpétuellement dans l’action, la lutte ininterrompue dans un monde où il était profondément convaincu qu’il n’y avait pas de situation sans une solution, pour lui ou ses opposants. Le leitmotiv de sa vie était, logiquement, toujours être prêt pour l’action – l’action juste.

 

 

La sobre simplicité de Lénine eut donc un effet énorme sur les masses.Encore en opposition avec le premier type de grand révolutionnaire, il était un tribun du peuple sans égal, sans la moindre trace de rhétorique (pensons à ce sujet à des Lassalle et Trotsky).

 

 

Tant dans sa vie privée comme publique il avait une aversion profonde pour les beaux parleurs, pour tout ce qui était grandiloquent et exagéré. Il est encore significatif qu’il ait donné à ce mépris politique et humain de tout ce qui était « exagéré » une base philosophique objective :

 

 

« Toute la vérité, si elle est exagérée, ou si elle s’étend au-delà des limites de sa réalisation concrète peut devenir une absurdité, et elle tendra dans de telles conditions à devenir une absurdité ».

 

 

Cela signifie que, pour Lénine, même les catégories philosophiques les plus générales n’étaient jamais une généralité contemplative abstraite, elles étaient constamment tournées vers la pratique, comme les moyens de la préparation théorique pour la pratique.

 

 

Dans le débat sur les syndicats, il s’opposa à la position équivoque, éclectique et de conciliation de Boukharine en s’appuyant sur la catégorie de totalité. La façon dont Lénine appliquait une catégorie philosophique est symptomatique :

 

 

« Si nous devons avoir une véritable connaissance d’un objet, nous devons le regarder et mettre à l’épreuve toutes ses facettes, ses connections et ses ‘médiations’. C’est quelque chose que l’on ne peut réaliser intégralement, mais la règle de la totalité nous préserve de bien des erreurs et rigidités ».

 

 

Il est instructif de voir comment une catégorie philosophique abstraite, renforcée par des réserves épistémologiques quant à son application, sert directement comme un impératif pour une pratique juste.

 

 

Cette attitude chez Lénine, on peut la voir encore plus clairement exprimée dans le débat sur la paix de Brest-Litovsk.

 

C’est devenu un lieu commun historique que de dire qu’en termes de Realpolitik, Lénine avait raison contre les communistes gauchistesqui, sur des bases internationalistes, défendaient le soutien à la révolution allemande qui s’annonçait par une guerre révolutionnaire, risquant l’existence même de la République soviétique russe.

 

 

Mais la pratique correcte de Lénine reposa sur une analyse théorique profonde de la particularité du développement de la révolution dans son ensemble.

 

 

La priorité à la révolution mondiale sur un seul événement mondial, disait-il, était une vérité authentique (donc pratique), « si on n’ignorait pas le chemin difficile et long vers la victoire totale du socialisme ».

 

 

Mais, par rapport à la particularité théorique de cette situation concrète, il ajoutait : « Toute vérité abstraite devient un mot creux si elle est appliquée à chaque situation concrète ».

 

 

La différence entre la vérité et la phraséologie révolutionnaire comme base de la pratique est, donc, que tandis que la première découle de l’état exact de la lutte révolutionnaire nécessaire et possible à ce moment précis, le dernier non.

 

 

Les sentiments les plus nobles, et l’engagement le plus désintéressé, ne deviennent que paroles creuses si l’essence théorique de la situation (sa particularité) ne permettent aucune pratique révolutionnaire authentique.

 

 

Une telle pratique n’est pas nécessairement un succès. Lors de la révolution de 1905, Lénine s’opposa vigoureusement au jugement de Plekhanov sur la défaite du soulèvement armé à Moscou, pour lui, il « n’aurait pas fallu prendre les armes ». Pour Lénine, cette défaite a fait avancer le processus révolutionnaire dans son ensemble.

 

 

Toute analogie, toute confusion de l’abstrait avec le concret, de l’universel avec le réel, conduit immédiatement à des mots creux ; par exemple la comparaison entre la France de 1792-93 et la Russie en 1918, souvent employée dans le débat sur Brest-Litovsk.

 

 

De la même façon, quand les communistes allemands dressèrent des thèses très intelligentes, auto-critiques après le putsch de Kapp en 1920, comme principes directeurs si jamais un tel putsch devait se reproduire, Lénine leur aurait dit : Comment savez-vous que la réaction allemande refera un tel coup ?

 

 

De telles réponses portent avec elles l’auto-éducation permanente de Lénine. En 1914, après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, à la suite de démêlés avec la police, il se réfugia en Suisse.

 

 

Une fois arrivé, il décida que la première tâche à faire était de profiter pleinement de ses « vacances » en étudiant la Logiquede Hegel.

 

 

De la même façon, quand il vivait clandestinement dans la maison d’un ouvrier après les événements de Juillet 1917, il remarqua comment ce dernier louait le pain du midi : « Alors, ils n’osent même plus nous donner du pain de mauvaise qualité, maintenant ! ».

 

 

Lénine fut frappé et enchanté par cette « analyse de classe des journées de Juillet ». Il réfléchit sur ses propres analyses complexes de cet événements et les tâches qui en découlaient : « Le pain, moi qui n’ai pas connu le besoin, je n’y avais pas pensé (…) l’esprit approche le fondement de tout chose, la lutte de classe pour le pain, par une analyse politique qui passe par des chemins extrêmement complexes et tortueux. »

 

 

Pendant toute sa vie, Lénine était toujours en train d’apprendre ; que ce soit de la Logique de Hegel ou de l’opinion d’un travailleur sur le pain.

 

 

L’auto-éducation permanente, l’ouverture constante à de nouvelles leçons de l’expérience, est une des dimensions essentielles de la priorité absolue de la pratique dans la vie de Lénine. Cela – et surtout la forme de son auto-éducation – créa un fossé insurmontable entre lui et tous les empiristes ou politiciens au pouvoir.

 

 

Il ne rappelait pas seulement l’importance de la catégorie de la totalité, comme base et mesure de la politique sur le plan polémique et pédagogique. Les exigences qu’il s’imposait étaient bien plus dures que celles qu’il imposait à ses plus estimés collaborateurs.

 

 

Universalité, totalité et la singularité du concret étaient les traits décisifs de la réalité dans laquelle l’action devait être entreprise ; dans quelle mesure elles devaient être comprises est donc la mesure de la véritable efficacité de toute pratique.

 

Bien sûr, l’histoire fait naître des situations qui contredisent les théories connues. Il y a même des situations où il est impossible d’agir selon des principes vrais et reconnus comme vrais.

 

 

Par exemple, avant Octobre 1917, Lénine avait prédit avec justesse que dans une Russie économiquement arriérée, une forme de transition, ce qui allait plus tard la NEP, serait indispensable.

 

 

Mais la guerre civile et l’intervention étrangère imposèrent à l’État soviétique ce qu’on appela le communisme de guerre.

 

 

Lénine céda à cette nécessité factuelle mais sans abandonner sa conviction théorique. Il conduisit aussi efficacement que possible ce qui était imposé par le communisme de guerre, sans – contrairement à la majorité de ses contemporains – à aucun moment considérer que le communisme de guerre était la forme authentique de transition vers le socialisme.

 

 

Il était absolument déterminé à revenir à la ligne théoriquement juste de la NEP dès que la guerre civile et l’intervention étrangère arrivèrent à leur terme. Dans les deux cas, il ne fut jamais ni un empiriste ni un dogmatique, mais un théoricien de la pratique, un praticien de la théorie.

 

 

Tout comme « Que faire ? » est un titre symbolique de l’ensemble de sa production écrite, la base théorique de son ouvrage est une thèse préliminaire de l’ensemble de sa conception du monde (Weltanschauung).

 

 

Il affirmait que la lutte de classe spontanée incarnée dans les grèves, même si elles sont bien organisées, ne produisent que les germes de la conscience de classe au sein du prolétariat.

 

 

Il manque encore aux travailleurs « la conscience de l’opposition irréductible de leurs intérêts avec ceux du système social et politique actuel dans son ensemble ». Encore une fois, c’est la totalité qui détermine la bonne voie à la conscience de classe tendant vers la pratique révolutionnaire.

 

 

Sans une orientation vers la totalité, il ne peut y avoir de pratique historiquement vraie. Mais la connaissance de la totalité n’est jamais spontanée, elle doit toujours être introduite « de l’extérieur », c’est-à-dire théoriquement.

 

 

La prédominance de la pratique ne peut donc être réalisée que sur la base d’une théorie qui doit viser à la totalité. Mais, comme Lénine le savait bien, la totalité de l’étant tel qu’il se déploie objectivement est infini, et elle ne peut donc jamais être adéquatement saisie.

 

 

Un cercle vicieux semble se mettre en place entre l’infinité du savoir et les impératifs toujours actuels d’une action concrète, immédiate. Mais cette insolubilité théorico-abstraite peut – comme le nœud gordien – être tranchée par la pratique.

 

 

La seule épée valable, c’est l’attitude humaine pour laquelle nous devons encore faire référence à Shakespeare : « The readiness is all », le tout c’est d’être prêt.

 

 

Un des traits les plus caractéristiques et les plus créatifs de Lénine est qu’il n’a jamais cessé d’apprendre théoriquement de la réalité, tout en restant toujours prêt pour l’action.

 

 

Cela détermine un des attributs les plus frappants et les plus paradoxaux en apparence de son style théorique : il ne voyait jamais les leçons tirées de la réalité comme achevées, mais ce qu’il en avait appris était organisé et dirigé en lui vers l’action possible à chaque moment donné.

 

 

J’eus la chance d’être témoin de l’attitude de Lénine lors de ces innombrables moments. C’était en 1921. Il y avait une session du comité tchécoslovaque du III ème Congrès du Komintern.

 

 

Les questions étaient extrêmement complexes, les opinions inconciliables. Soudainement, Lénine fit son apparition. Tout le monde lui demanda son opinion sur les problèmes tchèques.

 

 

Il refusa de répondre. Il disait qu’il avait essayé d’étudier les dossiers mais que des affaires politiques urgentes avaient fait irruption et qu’il avait juste jeté un coup d’oeil à deux journaux qu’il avait emporté avec lui dans sa veste.

 

 

C’est seulement après avoir été interrogé à plusieurs reprises qu’il accepta de donner ses impressions sur les deux journaux. Il les tira de sa poche et livra une analyse non-méthodique, improvisée en commençant par l’article principal et en finissant par les nouvelles du jour.

 

 

Cette analyse impromptue fut l’analyse la plus profonde de la situation en Tchécoslovaquie et des tâches du Parti communiste.

 

 

Évidemment, homme caractérisé par sa préparation à l’action et sa cohérence, dans la relation réciproque entre théorie et pratique, Lénine choisit toujours de donner la priorité à la pratique. Il le fit de façon frappante à la fin de son principal ouvrage théorique, Etat et Révolution.

 

 

Il l’écrivit dans la clandestinité après les journées de Juillet, et il ne put jamais finir le dernier chapitre sur les expériences des Révolutions de 1905 et 1917. Le cours de la Révolution ne lui permit pas.

 

 

Dans un post-scriptum, il écrivait : « Il est plus plaisant et utile de vivre l’expérience de la révolution que d’écrire sur elle ». Il dit cela avec une profonde sincérité. Nous savons qu’il a toujours voulu pallier à ce qu’il n’avait pu faire. Ce n’est pas lui mais le cours des événements qui le rendit impossible.

 

 

Il y eut un changement important dans les attitudes humaines ces derniers siècles : l’idéal du « sage » stoico-épicurien a eu une très forte influence sur nos opinions éthiques, politiques et sociales, bien au-delà des limites de la philosophie académique.

 

 

Mais cette influence fut tout aussi une transformation interne : l‘élément pratique-actif dans ce prototype se renforça par rapport à l’époque classique. La préparation permanente à l’action de Lénine est le dernier, et jusqu’à présent le plus grand et le plus important, stade de ce développement.

 

 

Le fait qu’aujourd’hui la manipulation absorbe la pratique et que la « fin des idéologies » absorbe la théorie, cet idéal ne pèse pas lourd aux yeux des « experts », ceci n’est qu’un épisode, allant contre la marche de l’histoire mondiale.

 

Par-delà le sens de ses actions et écrits, la figure de Lénine comme incarnation de la préparation permanente à l’action représente une valeur ineffaçable : une nouvelle forme d’attitude exemplaire face à la réalité.

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Roger Marié, vétéran du PCF, candidat sur la liste « les voix de la colère »

C’est à la Fête des Libertés que Roger a accepté d’être sur notre liste, le dernier, comme il nous l’a demandé. Le dernier pour nous pousser, nous soutenir et perpétuer le combat de toute une vie d’engagement pour les autres, pour une société de justice, sans exploitation, sans misère, un combat qu’il a mené au Parti communiste.

Roger est né en 1925, en 1936 il a 11 ans. Depuis 1935, il joue dans une chorale que l’on appelle : Les pupilles de la fraternelle coopérative ouvrière.
Cette année est marquée par la grève générale. La chorale participe dans les usines en grève a des actions de soutien aux grévistes : chansons et diverses petites scènes de théâtre. Roger se souvient de la joie des ouvriers après la victoire et les droits obtenus : les congés payés, les 40 heures, l’augmentation de salaires … leurs sorties de l’usine drapeau rouge en tête, au son de l’internationale. Quelle joie pour lui qui chantait avec eux, aux cotés de son père et son grand père qui travaillaient tous deux dans cette usine.
En 1937, triste souvenir, la guerre civile en Espagne, mais premier contact avec le militantisme international. Soutien de la CGTU et du PCF aux Républicains espagnols, avec Dolorés du Parti Communiste Espagnol : les brigades internationales, des milliers de volontaires.
Pour lui, merveilleux souvenir de 1937 : la fête de l’huma à Garches en région parisienne, où avec sa chorale, ils ont représenté Saint-Quentin en interprétant le drapeau rouge sur la scène centrale, quelle joie pour lui, devant cette foule. Quelle joie aussi quand sur cette même scène, ont pris la parole Marcel Cachin directeur de l’huma et Jacques Duclos, 1er secrétaire National de son Parti, le PCF.
Autre souvenir en 1937 : les discours de Maurice Thorez et de Ernest Helnan , secrétaire du Parti Communiste allemand , contre la guerre qui menace le monde. Ensemble ils dénoncent le patronat et la grande bourgeoisie qui se tournent délibérément vers Hitler par peur de la classe ouvrière française. Pour eux à cette période : mieux vaut Hitler que le front populaire.
En 1940 : La guerre ! Roger a 15 ans, c’est l’occupation de notre pays.
Le 1er mai 1942 il est dénoncé à la milice, il est prévenu de leur venue imminente à la maison. Il quitte Saint Quentin avec un ami. Et là commence la galère pendant deux ans. De ville en ville, de petit boulot en petit boulot, il galère, il connaît la faim et la misère. Jusqu’au beau jour de la libération où enfin il peut rentrer chez lui.
A la fin de 1944, il adhère au PCF et dans la première usine où il travaille, il adhère à la CGT. Commence alors tout une vie de militant, particulièrement dans son quartier à la cellule Jacques Duclos. Sa première responsabilité : diffuseur de l’Humanité, à l’époque organe central du PCF, et ce, chaque dimanche. On ne compte plus ses collages d’affiches et distributions de tracts. Le combat continue, membre du comité de section, il visite toutes les cellules pour aider à leur développement.
Il est élu ensuite au comité fédéral. Il participe à la campagne des élections pour les députés par des visites et des prises de parole dans les villages pour le vote communiste. Inlassablement il milite pour notre combat contre la guerre au Vietnam et pour la libération d’Henri Martin, mais aussi pour la paix en Algérie et la libération de Jacques Duclos.
En 1950, il est embauché à l’hôpital de Saint Quentin pour y travailler jusqu’à sa retraite en 1980. Là commence la lutte syndicale, il n’existe pas encore de syndicat CGT, seul FO est présent.
Il prend sa carte au syndicat CGT des communaux de Saint Quentin. A cette époque hospitaliers et communaux font parti de la fédération des services publics et de santé.
Il se fixe comme tâche de mettre en place la CGT dans l’établissement. Une année et demi après, avec quelques camarades c’est chose faîte. Il se présente aux élections des commissions et est largement élu.
Au congrès fédéral CGT à Paris Versailles il est élu à la CE.
C’est a ce congrès qu’il fait la connaissance du directeur de l’hôpital de Chauny, le camarade Defenin, membre du PCF et responsable des cadres CGT. Ce camarade a été nommé préfet à la libération. C’est ensemble qu’ils mettent en place plusieurs syndicats dans le département.

En 1968, plusieurs établissements sont en grève. Avec les salariés il ne lâchera rien.

Conseiller municipal à Saint-Quentin, là aussi, il sera infatigable.

Quel parcours ! Pas un jour, pas une heure sans lutter, jusqu’à aujourd’hui, où il lutte contre la maladie qui le ronge, toujours soutenue par sa femme Arlette.

Au nom de tous les camarades de Saint-Quentin, nous souhaitions exprimer à nouveau à quel point nous sommes fiers d’avoir Roger Marié parmi nous. Avec Paulette Carpentier, ils sont les fers de lance d’un combat que nous nous sommes engagés à continuer, notre drapeau en tête, avec comme eux, le point levé, avec comme eux, la faucille et le marteau comme symboles de nos luttes et de nos idéaux.

Rétablis toi vite, nous avons encore besoin de toi.

Corinne Bécourt,
Secrétaire de Section PCF de Saint-Quentin
Olivier Tournay,
Tête de liste des « Voix de la Colère »
 

 

La cellule d’entreprise, l’activité à l’entreprise: rappels théoriques essentiels de nos camarades portugais

Le rôle et l’importance des cellules d’entreprise dans l’organisation du parti, article théorique du PCP

Le lien du parti aux masses dans les entreprises et les lieux de travail. 

De Manuel Gouveia, membre du Comité Central du Parti Communiste Portugais 

 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Comme tout élément inséré dans un processus historique, le lien du parti aux masses ne se décrète pas, ne se décide pas lors des congrès, et n’est pas quelque chose d’acquis, de garanti où nous le construisons, d’inatteignable où il n’existe pas aujourd’hui. Il dépend de la justesse de nos orientations, dans la mesure où celles-ci guident notre action, de nos priorités, de notre ligne politique. Et d’une pratique révolutionnaire qui concrétise ces orientations.

Car, dans le travail du Parti, nous ne pouvons pas dissocier les orientations de leur concrétisation. Il ne sert à rien d’avoir des positions correctes si après leur élaboration collective, on oublie leur mise en œuvre collective. Le Parti s’est toujours fixé le lien aux travailleurs dans les entreprises et les lieux de travail comme la priorité des priorités. Mais il n’a pas toujours eu la capacité de mettre en œuvre cette orientation.

Le militant communiste

Le parti se construit avec des militants, des hommes et des femmes qui intègrent leur action individuelle dans le collectif du parti. C’est dans le militant communiste que réside l’essentiel du lien du parti aux masses. Par ce qu’il apporte au Parti de son lieu de travail, de son entreprise, de son secteur, de sa classe. Par ce que le Parti lui apporte à son tour.

Augmenter le nombre d’adhérents du PCP dans les entreprises et les lieux de travail est une condition nécessaire (bien qu’insuffisante) du renforcement du lien du parti aux travailleurs. Dans les entreprises dans lesquelles le Parti est déjà organisé, le recrutement doit être lui-aussi organisé: en élaborant des listes des travailleurs à contacter, en définissant la meilleure manière de les aborder chacun, tout en faisant un contrôle régulier de l’exécution des tâches. Dans les autres entreprises, il faut être capable de définir des priorités, de canaliser les forces dans l’action militante, d’élaborer des plans de travail et de contrôler l’exécution des tâches. Sans oublier que, dans la définition des priorités, il faut certes prendre en compte les facteurs objectifs (nombre de travailleurs, importance stratégique), mais les facteurs subjectifs ne peuvent pas être sous-estimés (par exemple, les conséquences de la situation sociale concrète de l’entreprise). Et enfin il faut orienter les nouvelles adhésions de travailleurs vers les cellules d’entreprise pour organiser le travail dans les entreprises.

Trop de fois nous pensons avoir terminé ici le processus de recrutement des nouveaux militants. Et c’est bien de militants que nous parlons. Il faut donc transformer chaque nouvel adhérent du PCP en un nouveau militant communiste, par son intégration dans un collectif, sa formation et sa responsabilisation.

La cellule d’entreprise.

La construction de cellules dans les entreprises (*) est un pas décisif pour le renforcement des liens qu’entretient le Parti avec les travailleurs. L’analyse de la situation concrète, les grandes lignes de l’action militante, le lien entre l’action dans chaque entreprise et l’action générale des travailleurs portugais doit être fait au niveau de la cellule. Ce n’est pas tant ici le nom de la chose qui est déterminante, mais plutôt la chose en soi. Au Parti, il ne suffit pas qu’il existe une cellule d’entreprise. Il faut qu’elle vive comme une cellule d’entreprise.

Des exemples récents illustrent comment on certaines cellules d’entreprises peuvent se réduire à une coquille vide.

Le rôle de direction de l’action militante des communistes à l’entreprise se trouve par exemple transféré au syndicat, notamment parce que l’on ne remplace pas à temps les travailleurs partant à la retraite par des travailleurs actifs.

Autre exemple : quand nous laissons l’activité des cellules se réduire à la simple exécution des orientations (au sens large, c’est-à-dire impression, propagande suivant des lignes de travail, des priorités, etc.) produites à des niveaux supérieurs, aussi importante et décisive soit cette partie du rôle de la cellule – et elle l’est!

Non moins grave est le cas où une cellule d’entreprise se détache de la lutte générale des travailleurs portugais et des tâches que le Parti lui attribue dans cette lutte, et se dédie exclusivement à son entreprise comme si elle était sur une île.

Une cellule doit lier le Parti aux masses et les masses au Parti.

Organiser et diriger le mouvement ouvrier.

L’action des militants communistes dans les ORT [organisations représentatives des travailleurs – ce terme renvoie tant au syndicat qu'au Comité de Travailleurs – cf plus bas] tient une importance capitale dans le lien qu’entretient le parti avec les masses, par la contribution décisive qu’ils apportent au fonctionnement des ORT, en impulsant une action conséquente, en combattant l’opportunisme, en les dynamisant et en renforçant leur prestige vis-à-vis des travailleurs, mais aussi par l’exemple qu’incarnent les militants communistes engagés dans les ORT, par le courage et la détermination dont ils font preuve, par l’esprit de résolution et les capacités d’organisation qu’ils démontrent.

La bourgeoisie et ses représentants dans le mouvement ouvrier, cherchent à enlever des mains des travailleurs, en l’institutionnalisant, l’action des ORT.

Dans le travail unitaire, pour que les liens avec les masses soient renforcés de manière permanente, il faut une pratique qui soit proche des lieux de travail, qui partent des problèmes concrets, qui élargisse la conscience de classe et politique, encourage la participation dans la lutte des travailleurs, et renforce dans ce processus les organisations de classe.

Le renforcement de l’organisation syndicale, particulièrement des réseaux de délégués et la syndicalisation, la création et le fonctionnement des CT [Comité de travailleurs – équivalent approximatif des comités d'Entreprise en France] et des sous-CT et le fonctionnement effectif des Commissions d’Hygiène et de Sécurité, sont des tâches centrales pour une cellule d’entreprise.

La propagande autonome des cellules d’entreprise.

Le parti arrive à surmonter une partie de la répression dont il est la cible, de la part des classes dominantes, par sa capacité à s’adresser directement aux masses. Mais il le fait toujours dans une atmosphère qui est polluée par les gigantesques moyens de propagande de l’idéologie dominante. Insérée dans une entreprise au cœur du conflit de classe, la propagande autonome des cellules d’entreprise prend une efficacité encore plus grande. En partant des problèmes concrets et de son engagement dans la lutte de classes, en proposant une perspective et en incluant dans cette perspective les objectifs et les formes de la lutte, la propagande des cellules d’entreprise joue un rôle inestimable dans le lien qu’entretient le parti avec les masses.

Là s’est manifestée une grave défaillance du Parti. Dans trop de situations, on a abouti à sous-estimer complètement ces tâches ou même à s’en écarter, en reportant les responsabilités du Parti vers la propagande et l’agitation du mouvement unitaire (à l’exception, et encore de manière trop sporadique, des périodes électorales). Au niveau de l’organisation régionale de Lisbonne, le contrôle de l’exécution régulière des tâches au niveau de l’exécutif de district a permis de sensibles améliorations dans ce domaine, bien que ce soit encore bien loin de ce qui est nécessaire et possible. Une expression concrète est le fait qu’il a déjà été édité une propagande spécifique en direction des travailleurs dans près de 60 entreprises de la région.

Le travail institutionnel et les entreprises.

La relation directe du travail institutionnel du parti avec la vie de l’entreprise, par le biais de l’action organisée du Parti dans celles-ci, résulte du travail de masse accompli. Ce lien donne du sens à l’existence d’élus communistes dans les institutions bourgeoises, contribue à l’élévation de la conscience politique des travailleurs et élargit les conditions de la lutte…

Comme dans tous les autres aspects du travail de masse, la force du Parti réside dans sa capacité à partir des masses pour aller jusqu’aux institutions et des institutions pour aller jusqu’aux masses sans jamais donner aux institutions le rôle de transformation sociale que seules les masses possèdent. L’importance d’une motion dans une assemblée locale, d’une question au Gouvernement ou d’une proposition de loi ne se mesure pas à la complexité technique nécessaire à son élaboration, mais plutôt à son impact auprès des masses.

Ce lien dépend fortement de la disponibilité, de la capacité et de la fermeté des groupes d’élus communistes dans les institutions. Mais de nombreuses expériences de travail impliquant les cellules du Parti dans l’Organisation régionale de Lisbonne, en lien avec le groupe des députés communistes à l’Assemblée de la République, montrent que cela dépend essentiellement des cellules d’entreprise, de leur capacité d’initiative et de direction.

« Avante! »

La vente organisée d’Avante! représente une étape supérieure dans lien qui unit le parti aux travailleurs au sein d’une entreprise. Par ce que cela signifie sur le plan de l’organisation, par son importance dans la formation et l’information des militants, par le fait que le noyau de lecteurs d’Avante! irradie ensuite toute l’entreprise.

Aujourd’hui, dans trop d’entreprises et de lieux de travail, nous n’arrivons pas à surmonter les difficultés objectives qui permettent de parvenir à cette étape supérieure du lien du parti avec aux masses. La diffusion d’Avante! ne doit pas se faire sur une base irrégulière. Il faut organiser sa distribution, sa diffusion et sa vente. Toutes les semaines. La tâche du diffuseur d’Avante!, qui ne peut être accomplie seulement par les militants les plus disciplinés du Parti, doit correspondre, dans la répartition des forces, au rôle prioritaire qu’elle représente.

Conclusion:

Le lien du Parti aux masses est le résultat d’une action militante patiente et collective, de courageuses et fermes direction et définition des priorités. Ce lien rend le Parti indestructible de l’extérieur. Mais ce n’est pas seulement notre propre survie qui nous pousse à l’action. C’est que nous savons – et nous ne pouvons pas l’oublier – que ce sont les masses qui seront les acteurs de leur propre libération.

Avec le mouvement ouvrier et le Parti à l’avant-garde.

(*) Je parle toujours de cellule d’entreprise par économie bien que la réalité offre plus de diversité, résultat des conditions objectives que nous rencontrons dans le développement de l’action du parti. Grosso modo, la cellule sera à l’entreprise à chaque fois que cela est possible, mais correspondra à un secteur ou une zone géographique chaque fois que cela sera nécessaire.

Numéro 301 de Juillet/Aout de O Militante, revue théorique du Parti Communiste Portugais: http://omilitante.pcp.pt/

1914-2014. Cent ans après, Hollande, nouveau sergent recruteur de l’ « Union sacrée » derrière les intérêts du capitalisme.

Qu’est-ce qu’il y a de plus atroce et révoltant dans le discours de François Hollande ouvrant le 7 novembre un an de commémoration du centenaire du début de la Grande guerre ?

Peut-être ce passage où Hollande salue « l’engagement » des 430.000 soldats coloniaux et estime leur rendre la pareille, « honorer une dette d’honneur », « en ce moment même au Mali ». La continuité fait froid dans le dos. En 1914, l’impérialisme français était allé chercher de la chair à canon dans les pays qu’il avait envahis et qu’il exploitait. En 2013, il envoie ses troupes chez eux garantir la poursuite du pillage de leurs ressources énergétiques (un moment menacé par les conséquences de sa propre guerre en Libye).

1914-2014. Cent ans après, Hollande, nouveau sergent recruteur de l’ « Union sacrée » derrière les intérêts du capitalisme. dans Communisme-Histoire- Théorie 131111_Monument_Equeurdreville-150x300Dans sa conception de « l’Union sacrée » – même s’il prend garde à ne pas utiliser l’expression – Hollande trouve une place pour tout le monde. On ne s’étonne pas que Jean-François Copé se soit enthousiasmé pour son discours.

Dans son amalgame – utilisons ce mot -, Hollande recrute rétrospectivement et très large.

Rassembleur sans limite, il embrigade même Jaurès, affirmant : « En juillet 1914, il y avait ceux « qui, comme Jaurès, dénonçaient la funeste mécanique des alliances et les méfaits de l’impérialisme. « Mais, reconnaissons-le comme un fait, lorsque la mobilisation générale fut proclamée, il n’y plus qu’un seul pays, une seule nation, une seule armée ». Qu’aurait fait Jaurès ? Aurait-il suivi l’immense majorité des dirigeants socio-démocrates comme Guesde ou Blum dans la machine de guerre « républicaine », dans la trahison de la résolution de la conférence de la 2ème Internationale de Bâle en 1912 ? Peut-être, de par le caractère idéaliste de son pacifisme. Mais ceux qui ont commandité son assassinat le 31 juillet 1914, puis qui acquittèrent son assassin, ne le pensaient pas ainsi !

Hollande admire cette 3ème République qui « se révéla plus forte que les Empires centraux » … dans la défense de son impérialisme. Il célèbre Clémenceau qui a continué à faire fonctionner le Parlement. Cet éloge de la démocratie bourgeoise plaira sans aucun doute à Jean-Luc Mélenchon qui fait de Clémenceau pendant l’Union sacrée un modèle de sa conception parlementariste de la 6ème république (en lien: Le modèle de 6ème république? L’Union sacrée de 14-18!).

Hollande réincorpore également les Fusillés pour l’exemple : « Vaincus par l’angoisse, l’épuisement … , certains furent condamnés de façon arbitraire et passés par les armes ». Il ordonne qu’un panneau leur soit consacré au musée des Invalides… Après Jospin et Sarkozy, il veut les fusiller une deuxième fois !

Ils n’ont pas été exécutés parce qu’il combattait la mal-bouffe dans les tranchées ! Ils ont été tués, oui « pour l’exemple », oui souvent au hasard, parce qu’ils exprimaient le rejet massif des atrocités d’une guerre par les soldats qui en avaient assez de subir pour des intérêts qui ne les concernaient pas, qui allaient peut-être s’organiser pour le dire, qui étaient peut-être prêts à fraterniser avec les poilus de la tranchée adverse. Ils les ont été fusillés parce qu’en Russie notamment, une autre perspective de fin de guerre, naissait des révolutions de 1917 et que la République française redoutait la contagion.

Plutôt aucune reconnaissance « républicaine » que cette récupération historique !

Hollande, dans la suite de tous ses prédécesseurs depuis les années 20, flatte la mémoire des Poilus pour mieux la trahir.

Non, ils ne se sont pas engagés pour l’immense majorité, ils ont été appelés, encadrés, conduits au casse-pipe par un appareil d’Etat au service d’un système économique, soûlés à la gnôle pour aller à la mort. C’est insulter les uns et les autres que de mettre sur le même plan les conscrits de la 1ère guerre mondiale et les résistants de la 2ème comme le fait Hollande. Il faut se souvenir des souffrances, honorer le martyre, le courage des combattants de la 1ère guerre mondiale mais ne jamais oublier qu’ils sont morts pour des objectifs de guerre qui n’avaient rien à voir avec l’intérêt des peuples.

Passons sur les phrases de Hollande qui semblent obligées maintenant dans chaque discours mémoriel pour mentionner De Gaulle ou pour rappeler la « Shoah » et les « Justes » tels que l’Etat d’Israël les reconnaît. Sans commentaires ici, hors sujet !

Hollande recrute rétrospectivement pour mieux recruter aujourd’hui ! Là encore, il n’oublie personne. Dire que nous en avons pour plus d’un an de cette propagande !

L’éducation nationale et l’Université vont être mobilisées. Gageons que les professeurs sauront manifester une certaine indépendance à l’égard de l’idéologie dominante ! Hollande assure des moyens directs à cette dernière, de façon très inquiétante. « Les partenaires publics, mais aussi privés, les grandes entreprises ont également choisi de soutenir les initiatives etc. ». Les marchands de canons d’aujourd’hui vont défendre la mémoire des marchands de canons d’hier ! Toujours avec la bénédiction de la République !

Hollande annonce un effort particulier pour intégrer chaque famille à sa propagande mémorielle. Presque tous les Français ont au moins un père, un grand-père, un arrière-grand-père qui a participé à la grande boucherie. « Les registres matriculaires des 8 millions de soldats français seront mis en ligne » pour « construire un pont entre ces histoires personnelles et l’histoire nationale ». Après celle de leurs aïeux, la mobilisation générale des descendants pour mieux les intégrer dans la version officielle de l’histoire !

Hollande voit aussi au-delà des frontières. Il promet le défilé sous l’Arc de triomphe de militaires de 72 pays ayant participé à la première guerre mondiale avec une place d’honneur à l’Allemagne… Commémorer la guerre par les armes ! La venue du très controversé président de la République fédérale allemande, Joachim Gauck, défenseur de la mémoire de ses parents nazis et de celle de son père criminel de guerre, nostalgique de la grande Allemagne est annoncée à nouveau.

Pour rester les mêmes sur le fond, les buts de guerre de l’impérialisme français et de son porte-parole du moment ont changé dans la forme. La mobilisation générale à laquelle appelle François Hollande en 2013 vise d’abord et avant tout à renforcer l’Union européenne du capital.

En 2013, les impérialismes européens, affaiblis relativement depuis 1914 – se complètent plus qu’ils ne se combattent – même s’ils se combattent encore, parfois férocement. L’Union européenne est leur instrument collectif pour écraser les acquis sociaux et démocratiques de leur propre peuple comme pour prétendre à des parts de marchés dans la domination du monde.

Tout le souvenir de 14/18 doit aller légitimer cette Europe récriée de plus en plus fortement par les peuples. L’UE, ce serait la paix, l’union des peuples. Les peuples de l’ex-Yougoslavie, unifiée dans la douleur après la 1ère guerre mondiale, en ont fait à nouveau la triste expérience avec l’UE, deuxième bras armé de l’OTAN. Mettre en concurrence les travailleurs de chaque pays, avec l’euro, attiser la xénophobie : oui l’UE de 2013 est bien la fidèle héritière des puissances de 1914 !

Hollande a précisé sa pensée. La mobilisation générale à laquelle il appelle pour l’UE, en mémoire de 1914, a un sens pour la France : « Réformer, réunir, réussir », la politique de casse sociale et économique qu’il poursuit dans l’intérêt des puissances d’argent.

En appeler aux mânes des morts de 14/18 pour justifier sa politique d’austérité, celle de Sarkozy, il fallait le faire. Ce discours lamentable et effrayant l’ose.

Son état d’esprit, celui de Hollande, mais surtout celui de ceux qui l’ont commandité, fait peur. La continuité est effrayante dans le capitalisme de 1914 et de 2013. La hiérarchie des puissances a changé mais le péril demeure, celui de la guerre localisée ou globale, celui que le capitalisme porte comme « la nuée porte l’orage ».

Aussi de 14/18, nous devons inviter à se souvenir des souffrances et de la cruauté inouïes endurées par les combattants et les populations.

Nous devons inviter à réfléchir, encore et toujours, à pourquoi cette guerre ne fut pas « la der des ders », à identifier ses causes.

Le constat et l’analyse de nature inter-impérialiste de cette guerre, de la faillite de la social-démocratie et de ses responsabilités ont été établis.

Du rejet de la guerre impérialiste, du rejet de la trahison social-démocrate sont nés les partis communistes dont le Parti communiste français, se détachant de la collaboration avec le système des socio-démocrates.

Communistes d’aujourd’hui, cet aspect reste fondamental dans notre engagement, pour la justice sociale, pour la paix, pour le socialisme.

A contre-courant de l’idéologie déployée par M. Hollande, nous ne cesserons dans l’année qui vient de rappeler tout cela.

EDT pour Vivelepcf, 11 novembre 2013

Non à toute intervention militaire française en Syrie ! Empêchons que les soldats français soient expédiés en mercenaires de l’impérialisme !

Non à toute intervention militaire française en Syrie ! Empêchons que les soldats français soient expédiés en mercenaires de l’impérialisme ! dans Communisme-Histoire- Théorie 130826_bombardement_damas-300x214

En 1925, le colonialisme français bombardait déjà Damas et prévoyait l'éclatement de la Syrie. Seul le PCF s'opposa à cette sale guerre.

Vivelepcf, 26 août 2013

Les événements tragiques de Syrie connaissent une nouvelle escalade alarmante.

Comme le concèdent les médias occidentaux, des commandos surarmés, formés par l’armée américaine, encadrés par des spécialistes jordaniens et israéliens ont attaqué le pays depuis la Jordanie depuis la mi-août.

Depuis le 21 août, une campagne médiatique mondiale est orchestrée pour accuser le gouvernement syrien d’avoir utilisé des armes chimiques contre des populations civiles. Des experts de l’ONU étaient arrivés trois jours plus tôt : cela ne peut pas être une coïncidence.

Une série d’experts doutent de la réalité de toutes les images dont les téléspectateurs et internautes sont abreuvés. D’autres assurent le contraire. Le pouvoir syrien dément l’usage d’armes chimiques par ses troupes et met en cause les « rebelles ».  Inversement, les puissances impérialistes incriminent Bachar El Assad. Laurent Fabius, ministre français des affaires étrangères, est formel. Le 5 juin, il n’avait déjà « aucun doute » sur l’utilisation de gaz sarin. Pourtant, rien n’est venu étayer ses allégations, visiblement prématurées…

Il est grandement souhaitable que la vérité soit faite sur les affrontements du 21 août et l’utilisation éventuelle d’armes chimiques. Mais nous avons trop l’expérience de la manipulation de l’information sur les « armes de destruction massive » soi-disant détenues par l’Irak pour l’attendre prochainement.

Les puissances impérialistes avaient besoin d’un prétexte pour accroître leur intervention militaire. Elles l’ont trouvé. Les Etats-Unis ne cachent pas l’éventualité d’une intervention militaire aérienne occidentale. Le 25 août, après Fabius, qui a rencontré les dirigeants israéliens, Hollande prépare l’opinion à une participation française.

Communistes, nous dénonçons les interventions et les intérêts impérialistes meurtriers mal dissimulés sous un couvert humanitaire.

Depuis deux ans et demi, une révolte sociale, injustement et cruellement réprimée par un pouvoir qui n’a pas notre sympathie, a été détournée en guerre civile. Des groupes, des communautés, soucieux de ravir le pouvoir localement ou nationalement, se sont opposés au régime avec armes, incités dès le départ par des puissances étrangères. Très vite, le conflit est devenu une guerre d’enjeu international. Des milliers de mercenaires islamistes de tout pays, ceux que l’Occident prétend combattre au Mali par exemple, ont été expédiés en Syrie et y répandent terreur et barbarie. Des financements de plus en plus importants et des armements de plus en plus lourds ont afflué pour attiser la guerre. Malgré tout cela, l’Etat syrien ne s’est pas écroulé et semble même reprendre le dessus. Voilà qui explique la nouvelle étape dans la mobilisation des puissances impérialistes qui veulent l’effondrement de la Syrie de Bachar el Assad.

Les intérêts impérialistes sont connus. Pour les pays du Golfe, il s’agit d’étendre leur influence économique et religieuse. La Turquie lorgne sur le nord du pays, tout en se méfiant de l’émancipation des Kurdes syriens. Les Etats-Unis et les puissances européennes veulent s’assurer le contrôle des voies menant au pétrole. Israël travaille à la décomposition des Etats arabes, la Syrie après l’Irak et la Libye pour faire perdurer son régime colonial. Seule la Russie, comme grande puissance et l’Iran ont des intérêts divergents.

Les puissances impérialistes ont saisi cyniquement l’occasion du « printemps arabe » pour mettre à l’ordre du jour la déstabilisation de la Syrie. Là se trouve l’origine du drame actuel du peuple syrien. La France s’accommodait très bien de Bachar El Assad au point de l’inviter à la tribune officielle du 14 juillet en 2008…

Communistes, nous refusons l’escalade de la guerre et de ses atrocités. Nous appelons l’opinion à s’opposer à toute intervention militaire française en Syrie. Pas un homme, pas un sou pour la guerre impérialiste en Syrie !      

L’arrêt des ingérences impérialistes est le préalable nécessaire à un retour à la paix, au retour des réfugiés, à la reconstruction du pays, au rétablissement de sa cohésion, à une évolution démocratique après l’expérience de la tragédie.

RETRAITES, une affaire de jeunes, une question de classe

Reprise, vivelepcf, 19 août 2013

En annonçant un nouvel allongement de la durée de cotisation pour une retraite pleine, Hollande poursuit le travail de Balladur, Fillon et Sarkozy.

Outre de diminuer encore les pensions, il s’agit de déconnecter les salariés du lien le plus direct et conscient qu’ils ont avec le financement solidaire des retraites : la cotisation sociale. 41,5 annuités maintenant, 42, 43, 44 demain : Pourquoi se battre pour un objectif de toute façon inaccessible ? La cotisation sociale finirait pas n’avoir plus de sens dans le calcul de la retraite. Voilà ce que veut instiller le pouvoir.

Nous devons nous opposer à tout prix à cette campagne idéologique de fond qui remet en cause tout le système solidaire.

De fausses bonnes idées sont parfois reprises pour s’accommoder de l’allongement de la durée normale de cotisation. A nouveau, par exemple, des organisations de jeunesse dont l’UNEF et le Mouvement des jeunes socialistes, lancent un appel « Retraites, une affaire de jeunes ». A nouveau, les propositions, guidées par ces organisations social-démocrates, sont centrées sur la validation d’annuités non liées au travail salarié, pour les études, les périodes d’inactivité forcée. Fausses bonnes idées ? Démagogie ? Pièges ?

Fin 2010, au plus fort du mouvement contre la loi Woerth, nous produisions une courte analyse sur cette question. La voici reproduite ci-dessous.

Quand les jeunes rentrent en moyenne à 21 ans sur le marché du travail, que les retraités, même après le report de l’âge de départ, valident en moyenne 37,1 annuités, plus que jamais nous nous battons pour le retour de la retraite à 60 ans avec 37,5 annuités de cotisation.

RETRAITES, une affaire de jeunes, une question de classe

 Cahiers communistes, novembre 2010

La jeunesse a fait une irruption remarquée dans la lutte pour la défense des retraites, faisant le lien avec leurs exigences de formation, d’emploi, leur inquiétude pour l’avenir.

Tiens, cette année, Sarkozy s’est bien gardé d’essayer d’annexer la mémoire de Guy Môquet !

La jeunesse communiste a été présente dans de nombreux lycées, dans les facs et les quartiers dans les manifestations d’une façon très visible. A notre niveau aussi, nous avons constaté l’attente vis-à-vis du mouvement communiste  de repères forts, d’action organisée, d’engagement anticapitaliste conséquent.

 Dès le début, la quasi-totalité des organisations de jeunesse de « gauche »  a constitué un  collectif,  « la retraite, une  affaire de jeunes » chapeautant le mouvement. Ce collectif a produit une plate-forme revendicative nationale, largement reprise, mais peu discutée.

 L’appel national du collectif mentionnait trois revendications spécifiques :

 - la validation des années d’études et de formation dans le calcul des annuités

- la validation des périodes « d’inactivité forcée »

- la validation des périodes de stages

Le cadre unitaire, l’urgence de la lutte, ont imposé ces revendications provenant des organisations socio-démocrates qui se sont portées à la tête du collectif. Mais elles suscitent d’importantes réserves de la part de nombreux jeunes et étudiants communistes, de syndicalistes.

Elles doivent être analysées à leur juste valeur.

La validation des années d’études nous pose plusieurs problèmes. Qui paye ? Au bénéfice de qui ? En outre, quelles années d’étude valider ?

Les étudiants issus des classes populaires souffrent de conditions de vie qui les handicapent dans la validation (universitaire) de leurs années d’étude. Cette jeunesse n’est pas celle qui commence à travailler à 25 ans, après son diplôme, comme on le dit de trop. Elle se salarie très tôt pour financer ses études. Beaucoup de jeunes suivent aussi des formations courtes. L’âge moyen d’entrée sur le marché du travail est de 21 ans.

La prise en compte des années d’étude pour les retraites ne serait d’aucun avantage pour ces étudiants, des jeunes travailleurs qui cotisent déjà à 18, 20 ou 22 ans.

Il n’est pas juste que la solidarité nationale s’applique là, de l’ensemble des travailleurs vers les étudiants qui ne sont pas contraint de se salarier. La revendication du Collectif masque la réalité de classe qui traverse la jeunesse.

Pour nous la question de l’accès aux diplômes pour tous, dans la réponse aux besoins du pays, se résout ailleurs. Il faut plus de bourses, plus de moyens pour les universités. Et pour les retraites, il faut faire payer ceux qui profitent actuellement des études, les entreprises, avec des salaires et, là oui, le rachat des années d’étude.

Sur la validation des périodes de stage, nous avons la même analyse. Les entreprises doivent payer. Les stages n’ont pas qu’un contenu pédagogique. C’est aussi du travail dont profite l’entreprise (sans que nous acceptions la substitution des emplois stables par des stagiaires). Les stages doivent être rémunérés correctement et participer au financement des retraites.

La question de la validation des périodes d’inactivités forcée prend par le mauvais sens (et comment définir l’inactivité forcée ?) deux revendications bien plus conséquentes : celle du droit à l’emploi, notamment pour les jeunes, à un vrai salaire, comprenant des cotisations sociale et celle de l’indemnisation du chômage. 60% des chômeurs, singulièrement les jeunes, ne sont pas indemnisés et leurs années de chômage, dues au système capitaliste, pèsent en plus sur leur future retraite.

 Les revendications du « Collectif » masquent ainsi les réalités de classe qui traversent la jeunesse.

Elles participent aussi à remettre en cause la base du financement de la retraite solidaire par répartition, la cotisation sociale, part socialisée du salaire, prélevée directement sur la création de richesse par le travail. Ceux qui imaginent un système de « cotisation » automatique pour tous de 18 à 60 ou 62 ans nient en fait ce caractère de la cotisation sociale. Il ne peut y avoir cotisation que sur le travail rémunéré. La négation progressive de la cotisation sociale nourrit les bénéfices du patronat et le capital, déjà gavés de 30 milliards d’euros d’exonérations par an, largement décidées, en son temps, par le PS.

Communistes, nous faisons les choix de la formation pour tous, de l’emploi, de l’élévation des salaires, de la juste prise en compte des diplômes. Ils font partie de la défense de la retraite solidaire. Nous faisons le choix du droit effectif à la retraite à 60 ans, avec le retour aux 37,5 années de cotisation, correspondant à la durée moyenne réelle des carrières.

Nous n’acceptons pas la conception du réformisme pour qui il n’y aurait qu’une seule jeunesse, dont le seul dénominateur commun serait d’avoir le même âge ! La jeunesse, les étudiants ne sont pas une classe sociale en soi, déconnectée de son rapport au travail, c’est à dire de ses réalités !

Les jeunes en formation ou au travail ne doivent pas se laisser berner par les manœuvres de la social-démocratie représenté en France par le PS, le MJS et l’UNEF, qui partout où elle représente l’opposition, tente d’enfermer la colère populaire dans des revendications réformistes.

A la différence des sociaux-démocrates qui appellent à une pseudo-solidarité des travailleurs pour tenir compte des études, nous pensons que c’est au patronat qu’il faut faire payer ce dont il va profiter : notre formation, nos qualifications, notre savoir-faire. Et dont nous aurons besoin pour construire un autre avenir : le socialisme.

Le mardifeste du Parti Communiste 6

Tous les mardis, un épisode du Manifeste

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III. Littérature socialiste et communiste

1. Le socialisme réactionnaire

a) Le socialisme féodal

Par leur position historique, les aristocraties française et anglaise se trouvèrent appelées à écrire des pamphlets contre la société bourgeoise. Dans la révolution française de juillet 1830, dans le mouvement anglais pour la Réforme{28} elles avaient succombé une fois de plus sous les coups de cette arriviste abhorrée. Pour elles, il ne pouvait plus être question d’une lutte politique sérieuse. Il ne leur restait plus que la lutte littéraire. Or, même dans le domaine littéraire, la vieille phraséologie de la Restauration{29} était devenue impossible. Pour se créer des sympathies, il fallait que l’aristocratie fît semblant de perdre de vue ses intérêts propres et de dresser son acte d’accusation contre la bourgeoisie dans le seul intérêt de la classe ouvrière exploitée. Elle se ménageait de la sorte la satisfaction de chansonner son nouveau maître et d’oser lui fredonner à l’oreille des prophéties d’assez mauvais augure.

Ainsi naquit le socialisme féodal où se mêlaient jérémiades et libelles, échos du passé et grondements sourds de l’avenir. Si parfois sa critique amère, mordante et spirituelle frappait la bourgeoisie au cœur, son impuissance absolue à comprendre la marche de l’histoire moderne était toujours assurée d’un effet comique.

En guise de drapeau, ces messieurs arboraient la besace du mendiant, afin d’attirer à eux le peuple ; mais, dès que le peuple accourut, il aperçut les vieux blasons féodaux dont s’ornait leur derrière et il se dispersa avec de grands éclats de rire irrévérencieux.

Une partie des légitimistes français et la Jeune Angleterre ont donné au monde ce spectacle.

Quand les champions de la féodalité démontrent que le mode d’exploitation féodal était autre que celui de la bourgeoisie, ils n’oublient qu’une chose : c’est que la féodalité exploitait dans des circonstances et des conditions tout à fait différentes et aujourd’hui périmées. Quand ils font remarquer que, sous le régime féodal, le prolétariat moderne n’existait pas, ils n’oublient qu’une chose : c’est que la bourgeoisie, précisément, a nécessairement jailli de leur organisation sociale.

Ils déguisent si peu, d’ailleurs, le caractère réactionnaire de leur critique que leur principal grief contre la bourgeoisie est justement de dire qu’elle assure, sous son régime le développement d’une classe qui fera sauter tout l’ancien ordre social.

Ils reprochent plus encore à la bourgeoisie d’avoir produit un prolétariat révolutionnaire que d’avoir créé le prolétariat en général.

Aussi dans la lutte politique prennent-ils une part active à toutes les mesures de violence contre la classe ouvrière. Et dans leur vie de tous les jours, en dépit de leur phraséologie pompeuse, ils s’accommodent très bien de cueillir les pommes d’or et de troquer la fidélité, l’amour et l’honneur contre le commerce de la laine, de la betterave à sucre et de l’eau-de-vie.De même que le prêtre et le seigneur féodal marchèrent toujours la main dans la main, de même le socialisme clérical marche côte à côte avec le socialisme féodal.

Rien n’est plus facile que de donner une teinture de socialisme à l’ascétisme chrétien. Le christianisme ne s’est-il pas élevé lui aussi contre la propriété privée, le mariage, l’État ? Et à leur place n’a-t-il pas prêché la charité et la mendicité, le célibat et la mortification de la chair, la vie monastique et l’Église ? Le socialisme chrétien n’est que l’eau bénite avec laquelle le prêtre consacre le dépit de l’aristocratie.

b) Le socialisme petit-bourgeois

L’aristocratie féodale n’est pas la seule classe qu’ait ruinée la bourgeoisie, elle n’est pas la seule classe dont les conditions d’existence s’étiolent et dépérissent dans la société bourgeoise moderne.

Les bourgeois et les petits paysans du moyen âge étaient les précurseurs de la bourgeoisie moderne. Dans les pays où l’industrie et le commerce sont moins développés, cette classe continue à végéter à côté de la bourgeoisie florissante.

Dans les pays où s’épanouit la civilisation moderne, il s’est formé une nouvelle classe de petits bourgeois qui oscille entre le prolétariat et la bourgeoisie ; fraction complémentaire de la société bourgeoise, elle se reconstitue sans cesse ; mais, par suite de la concurrence, les individus qui la composent se trouvent sans cesse précipités dans le prolétariat, et, qui plus est, avec le développement progressif de la grande industrie, ils voient approcher l’heure où ils disparaîtront totalement en tant que fraction autonome de la société moderne, et seront remplacés dans le commerce, la manufacture et l’agriculture par des contremaîtres et des employés.

Dans les pays comme la France, où les paysans forment bien plus de la moitié de la population, il est naturel que des écrivains qui prenaient fait et cause pour le prolétariat contre la bourgeoisie aient appliqué à leur critique du régime bourgeois des critères petits-bourgeois et paysans et qu’ils aient pris parti pour les ouvriers du point de vue de la petite bourgeoisie. Ainsi, se forma le socialisme petit-bourgeois. Sismondi est le chef de cette littérature, non seulement en France, mais en Angleterre aussi.

Ce socialisme analysa avec beaucoup de sagacité les contradictions inhérentes au régime de la production moderne. Il mit à nu les hypocrites apologies des économistes. Il démontra d’une façon irréfutable les effets meurtriers du machinisme et de la division du travail, la concentration des capitaux et de la propriété foncière, la surproduction, les crises, la fatale décadence des petits bourgeois et des paysans, la misère du prolétariat, l’anarchie dans la production, la criante disproportion dans la distribution des richesses, la guerre d’extermination industrielle des nations entre elles, la dissolution des vieilles mœurs, des vieilles relations familiales, des vieilles nationalités.

À en juger toutefois d’après son contenu positif, ou bien ce socialisme entend rétablir les anciens moyens de production et d’échange, et, avec eux, l’ancien régime de propriété et toute l’ancienne société, ou bien il entend faire entrer de force les moyens modernes de production et d’échange dans le cadre étroit de l’ancien régime de propriété qui a été brisé, et fatalement brisé, par eux. Dans l’un et l’autre cas, ce socialisme est à la fois réactionnaire et utopique.

Pour la manufacture, le régime corporatif ; pour l’agriculture, le régime patriarcal : voilà son dernier mot.

Au dernier terme de son évolution, cette école est tombée dans le lâche marasme des lendemains d’ivresse.

 

Histoire des communistes à Saint-Quentin, avec la CGT, unis dans les luttes .

Histoire des communistes à Saint-Quentin, avec la CGT, unis dans les luttes  . dans Communisme-Histoire- Théorie 004-300x209Avec la CGT, unis dans les luttes .

La situation politique exige plus que jamais l’existence d’un grand parti communiste dont la nécessaire indépendance de pensée doit être entièrement mise au service des travailleurs et de la lutte des classes.

Vive le PCF, avec, sans ou contre sa direction

Histoire des Communistes à Saint-Quentin-02
Album : Histoire des Communistes à Saint-Quentin-02
Avec la CGT, liés dans les luttes. La situation politique exige plus que jamais l'existence d'un grand parti communiste dont la nécessaire indépendance de pensée doit être entièrement mise au service des travailleurs et de la lutte des classes.
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1975, manifestation du PCF

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Le mardifeste du Parti Communiste 5

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L’abolition de la famille ! Même les plus radicaux s’indignent de cet infâme dessein des communistes.

Sur quelle base repose la famille bourgeoise d’à présent ? Sur le capital, le profit individuel. La famille, dans sa plénitude, n’existe que pour la bourgeoisie ; mais elle a pour corollaire la suppression forcée de toute famille pour le prolétaire et la prostitution publique.

La famille bourgeoise s’évanouit naturellement avec l’évanouissement de son corollaire, et l’une et l’autre disparaissent avec la disparition du capital.

Nous reprochez-vous de vouloir abolir l’exploitation des enfants par leurs parents ? Ce crime-là, nous l’avouons.

Mais nous brisons, dites-vous, les liens les plus intimes, en substituant à l’éducation par la famille l’éducation par la société.

Et votre éducation à vous, n’est-elle pas, elle aussi, déterminée par la société ? Déterminée par les conditions sociales dans lesquelles vous élevez vos enfants, par l’immixtion directe ou non de la société, par l’école, etc. ? Les communistes n’inventent pas l’action de la société sur l’éducation ; ils en changent seulement le caractère et arrachent l’éducation à l’influence de la classe dominante.

Les déclamations bourgeoises sur la famille et l’éducation, sur les doux liens qui unissent l’enfant à ses parents deviennent de plus en plus écœurantes, à mesure que la grande industrie détruit tout lien de famille pour le prolétaire et transforme les enfants en simples articles de commerce, en simples instruments de travail.

Mais la bourgeoisie tout entière de s’écrier en chœur : Vous autres, communistes, vous voulez introduire la communauté des femmes !

Pour le bourgeois, sa femme n’est autre chose qu’un instrument de production. Il entend dire que les instruments de production doivent être exploités en commun et il conclut naturellement que les femmes elles-mêmes partageront le sort commun de la socialisation.

Il ne soupçonne pas qu’il s’agit précisément d’arracher la femme à son rôle actuel de simple instrument de production.

Rien de plus grotesque, d’ailleurs, que l’horreur ultra-morale qu’inspire à nos bourgeois la prétendue communauté officielle des femmes que professeraient les communistes. Les communistes n’ont pas besoin d’introduire la communauté des femmes ; elle a presque toujours existé.

Nos bourgeois, non contents d’avoir à leur disposition les femmes et les filles des prolétaires, sans parler de la prostitution officielle, trouvent un plaisir singulier à se cocufier mutuellement.

Le mariage bourgeois est, en réalité, la communauté des femmes mariées. Tout au plus pourrait on accuser les communistes de vouloir mettre à la place d’une communauté des femmes hypocritement dissimulée une communauté franche et officielle. Il est évident, du reste, qu’avec l’abolition du régime de production actuel, disparaîtra la communauté des femmes qui en découle, c’est-à-dire la prostitution officielle et non officielle.

En outre, on a accusé les communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité.

Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu’ils n’ont pas. Comme le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe dirigeante de la nation, devenir lui-même la nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens bourgeois du mot.

Déjà les démarcations nationales et les antagonismes entre les peuples disparaissent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie, la liberté du commerce, le marché mondial, l’uniformité de la production industrielle et les conditions d’existence qu’ils entraînent.

Le prolétariat au pouvoir les fera disparaître plus encore. Son action commune, dans les pays civilisés tout au moins, est une des premières conditions de son émancipation.

Abolissez l’exploitation de l’homme par l’homme, et vous abolirez l’exploitation d’une nation par une autre nation.

Du jour où tombe l’antagonisme des classes à l’intérieur de la nation, tombe également l’hostilité des nations entre elles.

Quant aux accusations portées d’une façon générale contre le communisme, à des points de vue religieux, philosophiques et idéologiques, elles ne méritent pas un examen approfondi.

Est-il besoin d’une grande perspicacité pour comprendre que les idées, les conceptions et les notions des hommes, en un mot leur conscience, changent avec tout changement survenu dans leurs conditions de vie, leurs relations sociales leur existence sociale ?

Que démontre l’histoire des idées, si ce n’est que la production intellectuelle se transforme avec la production matérielle ? Les idées dominantes d’une époque n’ont jamais été que les idées de la classe dominante.

Lorsqu’on parle d’idées qui révolutionnent une société tout entière, on énonce seulement ce fait que, dans le sein de la vieille société, les éléments d’une société nouvelle se sont formés et que la dissolution des vieilles idées marche de pair avec la dissolution des anciennes conditions d’existence.

Quand le monde antique était à son déclin, les vieilles religions furent vaincues par la religion chrétienne. Quand, au XVIIIe siècle, les idées chrétiennes cédèrent la place aux idées de progrès, la société féodale livrait sa dernière bataille à la bourgeoisie, alors révolutionnaire. Les idées de liberté de conscience, de liberté religieuse ne firent que proclamer le règne de la libre concurrence dans le domaine du savoir.

« Sans doute, dira-t-on, les idées religieuses, morales philosophiques, politiques, juridiques, etc.,

se sont modifiées au cours du développement historique. Mais la religion, la morale, la philosophie, la politique, le droit se maintenaient toujours à travers ces transformations.

« Il y a de plus des vérités éternelles, telles que la liberté, la justice, etc., qui sont communes à tous les régimes sociaux. Or, le communisme abolit les vérités éternelles, il abolit la religion et la morale au lieu d’en renouveler la forme, et cela contredit tout le développement historique antérieur. »

À quoi se réduit cette accusation ? L’histoire de toute la société jusqu’à nos jours était faite d’antagonismes de classes, antagonismes qui, selon les époques, ont revêtu des formes différentes.

Mais, quelle qu’ait été la forme revêtue par ces antagonismes, l’exploitation d’une partie de la société par l’autre est un fait commun à tous les siècles passés. Donc, rien d’étonnant si la conscience sociale de tous les siècles, en dépit de toute sa variété et de sa diversité, se meut dans certaines formes communes, formes de conscience qui ne se dissoudront complètement qu’avec l’entière disparition de l’antagonisme des classes.

La révolution communiste est la rupture la plus radicale avec le régime traditionnel de propriété ; rien d’étonnant si, dans le cours de son développement, elle rompt de la façon la plus radicale avec les idées traditionnelles.

Mais laissons là les objections faites par la bourgeoisie au communisme.

Nous avons déjà vu plus haut que la première étape dans la révolution ouvrière est la constitution du prolétariat en classe dominante, la conquête de la démocratie.

Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’État, c’est-à dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives.

Cela ne pourra naturellement se faire, au début, que par une violation despotique du droit de propriété et du régime bourgeois de production, c’est-à-dire par des mesures qui, économiquement, paraissent insuffisantes et insoutenables, mais qui, au cours du mouvement, se dépassent elles-mêmes et sont indispensables comme moyen de bouleverser le mode de production tout entier.

Ces mesures, bien entendu, seront fort différentes dans les différents pays.

Cependant, pour les pays les plus avancés, les mesures suivantes pourront assez généralement être mises en application :

1. Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l’État.

2. Impôt fortement progressif.

3. Abolition de l’héritage.

4. Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles.

5. Centralisation du crédit entre les mains de l’État, au moyen d’une banque nationale, dont le capital appartiendra à l’État et qui jouira d’un monopole exclusif.

6. Centralisation entre les mains de l’État de tous les moyens de transport.

7. Multiplication des manufactures nationales et des instruments de production ; défrichement des terrains incultes et amélioration des terres cultivées, d’après un plan d’ensemble.

8. Travail obligatoire pour tous ; organisation d’armées industrielles, particulièrement pour l’agriculture.

9. Combinaison du travail agricole et du travail industriel ; mesures tendant à faire graduellement disparaître la distinction entre la ville et la campagne.

10. Éducation publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du travail des enfants dans les fabriques tel qu’il est pratiqué aujourd’hui. Combinaison de l’éducation avec la production matérielle, etc.

Les antagonismes des classes une fois disparus dans le cours du développement, toute la production étant concentrée dans les mains des individus associés, alors le pouvoir public perd son caractère politique. Le pouvoir politique, à proprement parler, est le pouvoir organisé d’une classe pour l’oppression d’une autre. Si le prolétariat, dans sa lutte contre la bourgeoisie, seconstitue forcément en classe, s’il s’érige par une révolution en classe dominante et, comme classe dominante, détruit par la violence l’ancien régime de production, il détruit, en même temps que ce régime de production, les conditions de l’antagonisme des classes, il détruit les classes en général et, par là même, sa propre domination comme classe.

À la place de l’ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous.

Le modèle de 6ème république? L’Union sacrée de 14-18 !

Mélenchon sur BFM, le 18 mars 2012 (jour du rassemblement à la Bastille…)
« On fait croire que le régime d’assemblée, c’est la pagaille. Il faut se souvenir qu’on a gagné la guerre 14-18 grâce à un régime d’assemblée dans lequel il y avait un comité secret qui dirigeait les opérations aux côtés de Clémenceau! »

 

Il faut se souvenir aussi que le PCF a été fondé en rupture avec cette collaboration de classe de la CGT, cette trahison de la SFIO-PS, qui se sont rangés alors derrière la droite de Clémenceau au nom de l’ « Union sacrée », ceux qui ont mené la guerre avec « leurs comités secrets » antidémocratique et ont cautionné la boucherie impérialiste que fut la première guerre mondiale!

Soit dit en passant, se dire héritier de Jaurès, l’internationaliste pacifiste, et se revendiquer également de Clémenceau, le « père la Victoire de 14-18 », le premier soutien de la contre-révolution en Russie, c’est un tour de force!

 

Source Vive le PCF

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Le mardifeste du Parti Communiste 4

Chaque mardi, un épisode du manifeste

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II. Prolétaires et communistes

Quelle est la position des communistes par rapport à l’ensemble des prolétaires ?

Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers.

Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat.Ils n’établissent pas de principes particuliers sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement ouvrier.

Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points :

1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat.

2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité.

Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres ; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien.

Le but immédiat des communistes est le même que celui de tous les partis ouvriers : constitution des prolétaires en classe, renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique par le prolétariat.

Les conceptions théoriques des communistes ne reposent nullement sur des idées, des principes inventés ou découverts par tel ou tel réformateur du monde.

Elles ne sont que l’expression générale des conditions réelles d’une lutte de classes existante, d’un mouvement historique qui s’opère sous nos yeux. L’abolition des rapports de propriété qui ont existé jusqu’ici n’est pas le caractère distinctif du communisme.

Le régime de la propriété a subi de continuels changements, de continuelles transformations historiques.

La Révolution française, par exemple, a aboli la propriété féodale au profit de la propriété bourgeoise.

Ce qui caractérise le communisme, ce n’est pas l’abolition de la propriété en général, mais l’abolition de la propriété bourgeoise.

Or, la propriété privée d’aujourd’hui, la propriété bourgeoise, est la dernière et la plus parfaite expression du mode de production et d’appropriation basé sur des antagonismes de classes, sur l’exploitation des uns par les autres.

En ce sens, les communistes peuvent résumer leur théorie dans cette formule unique : abolition de la propriété privée.

On nous a reproché, à nous autres communistes, de vouloir abolir la propriété personnellement acquise, fruit du travail de l’individu, propriété que l’on déclare être la base de toute liberté, de toute activité, de toute indépendance individuelle.

La propriété personnelle, fruit du travail et du mérite ! Veut-on parler de cette forme de propriété antérieure à la propriété bourgeoise qu’est la propriété du petit bourgeois du petit paysan ? Nous n’avons que faire de l’abolir, le progrès de l’industrie l’a abolie et continue à l’abolir chaque jour.

Ou bien veut-on parler de la propriété privée d’aujourd’hui, de la propriété bourgeoise ?

Mais est-ce que le travail salarié, le travail du prolétaire crée pour lui de la propriété ?

Nullement. Il crée le capital, c’est-à-dire la propriété qui exploite le travail salarié, et qui ne peut s’accroître qu’à la condition de produire encore et encore du travail salarié, afin de l’exploiter de nouveau. Dans sa forme présente, la propriété se meut entre ces deux termes antinomiques ; le

Capital et le Travail. Examinons les deux termes de cette antinomie.

Être capitaliste, c’est occuper non seulement une position purement personnelle, mais encore une position sociale dans la production. Le capital est un produit collectif : il ne peut être mis en mouvement que par l’activité en commun de beaucoup d’individus, et même, en dernière analyse, que par l’activité en commun de tous les individus, de toute la société.

Le capital n’est donc pas une puissance personnelle ; c’est une puissance sociale.

Dès lors, si le capital est transformé en propriété commune appartenant à tous les membres de la société, ce n’est pas une propriété personnelle qui se change en propriété commune. Seul le caractère social de la propriété change. Il perd son caractère de classe.

Arrivons au travail salarié.

Le prix moyen du travail salarié, c’est le minimum du salaire, c’est-à-dire la somme des moyens de subsistance nécessaires pour maintenir en vie l’ouvrier en tant qu’ouvrier. Par conséquent, ce que l’ouvrier s’approprie par son labeur est tout juste suffisant pour reproduire sa vie ramenée à sa plus simple expression. Nous ne voulons en aucune façon abolir cette appropriation personnelle des produits du travail, indispensable à la reproduction de la vie du lendemain, cette appropriation ne laissant aucun profit net qui confère un pouvoir sur le travail d’autrui. Ce que nous voulons, c’est supprimer ce triste mode d’appropriation qui fait que l’ouvrier ne vit que pour accroître le capital, et ne vit qu’autant que l’exigent les intérêts de la classe dominante.

Dans la société bourgeoise, le travail vivant n’est qu’un moyen d’accroître le travail accumulé.

Dans la société communiste le travail accumulé n’est qu’un moyen d’élargir, d’enrichir et d’embellir l’existence des travailleurs.

Dans la société bourgeoise, le passé domine donc le présent ; dans la société communiste c’est le présent qui domine le passé. Dans la société bourgeoise, le capital est indépendant et personnel, tandis que l’individu qui travaille n’a ni indépendance, ni personnalité.

Et c’est l’abolition d’un pareil état de choses que la bourgeoisie flétrit comme l’abolition de l’individualité et de la liberté ! Et avec raison. Car il s’agit effectivement d’abolir l’individualité, l’indépendance, la liberté bourgeoises.

Par liberté, dans les conditions actuelles de la production bourgeoise, on entend la liberté de commerce, la liberté d’acheter et de vendre.

Mais si le trafic disparaît, le libre trafic disparaît aussi. Au reste, tous les grands mots sur la liberté du commerce, de même que toutes les forfanteries libérales de notre bourgeoisie, n’ont un sens que par contraste avec le trafic entravé avec le bourgeois asservi du moyen âge ; ils n’ont aucun sens lorsqu’il s’agit de l’abolition, par le communisme, du trafic, du régime bourgeois de la production et de la bourgeoisie elle-même.

Vous êtes saisis d’horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais, dans votre société, la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres. C’est précisément parce qu’elle n’existe pas pour ces neuf dixièmes qu’elle existe pour vous. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de propriété qui ne peut exister qu’à la condition que l’immense majorité soit frustrée de toute propriété. En un mot, vous nous accusez de vouloir abolir votre propriété à vous. En vérité, c’est bien ce que nous voulons.

Dès que le travail ne peut plus être converti en capital, en argent, en rente foncière, bref en pouvoir social capable d’être monopolisé, c’est-à-dire dès que la propriété individuelle ne peut plus se transformer en propriété bourgeoise, vous déclarez que l’individu est supprimé.

Vous avouez donc que, lorsque vous parlez de l’individu, vous n’entendez parler que du bourgeois, du propriétaire. Et cet individu-là, certes, doit être supprimé.

Le communisme n’enlève à personne le pouvoir de s’approprier des produits sociaux ; il n’ôte que le pouvoir d’asservir à l’aide de cette appropriation le travail d’autrui.

On a objecté encore qu’avec l’abolition de la propriété privée toute activité cesserait, qu’une paresse générale s’emparerait du monde.

Si cela était, il y a beau temps que la société bourgeoise aurait succombé à la fainéantise, puisque, dans cette société, ceux qui travaillent ne gagnent pas et que ceux qui gagnent ne travaillent pas. Toute l’objection se réduit à cette tautologie qu’il n’y a plus de travail salarié du moment qu’il n’y a plus de capital.

Les accusations portées contre le monde communiste de production et d’appropriation des produits matériels l’ont été également contre la production et l’appropriation des œuvres de l’esprit. De même que, pour le bourgeois, la disparition de la propriété de classe équivaut à la disparition de toute production, de même la disparition de la culture de classe signifie, pour lui, la disparition de toute culture.

La culture dont il déplore la perte n’est pour l’immense majorité qu’un dressage qui en fait des machines.

Mais inutile de nous chercher querelle, si c’est pour appliquer à l’abolition de la propriété bourgeoise l’étalon de vos notions bourgeoises de liberté, de culture, de droit, etc. Vos idées résultent elles-mêmes du régime bourgeois de production et de propriété, comme votre droit n’est que la volonté de votre classe érigée en loi, volonté dont le contenu est déterminé par les conditions matérielles d’existence de votre classe.

La conception intéressée qui vous fait ériger en lois éternelles de la nature et de la raison vos rapports de production et de propriété – rapports transitoires que le cours de la production fait disparaître –, cette conception, vous la partagez avec toutes les classes dirigeantes aujourd’hui disparues.

Ce que vous admettez pour la propriété antique, ce que vous admettez pour la propriété féodale, vous ne pouvez plus l’admettre pour la propriété bourgeoise.

Une analyse de Marx : l’analogie est toujours aussi surprenante

Elle avait conclu une alliance avec les chefs socialistes. En février 1849, on organisa des banquets de réconciliation.

On esquissa un programme commun, on créa des comités électoraux communs et l’on présenta des candidats communs. On enleva aux revendications sociales de la petite bourgeoisie. C’est ainsi que fut créée la social-démocratie

La nouvelle Montagne, qui fut le résultat de cette combinaison, comprenait, à part quelques figurants tirés de la classe ouvrière et quelques sectaires socialistes les mêmes éléments que l’ancienne Montagne, mais numériquement plus forts. A vrai dire, elle s’était modifiée, au cours du développement, de même que la classe qu’elle représentait.

Le caractère propre de la social-démocratie se résumait en ce qu’elle réclamait des institutions républicaines démocratiques comme moyen, non pas de supprimer les deux extrêmes, le capital et le salariat, mais d’atténuer leur antagonisme et de le transformer en harmonie.

Quelle que soit la diversité des mesures qu’on puisse proposer pour atteindre ce but, quel que soit le caractère plus ou moins révolutionnaire des conceptions dont il puisse être revêtu, le contenu reste le même. C’est la transformation de la société par voie démocratique, mais c’est une transformation dans le cadre petit-bourgeois.

Il ne faudrait pas partager cette conception bornée que la petite bourgeoisie a pour principe de vouloir faire triompher un intérêt égoïste de classe. Elle croit au contraire que les conditions générales en dehors desquelles la société moderne ne peut être sauvée et la lutte des classes évitée.

Il ne faut pas s’imaginer non plus que les représentants démocrates sont tous des shokeepers (boutiquiers) ou qu’ils s’enthousiasment pour ces derniers. Ils peuvent, par leur culture et leur situation personnelle, être séparés deux par un abîme.

Ce qui en fait les représentants de la petite bourgeoisie, c’est que leur cerveau ne peut dépasser les limites que le petit bourgeois ne dépasse pas lui-même dans sa vie, et que, par conséquent, ils sont théoriquement poussés aux mêmes problèmes et aux mêmes solutions auxquelles leur intérêt matériel et leur situation sociale poussent pratiquement les petits bourgeois.

Tel est, d’une façon générale, le rapport qui existe entre les représentants politiques et littéraires d’une classe et la classe qu’ils représentent.

Marx, Le 18 Brumaire de Louis Napoléon

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Le mardifeste du Parti Communiste 3

Chaque mardi, un épisode du Manifeste

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Le prolétariat passe par différentes phases d’évolution. Sa lutte contre la bourgeoisie commence avec son existence même.

La lutte est engagée d’abord par des ouvriers isolés, ensuite par les ouvriers d’une même fabrique, enfin par les ouvriers d’une même branche d’industrie, dans une même localité, contre le bourgeois qui les exploite directement. Ils ne dirigent pas seulement leurs attaques contre les rapports bourgeois de production : ils les dirigent contre les instruments de production eux-mêmes ; ils détruisent les marchandises étrangères qui leur font concurrence, brisent les machines, brûlent les fabriques et s’efforcent de reconquérir la position perdue de l’artisan du moyen âge.

À ce stade, le prolétariat forme une masse disséminée à travers le pays et émiettée par la concurrence. S’il arrive que les ouvriers se soutiennent par l’action de masse, ce n’est pas encore là le résultat de leur propre union, mais de celle de la bourgeoisie qui, pour atteindre ses fins politiques propres, doit mettre en branle le prolétariat tout entier, et qui possède encore provisoirement le pouvoir de le faire. Durant cette phase, les prolétaires ne combattent donc pas leurs propres ennemis, mais les ennemis de leurs ennemis, c’est-à-dire les vestiges de la monarchie absolue, propriétaires fonciers, bourgeois non industriels, petits bourgeois. Tout le mouvement historique est de la sorte concentré entre les mains de la bourgeoisie ; toute victoire remportée dans ces conditions est une victoire bourgeoise.

Or, le développement de l’industrie, non seulement accroît le nombre des prolétaires, mais les concentre en masses plus considérables ; la force des prolétaires augmente et ils en prennent mieux conscience. Les intérêts, les conditions d’existence au sein du prolétariat, s’égalisent de plus en plus, à mesure que la machine efface toute différence dans le travail et réduit presque partout le salaire à un niveau également bas. Par suite de la concurrence croissante des bourgeois entre eux et des crises commerciales qui en résultent, les salaires deviennent de plus en plus instables ; le perfectionnement constant et toujours plus rapide de la machine rend la condition de l’ouvrier de plus en plus précaire ; les collisions individuelles entre l’ouvrier et le bourgeois prennent de plus en plus le caractère de collisions entre deux classes. Les ouvriers commencent par former des coalitions contre les bourgeois pour la défense de leurs salaires. Ils vont jusqu’à constituer des associations permanentes pour être prêts en vue de rébellions éventuelles. Çà et là, la lutte éclate en émeute. Parfois, les ouvriers triomphent ; mais c’est un triomphe éphémère. Le résultat véritable de leurs luttes est moins le succès immédiat que l’union grandissante des travailleurs. Cette union est facilitée par l’accroissement des moyens de communication qui sont créés par une grande industrie et qui permettent aux ouvriers de localités différentes de prendre contact. Or, il suffit de cette prise de contact pour centraliser les nombreuses luttes locales, qui partout revêtent le même caractère, en une lutte nationale, en une lutte de classes. Mais toute lutte de classes est une lutte politique, et l’union que les bourgeois du moyen âge mettaient des siècles à établir avec leurs chemins vicinaux, les prolétaires modernes la réalisent en quelques années grâce aux chemins de fer.

Cette organisation du prolétariat en classe, et donc en parti politique, est sans cesse détruite de nouveau par la concurrence que se font les ouvriers entre eux. Mais elle renaît toujours, et toujours plus forte, plus ferme, plus puissante. Elle profite des dissensions intestines de la bourgeoisie pour l’obliger à reconnaître, sous forme de loi, certains intérêts de la classe ouvrière : par exemple le bill de dix heures en Angleterre.

En général, les collisions qui se produisent dans la vieille société favorisent de diverses manières le développement du prolétariat. La bourgeoisie vit dans un état de guerre perpétuel ; d’abord contre l’aristocratie, puis contre ces fractions de la bourgeoisie même dont les intérêts entrent en conflit avec le progrès de l’industrie, et toujours, enfin, contre la bourgeoisie de tous les pays étrangers. Dans toutes ces luttes, elle se voit obligée de faire appel au prolétariat, de revendiquer son aide et de l’entraîner ainsi dans le mouvement politique. Si bien que la bourgeoisie fournit aux prolétaires les éléments de sa propre éducation, c’est-à-dire des armes contre elle-même. De plus, ainsi que nous venons de le voir, des fractions entières de la classe dominante sont, par le progrès de l’industrie, précipitées dans le prolétariat, ou sont menacées, tout au moins, dans leurs conditions d’existence. Elles aussi apportent au prolétariat une foule d’éléments d’éducation.

Enfin, au moment où la lutte des classes approche de l’heure décisive, le processus de décomposition de la classe dominante, de la vieille société tout entière, prend un caractère si violent et si âpre qu’une petite fraction de la classe dominante se détache de celle-ci et se rallie à la classe révolutionnaire, à la classe qui porte en elle l’avenir. De même que, jadis, une partie de la noblesse passa à la bourgeoisie, de nos jours une partie de la bourgeoisie passe au prolétariat, et, notamment, cette partie des idéologues bourgeois qui se sont haussés jusqu’à la compréhension théorique de l’ensemble du mouvement historique. De toutes les classes qui, à l’heure présente, s’opposent à la bourgeoisie, le prolétariat seul est une classe vraiment révolutionnaire. Les autres classes périclitent et périssent avec la grande industrie ; le prolétariat, au contraire, en est le produit le plus authentique.

Les classes moyennes, petits fabricants, détaillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu’elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices ; bien plus, elles sont réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l’envers la roue de l’histoire. Si elles sont révolutionnaires, c’est en considération de leur passage imminent au prolétariat : elles défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels ; elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat.

Quant au lumpenprolétariat, ce produit passif de la pourriture des couches inférieures de la vieille société, il peut se trouver, çà et là, entraîné dans le mouvement par une révolution prolétarienne ; cependant, ses conditions de vie le disposeront plutôt à se vendre à la réaction. Les conditions d’existence de la vieille société sont déjà détruites dans les conditions d’existence du prolétariat. Le prolétaire est sans propriété ; ses relations avec sa femme et ses enfants n’ont plus rien de commun avec celles de la famille bourgeoise ; le travail industriel moderne, l’asservissement de l’ouvrier au capital, aussi bien en Angleterre qu’en France, en Amérique qu’en Allemagne, dépouillent le prolétaire de tout caractère national. Les lois, la morale, la religion sont à ses yeux autant de préjugés bourgeois derrière lesquels se cachent autant d’intérêts bourgeois.

Toutes les classes qui, dans le passé, se sont emparées du pouvoir essayaient de consolider leur situation acquise en soumettant la société aux conditions qui leur assuraient leurs revenus propres. Les prolétaires ne peuvent se rendre maîtres des forces productives sociales qu’en abolissant leur propre mode d’appropriation d’aujourd’hui et, par suite, tout le mode d’appropriation en vigueur jusqu’à nos jours. Les prolétaires n’ont rien à sauvegarder qui leur appartienne, ils ont à détruire toute garantie privée, toute sécurité privée antérieure.

Tous les mouvements historiques ont été, jusqu’ici, accomplis par des minorités ou au profit des minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l’immense majorité au profit de l’immense majorité. Le prolétariat, couche inférieure de la société actuelle, ne peut se soulever, se redresser, sans faire sauter toute la superstructure des couches qui constituent la société officielle.

La lutte du prolétariat contre la bourgeoisie, bien qu’elle ne soit pas, quant au fond, une lutte nationale, en revêt cependant tout d’abord la forme. Il va sans dire que le prolétariat de chaque pays doit en finir, avant tout, avec sa propre bourgeoisie.

En esquissant à grands traits les phases du développement du prolétariat, nous avons retracé l’histoire de la guerre civile, plus ou moins larvée, qui travaille la société actuelle jusqu’à l’heure où cette guerre éclate en révolution ouverte, et où le prolétariat fonde sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie.

Toutes les sociétés antérieures, nous l’avons vu, ont reposé sur l’antagonisme de classes oppressives et de classes opprimées. Mais, pour opprimer une classe, il faut pouvoir lui garantir des conditions d’existence qui lui permettent, au moins, de vivre dans la servitude. Le serf, en plein servage, est parvenu à devenir membre d’une commune, de même que le petit-bourgeois s’est élevé au rang de bourgeois, sous le joug de l’absolutisme féodal. L’ouvrier moderne au contraire, loin de s’élever avec le progrès de l’industrie, descend toujours plus bas, au-dessous même des conditions de vie de sa propre classe. Le travailleur devient un pauvre, et le paupérisme s’accroît plus rapidement encore que la population et la richesse. Il est donc manifeste que la bourgeoisie est incapable de remplir plus longtemps son rôle de classe dirigeante et d’imposer à la société, comme loi régulatrice, les conditions d’existence de sa classe.

Elle ne peut plus régner, parce qu’elle est incapable d’assurer l’existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu’elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. La société ne peut plus vivre sous sa domination, ce qui revient à dire que l’existence de la bourgeoisie n’est plus compatible avec celle de la société.

L’existence et la domination de la classe bourgeoise ont pour condition essentielle l’accumulation de la richesse aux mains des particuliers, la formation et l’accroissement du Capital ; la condition d’existence du capital, c’est le salariat. Le salariat repose exclusivement sur la concurrence des ouvriers entre eux. Le progrès de l’industrie, dont la bourgeoisie est l’agent sans volonté propre et sans résistance, substitue à l’isolement des ouvriers résultant de leur concurrence, leur union révolutionnaire par l’association. Ainsi, le développement de la grande industrie sape, sous les pieds de la bourgeoisie, le terrain même sur lequel elle a établi son système de production et d’appropriation. Avant tout, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs. Sa chute et la victoire du prolétariat sont également inévitables.

Les conditions de l’arrivée de Hitler au pouvoir, il y a 80 ans. « Donnez-moi quatre ans et vous ne reconnaîtrez plus l’Allemagne »

Nous reprenons ci-dessous l’analyse, remarquable synthèse, du camarade Herwig Lerouge, rédacteur en chef d’« Etudes marxistes », revue associée au Parti du travail de Belgique (extraite du n°101 – lien). vivelepcf.fr

Les conditions de l’arrivée de Hitler au pouvoir, il y a 80 ans. « Donnez-moi quatre ans et vous ne reconnaîtrez plus l’Allemagne » dans Communisme-Histoire- Théorie images180e anniversaire de la prise de pouvoir par Hitler

 

Le 30 janvier 1933, quand Hitler arrive au pouvoir, commence une ère de crimes contre l’humanité plus horribles les uns que les autres. En douze ans, les nazis ont mis sur pied une dictature sanglante, occasionné une guerre mondiale et la mort de 70 millions de personnes, planifié et exécuté un génocide à une échelle industrielle.

Dans sa déclaration gouvernementale du 1er février 1933, Hitler promettait au peuple allemand l’amélioration de la situation des travailleurs et des paysans ainsi que le maintien et la consolidation de la paix. « Donnez-moi quatre ans, et vous ne reconnaîtrez plus l’Allemagne », prophétisait-il (1). Après quatre ans de guerre, l’Allemagne, de même que l’Europe, ravagées, étaient en effet devenues méconnaissables.

On se demande comment le fascisme a pu arriver au pouvoir en Allemagne, qui en furent les responsables et comment empêcher son retour. Une connaissance scientifique des origines et de la nature profonde du fascisme renforce le combat d’aujourd’hui.

Un coup d’État légal

Le 30 janvier 1933, le président allemand Hindenburg nomme Premier ministre Adolf Hitler, le dirigeant du Parti national-socialiste allemand (nazi). Hindenburg était redevenu président en mars 1932. Les nazis proposaient Hitler. Le Parti du Centre soutenait le président sortant, le monarchiste Hindenburg. Le Parti socialiste allemand refusait de proposer un candidat commun avec le Parti communiste (KPD) et soutenait Hindenburg sous le mot d’ordre : « Battez Hitler — votez Hindenburg ». Le KPD menait campagne sous le mot d’ordre : « Voter Hindenburg, c’est voter Hitler. Voter Hitler, c’est voter pour la guerre ». Neuf mois plus tard, le président Hindenburg nommait Hitler. Même pas neuf ans plus tard, ce fut la guerre.

Le premier gouvernement de Hitler ne comptait que trois nazis, dont Hitler lui-même. Il n’était pas arrivé au pouvoir par une victoire électorale ni sur base d’une majorité parlementaire. Il n’osait même pas se présenter devant le Parlement, car il y était minoritaire. Il a préféré dissoudre le Parlement et organiser de nouvelles élections qui furent fixées au 5 mars.

Ce délai lui donna l’occasion de gouverner cinq semaines sans contrôle parlementaire. Il s’agissait d’un coup d’État légal, car la Constitution allemande de l’époque permettait au Président de dissoudre le Parlement ou de le suspendre temporairement.

Un régime de terreur

Le 4 février, Hindenburg prend une ordonnance d’urgence qui interdit toute critique du gouvernement, supprime la liberté de rassemblement et de presse du Parti communiste d’Allemagne (KPD) et d’autres organisations de gauche. Le KPD est alors engagé dans la campagne électorale.

Le 27 février, un anarchiste hollandais déséquilibré met le feu au Reichstag, le Parlement allemand. De nombreux historiens sont convaincus que l’incendie a en fait été provoqué par un détachement des Sections d’assaut (SA) nazies. Ce qui suit confirme la thèse de la provocation planifiée. Avant tout début d’enquête, la radio affirme que les communistes sont coupables. La même nuit, sur base de listes préparées à l’avance, plus de 10 000 communistes, socialistes, progressistes sont arrêtés. Toute la presse communiste et plusieurs journaux socialistes sont interdits. La liberté de la presse et de réunion sont suspendues.

Malgré cette répression, les élections ne donnent pas une majorité aux nazis ni une majorité des deux tiers au gouvernement de coalition dirigé par Hitler. Pour l’obtenir, le gouvernement radie les 81 mandats du KPD, sans qu’aucun parti ne proteste, même pas le Parti socialiste. Cela étant réglé, le Parlement vote la confiance et autorise ensuite le gouvernement Hitler à décréter des lois sans son autorisation. C’est en fait une autodissolution. Les socialistes votent contre la déclaration gouvernementale, mais jugent démocratiques les élections malgré la répression.

En deux ans, les nazis ont interdit les partis politiques, tué plus de 4 200 personnes, arrêté 317 800 opposants dont 218 600 ont été blessés et torturés. Le 20 mars 1933, le commissaire nazi à la police de Munich, Himmler, crée, dans les locaux d’une ancienne usine de poudre à Dachau, le premier camp de concentration destiné aux prisonniers politiques. Quarante autres suivront dans la même année.

J’ai des millions derrière moi

Hitler n’a donc pas été élu démocratiquement comme on l’entend souvent dire. En réalité, la décision de le nommer chancelier a été prise quelques semaines auparavant, le 3 janvier, dans la villa du banquier von Schröder. Jusque-là, les grands industriels et banquiers étaient divisés à son sujet.

À plusieurs reprises entre 1918 et 1923, les cercles les plus à droite de la classe dirigeante avaient tenté, par des coups d’État et une dictature militaire (le putsch de Kapp en 1920), de se débarrasser du système parlementaire, de supprimer les droits importants acquis par les travailleurs lors de révolution de novembre 1918 pour prendre ainsi leur revanche pour ce qu’ils y avaient perdu. Ces cercles s’appuyaient sur une partie de l’armée et sur les nombreuses organisations réactionnaires. L’une d’entre elles, le NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands), avait en Bavière une influence locale certaine. Hitler avait été envoyé par l’armée comme informateur au sein de ce parti alors qu’il était encore militaire. De nombreux industriels voyaient déjà à cette époque dans le NSDAP une des organisations qui valaient la peine d’être soutenues. Ils l’ont financé.

Les hommes politiques de la bourgeoisie allemande avaient tiré les leçons de l’échec du putsch de Kapp de 1920 et de toutes les tentatives de mettre fin de manière violente à la république de Weimar. Vu l’organisation et la puissance du mouvement ouvrier allemand, il ne fallait plus tolérer à l’avenir de tentative de putsch. En 1923, le patron sidérurgiste Stinnes disait à l’ambassadeur américain : « Il faut trouver un dictateur qui aurait le pouvoir de faire tout ce qui est nécessaire. Un tel homme doit parler la langue du peuple et être lui-même un civil ; nous avons un tel homme (2). »

Avec la crise économique de 1929, ces mêmes cercles ont décidé de miser sur le parti de Hitler qui a reçu de leur part un soutien accru. Sans leurs millions, Hitler ne serait jamais devenu aussi important. Ils ont mis à sa disposition leurs hangars désaffectés qu’il a transformés en une version nazie de l’Armée du Salut. Des malheureux sans travail pouvaient s’y retrouver pour une assiette de soupe et un lit pour la nuit. Avant qu’ils s’en rendent compte, on leur avait collé sur le dos un uniforme et ils défilaient au pas de l’oie derrière le drapeau nazi. Durant la campagne présidentielle de 1932, les nazis ont collé des millions d’affiches, imprimé douze millions de numéros spéciaux de leur torchon de journal et organisé 3 000 meetings. Pour la première fois, ils ont fait usage de films et de disques. Hitler utilisait un avion privé pour se rendre d’un meeting à l’autre. En 1932, le parti nazi comptait des milliers de permanents et l’entretien des SA (sections d’assaut), à lui seul, coûtait deux millions de marks par semaine. Qui payait tout cela ? Certainement pas les membres sans travail du parti nazi…

Aux élections fédérales de septembre 1930, le NSDAP devient le deuxième parti avec plus de 6 millions de voix. Des représentants de premier ordre de la classe dirigeante s’expriment en faveur de la formation d’un gouvernement avec lui. Hitler est invité à exposer ses idées devant des cercles de grands capitalistes et plusieurs d’entre eux adhèrent au parti. Le directeur de la firme Siemens, Carl Friedrich von Siemens, prononce le 27 octobre 1931 un discours devant des membres importants de la finance américaine, pour dissiper les craintes que suscite une éventuelle montée au gouvernement des nazis. Il insiste surtout sur la volonté des nazis d’éradiquer le socialisme en Allemagne. Le 26 janvier 1932 au Düsseldorfer Industrieklub, Fritz Thyssen, le magnat de la sidérurgie, organise devant plus de cent grands patrons une conférence de Hitler, durant laquelle celui-ci assure que son mouvement voit dans la propriété privée le fondement de l’économie allemande et que son but principal est d’éradiquer jusqu’à la racine le marxisme en Allemagne.

Vite avant qu’il ne soit trop tard

Mais il faudra encore une année avant que ces patrons confient la chancellerie à Hitler. Ils avaient peur de la réaction du mouvement ouvrier. De plus, ils se livraient de violentes luttes de pouvoir, chacun voulant prendre la direction de la dictature en devenir.

Mais lors des élections fédérales du 6 novembre 1932, le Parti communiste d’Allemagne accroît fortement son influence parmi les travailleurs au détriment du Parti socialiste qui perd de plus en plus son emprise sur la classe ouvrière. Le capital craint un soulèvement révolutionnaire. Le NSDAP perd deux millions de voix. Un déclin plus important du parti risque de ruiner tous les espoirs du grand patronat. Ils mettent leurs querelles internes au vestiaire et décident de confier plus rapidement le pouvoir au parti de Hitler.

Le 19 novembre, des banquiers, de grands industriels et de grands propriétaires terriens demandent au président Hindenburg de nommer Hitler à la chancellerie. La rencontre entre le Premier ministre en exercice von Papen et Hitler dans la villa du banquier von Schröder le 4 janvier 1933 a scellé les arrangements qui ont conduit au 30 janvier 1933.

Certains patrons ont encore des doutes sur la capacité d’Hitler à contrôler son arrière-ban, chauffé par des discours démagogiques contre le grand capital. Mais Hitler les rassure. Le 20 février 1933, il reçoit le gratin du grand capital allemand. L’aile dite anticapitaliste du parti, qui avait cru à la démagogie de Hitler et pensait que les nazis prendraient aussi des mesures contre le grand capital, est éliminée. Pendant la nuit des longs couteaux, le 30 juin 1934, Hitler fait assassiner 1 000 cadres de ses propres sections d’assaut (SA).

Ce sont les Thyssen, Krupp, Siemens et autres qui ont déterminé la politique économique de Hitler. Il suffit de voir la composition du Haut comité économique sous le gouvernement nazi. Nous y trouvons Gustav Krupp von Bohlen, roi de l’industrie d’armement, Fritz Thyssen, baron de l’acier, C. von Siemens, roi de l’électricité, Karl Bosch, de l’industrie des colorants.

Le gouvernement Hitler bloque les salaires au niveau très bas de 1932, où ils étaient arrivés en raison de la crise. Les travailleurs sont privés de tous leurs droits et menacés d’emprisonnement dans un camp de concentration en cas de grève.

La loi nazie du 15 mai 1934 limite la liberté de changer d’employeur. Un livret de travail est introduit en février 1935. Sans ce document, aucun travailleur ne peut être engagé. Tout comme en Belgique au 19e siècle, un ouvrier qui désire travailler ailleurs peut en être empêché par son patron si celui-ci détient son livret de travail.

Le fascisme a porté la logique du capitalisme jusqu’à sa pire extrémité. La recherche de la compétitivité mène à une spirale descendante des salaires et des acquis sociaux. Le fascisme a porté la compétitivité des usines allemandes à des sommets jamais atteints. Dans les camps de travail, le coût salarial et les charges sociales sont quasiment réduits à zéro. Parmi les entreprises qui rivalisent pour obtenir la plus grande quantité possible de main-d’œuvre en provenance des camps de concentration, on retrouve le gratin du grand capital. Afin d’épargner leurs frais de transport, plusieurs firmes construisent leurs usines dans les environs immédiats des camps.

Le problème du chômage est résolu en envoyant une partie des chômeurs dans l’armée, une autre dans les usines d’armement. Les deux parties sont ainsi obligées de préparer leur propre mort et celle de dizaines de millions d’autres.

Une catastrophe évitable

Parler de la « facilité » avec laquelle le fascisme a gagné la victoire en 1933 est faux. Le combat que la classe ouvrière d’Allemagne a livré à l’extrême droite en marche a duré quinze années avant que la dictature fasciste ne puisse être instaurée ; dans cette lutte, des dizaines de milliers d’ouvriers ont perdu la vie sous les balles de l’ennemi et, si finalement ils n’ont pas pu empêcher l’établissement de la dictature fasciste, ce ne fut pas par suite de la supériorité du fascisme, mais bien seulement parce que l’action des travailleurs a été paralysée par certains de leurs dirigeants. Selon le grand historien allemand, Kurt Gossweiler, spécialiste du fascisme, cette catastrophe aurait pu être enrayée, mais seulement par le mouvement ouvrier en front uni, par le combat de masse uni de tous les antifascistes, y compris par des luttes extraparlementaires.

Le Parti communiste allemand était la seule force politique à opposer au fascisme une hostilité irréconciliable. Il a sans doute sous-estimé trop longtemps le danger, mais une fois qu’il en a pris conscience, il était prêt à mobiliser tous les moyens et toutes les forces nécessaires pour empêcher la prise de pouvoir des fascistes. Mais il n’était pas assez fort pour soulever seul les travailleurs, sans et contre la direction socialiste. Sans doute aurait-il pu faire plus d’efforts et plus tôt pour créer un front avec les travailleurs socialistes. Mais il est fort douteux que la réponse de la direction du Parti socialiste à cet effort aurait été positive.

Dans la période de préparation de la dictature fasciste, les dirigeants de l’aile droite de la social-démocratie ont joué un rôle très négatif. La classe ouvrière est précipitée dans une misère indescriptible. Le gouvernement du socialiste Müller a mis en œuvre dès le début de la crise de 1929 une politique antiouvrière et procapitaliste draconienne : en 1929, les capitalistes obtiennent 1,37 milliard de marks de diminutions d’impôts. Les impôts (indirects surtout) et les taxes qui frappent la masse de la population augmentent : les taxes sur les produits de première nécessité augmentent de 2 milliards de marks en 1929. Ce gouvernement a voté un plan qui supprime ou diminue les allocations de chômage pour 1,2 million de chômeurs. Le nombre d’exclus des allocations de chômage augmente de 500 000 en 1927 à plus d’un million en 1930. En janvier 1930, 80 % des sans-travail bénéficient de l’allocation de chômage. En décembre de la même année, ils ne seront plus que 57 %.

De « moindre mal » en « moindre mal » jusqu’à Hitler

En mars 1930, la droite fait exclure les socialistes du gouvernement national. Arrive le gouvernement Brüning du Parti du centre, qui fait de « l’assainissement des finances publiques » son point de programme principal. Au nom du « moindre mal », c’est-à-dire pour « éviter le fascisme », la social-démocratie abandonne son opposition parlementaire au gouvernement Brüning. Elle décide de « tolérer » le gouvernement et de voter contre toute motion de méfiance au parlement.

En novembre 1931, le gouvernement décide même une diminution de 10 à 15 % des revenus, l’annulation des conventions collectives existantes, le retour des salaires au niveau du 10 janvier 1927, la suppression du droit de grève, la diminution des allocations sociales et l’augmentation des cotisations, le report d’un an des élections sociales et la proclamation de l’état d’exception. Dans les faits, cette ordonnance signifiait une diminution réelle des revenus de 27 à 29 % et elle conduisait pratiquement à la suppression des droits démocratiques des travailleurs. Tout en la dénonçant dans sa presse, le PSA permet par l’abstention de ses députés le vote de cette ordonnance.

Les dirigeants socialistes s’en prennent plus souvent aux communistes qu’aux fascistes. Le premier mai 1929, le chef socialiste de la police de Berlin interdit les manifestations et fait tirer sur les 200 000 ouvriers qui manifestent quand même. Il tue 33 manifestants. Il interdit le journal du KPD et le 3 mai le ministre socialiste de l’Intérieur de Prusse interdit le Front rouge des combattants, l’organisation d’autodéfense antifasciste du KPD.

Au cours de 1930, plus de 80 antifascistes sont assassinés par les SA, les troupes de choc des nazis. Un climat de violence s’étend sur toute l’Allemagne. Mais Hitler joue le politicien respectable, soucieux de la légalité. Le PSA est tout prêt à le croire. Le journal socialiste Vorwärts du 3 décembre 1931 écrit : « Si on était sûr qu’une fois en place les nationaux-socialistes observeront les règles du jeu démocratique qu’ils prétendent suivre pour accéder au pouvoir, alors nous serions tout prêts à les laisser entrer au gouvernement et aujourd’hui plutôt que demain. »

Même face à la menace directe du fascisme, ils ont refusé de s’allier aux communistes. Quand en mai 1932 la droite au pouvoir à Berlin a destitué le gouvernement socialiste minoritaire de Prusse, le seul gouvernement régional socialiste restant, la direction du PSA a protesté verbalement, mais s’est soumise. Elle a taxé de « provocation » la proposition communiste d’appeler ensemble à la grève générale.

Pourtant, la droite et les fascistes n’étaient pas de taille à affronter une résistance active du PSA, de son organisation de lutte Reichsbanner, du syndicat, du KPD et du FRC (3). Juillet 1932 était probablement la dernière chance d’empêcher le fascisme d’arriver au pouvoir. Le nazi Goebbels disait à ce moment : « Les rouges ont laissé passer la grande occasion. Elle ne reviendra plus (4). »

Le 30 janvier 1933, les dirigeants socialistes rejettent à nouveau l’offre de grève générale du KPD. Aussi longtemps que Hitler « ne violait pas la constitution », ils ne voulaient pas se battre. Il fallait attendre les élections du 5 mars. Même la terreur contre les communistes et certains socialistes après l’incendie du Reichstag n’a pas changé leur position.

Encore en mars 1933, le chef des syndicats socialistes, Leipart, offre sa collaboration à Hitler : « Les syndicats sont prêts… à entrer en collaboration permanente avec des organisations patronales. Le contrôle par l’État (fasciste, ndlr) d’une telle collaboration, pourrait en certaines circonstances, en augmenter la valeur et en faciliter le fonctionnement… », dit-il (5).

Le 1er mai 1933, les nazis et les patrons appellent les ouvriers à participer en masse aux manifestations organisées par le régime. Les dirigeants syndicaux boivent le calice de la honte jusqu’à la lie et se joignent à cet appel. Cela ne leur sert à rien. Le lendemain, les principaux dirigeants syndicaux sont arrêtés et les biens des syndicats confisqués.

Mais le PSA va encore plus loin. Le 17 mai, les députés sociaux-démocrates votent pour la « révolution pacifique » de Hitler au Reichstag. Il s’agissait d’une exigence de révision du Traité de Versailles visant à lever toute barrière aux visées expansionnistes allemandes. Cette servilité ne rapporte rien non plus au PSA. Le 22 juin 1933, le gouvernement de Hitler interdit toute activité politique au PSA. Un nombre considérable de fonctionnaires socialistes et syndicaux, dont le tristement célèbre ministre de l’Intérieur de Prusse, Severing, n’hésitent pas à passer aux nazis.

En 1935, Georges Dimitrov, le dirigeant de l’Internationale communiste dira : « La victoire du fascisme était-elle inévitable en Allemagne ? Non, la classe ouvrière allemande pouvait la conjurer. Mais, pour cela, elle aurait dû obliger les chefs de la social-démocratie à cesser leur campagne contre les communistes et à accepter les propositions répétées du Parti communiste sur l’unité d’action contre le fascisme. Elle aurait dû répondre par une véritable lutte de masse, qui eût entravé les plans fascistes de la bourgeoisie allemande (6). »

Pour en savoir plus sur les origines du fascisme, sur les forces qui l’ont porté au pouvoir, sur la résistance, voici quelques sources :

Kurt Gossweiler, « Hitler, l’irrésistible ascension ? », Études marxistes, 67-68/2004.

Kurt Gossweiler, « L’économie allemande en 1933-1934 : De la crise mondiale au redressement », Études marxistes, 65/2006.

Herwig Lerouge, « Sans la trahison du parti socialiste allemand, le fascisme n’aurait jamais triomphé en Allemagne », Études marxistes, 15/1992.


1 – Voir notamment Thierry Feral, Le nazisme en dates (novembre 1918-novembre 1945), Éditions L’Harmattan, 2010, p. 173

2 – Kurt Gossweiler, « De Weimar à Hitler : les causes de l’avènement de la dictature fasciste », Études marxistes, no 67-68, p. 18

3 – Front rouge des combattants, l’organisation de lutte du KPD

4- Baay, « Der andere 20 Juli », Die Zeit, no 29, 21 juillet 1972

5- Françoise Knopper, Gilbert Merliop, Alain Ruiz, Le National socialisme, une révolution ?, Presses Universitaires du Miral, p. 156.

6 – Georges Dimitrov, « Le fascisme et la classe ouvrière », Œuvres choisies, Éditions sociales, 1972, p. 48

Nicolas Maduro élu président du Venezuela au 1er tour, avec 50,66% des voix! Après le défi démocratique, le nouveau défi socialiste.

Vivelepcf, 15 avril 2013

La bourgeoisie vénézuélienne n’a pas réussi à utiliser la mort d’Hugo Chavez pour renverser le cours de la Révolution bolivarienne.

Nicolas Maduro élu président du Venezuela au 1er tour, avec 50,66% des voix! Après le défi démocratique, le nouveau défi socialiste. dans Communisme-Histoire- Théorie 130415_maduroLa candidature de Nicolas Maduro, vice-président de Chavez, issu de son parti, le Parti socialiste unifié (PSUV), a emporté l’élection présidentielle du 14 avril 2013, au 1er tour, avec 50,66% des suffrages exprimés.

Ce résultat offre les conditions de la poursuite au Venezuela de la politique de justice sociale et d’approfondissement de la construction du socialisme entamée depuis l’arrivée de Hugo Chavez au pouvoir en 1999. Cette victoire constitue également un point d’appui fort pour tous les gouvernements et  organisations progressistes d’Amérique latine et du monde entier, en lutte contre l’impérialisme, à la mesure du rayonnement de l’expérience vénézuélienne ces dernières années, conjuguée à celle de Cuba.

Nous transmettons nos félicitations et remerciements chaleureux à nos camarades du Parti communiste du Venezuela, l’un des piliers politiques de la « Révolution bolivarienne ».

A nouveau, le pouvoir socialiste vénézuélien a relevé le défi démocratique. Il l’emporte, de façon incontestable, par les urnes,  malgré le poids des médias bourgeois, les pressions financières des oligarchies intérieures et extérieures. Ce n’est pas encore cette fois que les contempteurs de la « dictature chaviste », de là-bas comme de France (de droite ou de « gauche ») trouveront de quoi étayer leurs accusations diffamatoires.

Le principal candidat des partis bourgeois, Henrique Capriles, obtient 49,07% des voix, en progression de 4% sur les élections de l’an dernier. Ce résultat est potentiellement inquiétant. La bourgeoisie, et l’impérialisme américain avec elle, conservent une position économique prédominante. Au fil des années, ils ont affiné leur stratégie revancharde, renonçant au renversement brutal du régime. Le sabotage économique s’est fait plus insidieux, mais aussi redoutablement plus efficace. Faisant la part des choses, certains politiciens n’hésitent pas à reprendre à leur compte les avancées sociales arrachées avec Chavez. Chavez malade, puis Chavez mort, ils s’évertuent à personnifier sa politique pour mieux la dissocier du processus révolutionnaire qu’il a enclenché et qui doit continuer.

Nicolas Maduro n’est pas banquier mais chauffeur de bus. Il a accompagné toutes les étapes de l’action politique émancipatrice impulsée par Chavez. Avec l’appui populaire, avec le renforcement des partis politiques révolutionnaires, en coopération avec les expériences de résistance et de lutte des autres peuples de la région, nous ne doutons pas qu’il saura prolonger l’œuvre politique de son glorieux prédécesseur : Relever le défi du socialisme.

C’est l’avenir que nous souhaitons au peuple vénézuélien !

Pour Mélenchon, la guerre d’Algérie n’a été qu’une « guerre civile »

Pour Mélenchon, la guerre d’Algérie n’a été qu’une « guerre civile » dans Communisme-Histoire- Théorie 1313331-la_guerre_dalgerie_vue_par_le_pcf-298x300

Vivelepcf, 12 avril 2013

En recourant à Mélenchon, la direction de notre parti, le PCF, en a fait, malgré nous (malgré elle ?) son porte-parole, le porte-parole du Front de gauche dans les media. C’est un fait. Est-ce une raison pour oblitérer toutes les positions douteuses du personnage, lambertiste et mitterrandien ? D’autant plus quand elles heurtent frontalement le cœur de notre engagement communiste ?

Mélenchon était en voyage à Alger et a tenu une conférence le 12 février 2013. Ses propos, relatés par plusieurs journaux algériens, dont Liberté, ont choqué les progressistes algériens comme ils nous choquent.

Mélenchon s’est solidarisé avec Hollande qui l’avait précédé en décembre pour faire des affaires pour le compte des multinationales françaises.  A ce propos, il a déclaré : « La vie des nations est aussi faite de contrats. Si les Algériens ne sont pas contents des contrats, ils n’ont qu’à en signer avec d’autres pays ». On est loin des coopérations mutuellement avantageuses entre les peuples que, communistes, nous défendons. « Patriote », « républicain », Mélenchon défend la « patrie » des trusts à base française.

Interrogé sur la guerre au Mali, confirmant sa pratique du double discours, il refuse de qualifier « d’erreur » l’expédition militaire française.

130412_Alger_monument dans Solidarité internationale

Alger, monument aux martyrs

Mais là où l’auditoire est tombé des nues, même le mieux intentionné à l’égard du patron du Front de gauche, abusivement présenté comme l’héritier des communistes, des anticolonialistes, c’est lorsque Mélenchon a commencé à exposer sa conception de la mémoire. Même si cela se discute, il a grossièrement rejeté le concept de « repentance ». Mais surtout, il a osé qualifier la guerre d’indépendance du peuple algérien, la Révolution algérienne, de « guerre civile ».

Son nationalisme « républicain » n’a décidément pas de limite de Dunkerque à Tamanrasset, de Mitterrand qui laissa guillotiner Audin à Sarkozy et Hollande avides de « contrats ».

Mélenchon, quand tu laisses aller ton franc-parler, vraiment, les communistes n’ont rien à faire avec toi !

Communistes, laissons Mélenchon à son populisme ! Notre manifestation, c’est celle du 1er mai !

EDT, 12 avril 2013

Ce qui est comique avec Mélenchon, c’est que l’idée de la fin du pouvoir personnel, version 5ème République, passe toujours par sa propre personne !

Regonflé par les médias, en ces temps d’affaires, il convoque tout seul, comme cela lui vient, un défilé national « républicain » pour le 5 mai 2013, à l’occasion de l’anniversaire de l’élection de François Hollande. Sur toutes les antennes, il se pose en chevalier blanc pourfendant ses ex-camarades du PS et celle qu’il veut à tout prix concurrencer, Marine Le Pen. La désastreuse expérience d’Hénin-Beaumont l’an dernier ne l’a pas détourné de ce qu’il imagine être un faire-valoir.

Voilà donc Mélenchon lance son annonce le jeudi 4 avril. Il ne prend pas la peine de prévenir ses amis de la « coordination nationale » autoproclamée du Front de gauche qui se réunit le même soir. Elle devra se réunir à nouveau le lendemain pour avaliser le choix du chef. Entre temps, Pierre Laurent s’est rallié à l’initiative, sans attendre la réunion du Conseil national du PCF, qui a lieu le 13 avril et qui n’aura plus qu’à enregistrer. Eva Joly et Olivier Besancenot, en perte de notoriété, saisissent la perche de Mélenchon. André Chassaigne affiche quelque réticence lundi 8 avant de s’aligner à son tour, du moins selon Pierre Laurent.

Rien que sur le fonctionnement, l’initiative du Front de gauche, pour une nouvelle « constitution », semblable à un coup politicien, est irrecevable.

Mais au-delà, qu’est-ce que l’affaire Cahuzac change à la situation politique ? Le spectacle d’un ministre du budget apôtre de l’austérité et de la lutte contre la fraude fiscale et fraudeur lui-même contribue objectivement à discréditer le gouvernement. Demain, si ses collusions avec l’industrie pharmaceutique sont avérées, on vérifiera pour qui roulent les gouvernants. Les dirigeants du PS, de l’aile gauche à l’aile droite, unanimement outragés par cette « trahison », auront encore plus de mal à masquer que leur parti est bien plus un parti bourgeois qu’un parti ouvrier. Une opportunité existe, dans le sens de l’action du PCF, pour obtenir enfin quelques moyens supplémentaires pour les services fiscaux contre la fraude.

Tout cela n’est pas à ignorer mais rien ne change dans l’appréciation de la politique mise en œuvre, hier comme aujourd’hui, par Hollande, Ayrault, hier avec le lieutenant Cahuzac. L’austérité prépare la super-austérité sous l’égide de l’Union européenne du capital. Et ma foi, il faut avoir été naïf ou sacrément manipulateur pour avoir imaginé ou fait croire que l’alternance social-démocrate aux élections de 2012 aller amener quelque inflexion politique.

Alors aujourd’hui, est-ce que l’on s’efforce de reconstituer l’immense rapport de force existant dans le pays, de soutenir les luttes pour rompre avec cette politique ? C’est normalement et constamment notre choix de communistes. Ou bien est-ce que l’on s’applique à diriger, à canaliser la colère contre des hommes et des chimères.  C’est le choix de Mélenchon et c’est un choix dangereux.

Depuis quelques semaines, se caricaturant lui-même, Mélenchon accumule les sorties injurieuses dans les médias. Content de lui, il en rediscute cyniquement autour d’un café avec les journalistes qu’il vient d’insulter. Il n’insulte pas que les journalistes mais surtout la classe ouvrière, les travailleurs, à qui ce notable éducaillé n’imagine pas s’adresser autrement que sur un mode vulgaire.

Maintenant il franchit un nouveau cap dans cet exercice de style dégradant. Nous avons toutes les raisons de ne pas apprécié Pierre Moscovici pour ses choix politiques. Mais le vouer à la haine publique, « il a un nom, il a une adresse », « il ne pense pas en français », tout cela relève du nationalisme le plus écoeurant. Les mots ont un sens ! Appeler à la « purification » de la vie politique évoque le pire. Mélenchon prend garde de ne pas dire « tous pourris », ce qui le compromettrait…

Mais quand il parle de « système intrinsèquement pourri », comment lui-même, disciple de Mitterrand et du trotskyste Lambert, qui se complaît à se décrire comme un ancien « cacique » à qui le PS avait donné une sinécure au Sénat puis au gouvernement, comme un habile maquignon de la politique la Communistes, laissons Mélenchon à son populisme ! Notre manifestation, c’est celle du 1er mai ! dans APPELS blog-hollande-melenchon_complotmain tendue un jour à Cohn-Bendit, le lendemain à Besancenot, n’y serait-il pas intégré ? Mélenchon a bien aussi appelé à voter pour Hollande « comme pour lui-même ». Camarades, ne soyons pas non plus masochistes au point de fermer les yeux sur le mépris que les gauchistes du PG (ex-PS !) manifestent à notre égard à propos de l’amnistie sociale comme des municipales.

L’affaire Cahuzac sert objectivement à la droite pour se remettre en selle, un an à peine après la défaite de Sarkozy, alors qu’elle partage profondément (ANI, Crédit d’impôt au patronat au nom de la compétitivité, TVA antisociale etc.) les choix gouvernementaux et européens. L’affaire Cahuzac embarrasse d’un côté le gouvernement mais elle lui sert de l’autre à faire diversion sur ces choix.

A baisser le niveau du débat, Mélenchon et ses amis rentrent dans leur jeu. Dans la surenchère « populiste », les gagnants sont toujours à droite, même quand ils traînent des « casseroles » parce que l’on attend rien d’autre d’eux : Berlusconi, Tapie, bientôt Sarkozy et Le Pen…

Non, les communistes n’ont rien à faire dans les calculs de Mélenchon, d’autant plus flatté par les journalistes qu’il les insulte !

Qu’est-ce qu’il y a à commémorer le 5 mai ? L’élection de Hollande ? La non-élection de Mélenchon ? Cette date empreinte d’institutionnalisme donne la perspective du Front de gauche en France, celle de la constitution d’un « bloc de gauche », une social-démocratie de rechange, pro-UE derrière des critiques minimales, comme dans les autres pays d’Europe sous l’égide du PGE, notamment à l’occasion des élections européennes.

Le 5 mai, un dimanche, restons chez nous ! Ou bien distribuons des tracts dans nos quartiers et villages !

Il n’est nul besoin de relire Lénine et « l’Etat et la révolution » pour savoir que toutes les avancées démocratiques bourgeoises sont bonnes à prendre pour les travailleurs mais aussi que la rupture ne peut pas partir des institutions bourgeoises. L’assemblage hétéroclite de bonnes réformes, peu probables, et de gadgets institutionnels que représente le projet fumeux de « 6ème république » ne fera converger aucune force efficace pour la rupture. Les ex-ministres de la gauche plurielle portent d’ailleurs la coresponsabilité de l’avènement du quinquennat…

Communistes, rendons-nous à l’évidence. Qu’on le veuille ou non, Mélenchon a les clés du Front de gauche. C’est lui le porte-parole depuis que la direction du Parti l’a intronisé pour parachever sa « mutation ». La manifestation du 5 mai, quelles que soient les variations de discours, portera son « coup de balayette », son « qu’ils s’en aillent tous » recopié par le sinistre comique italien Beppe Grillo. L’occasion ne se prête pas à autre chose. C’est ce personnage que l’on mettra en avant.

Camarades, n’allons pas  jouer les figurants de la farce! Aucun d’entre nous ne doit se laisser droguer par ces laides paroles du bateleur !

Notre place est ailleurs, dans une autre manifestation autrement plus symbolique et importante : Celle du 1er mai. Comme salariés, comme militants, comme syndicalistes de classe, nous y  avons toute notre place, pour porter les propositions de rupture nécessaires sur lesquelles les salariés peuvent se rassembler pour gagner, pour commencer à faire reculer la politique au service du capital.

NATIONALISATIONS ! Automobile, sidérurgie, énergie… imposons le débat quand le ministre Montebourg annonce de nouvelles « ouvertures du capital » et bénit les accords antisociaux chez Renault.

HAUSSE DES SALAIRES ! Quand le gouvernement décide de rembourser 6% des salaires au patronat avec le « crédit d’impôt compétitivité », soit 20 milliards d’euros par an, payés par la TVA antisociale !

DEFENSE DE LA SECURITE SOCIALE ! Le rapport de force existe pour mettre en échec le démantèlement des allocations familiales. Les millions de salariés, de retraités qui ont manifesté en 2010 contre la casse de la retraite à 60 ans n’ont pas disparu. La « gauche » les a trompés avant 2012, en liquidant la référence fondamentale au nombre d’annuités. Mais le rapport de force existe toujours face à l’orchestration de la résignation.

RUPTURE AVEC L’UNION EUROPENNE ! Mélenchon feint de critique « l’euro Merkel », sans se priver d’accents xénophobes. Le nostalgique de Maastricht préfère « l’euro Schröder », « l’euro des peuples ». Irlandais, Portugais, Espagnols, Grecs, Chypriotes etc. tous nos camarades appellent la fin de l’euro ! Communistes français, retrouvons nos positions de toujours !

Camarades, faisons un rêve ! Que les dirigeants du PCF continuent à s’exprimer posément, sans éclat de voix, sans chercher à concurrencer Mélenchon mais qu’ils portent distinctement, à la tête de la mobilisation de tout notre parti, ses positions historiques, plus justes que jamais, la riposte à la politique du capital.

Camarades des cellules et des sections, prenons nos responsabilités !

Vive le PCF !

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SOCIALISME ET RELIGION – Lénine – 1905

SOCIALISME ET RELIGION, Lénine, « Novaïa Jizn », 3 décembre 1905

EXTRAITS :

« La religion est l’opium du peuple. La religion est une espèce d’alcool spirituel dans lequel les esclaves du capital noient leur image humaine et leur revendication d’une existence tant soit peu digne de l’homme. »

« Nous réclamons la séparation complète de l’Église et de l’État afin de combattre le brouillard de la religion avec des armes purement et exclusivement idéologiques : notre presse, notre propagande. »

« Mais puisqu’il en est ainsi, pourquoi ne nous déclarons-nous pas athées dans notre programme ? Pourquoi n’interdisons-nous pas aux chrétiens et aux croyants l’entrée de notre Parti ? »

« Mais en aucun cas nous ne devons nous fourvoyer dans les abstractions idéalistes de ceux qui posent le problème religieux en termes de « raison pure », en dehors de la lutte de classe, comme font souvent les démocrates radicaux issus de la bourgeoisie »

« L’unité de cette lutte réellement révolutionnaire de la classe opprimée combattant pour se créer un paradis sur la terre nous importe plus que l’unité d’opinion des prolétaires sur le paradis du ciel. »

« Le prolétariat révolutionnaire finira par imposer que la religion devienne pour l’État une affaire vraiment privée. Et, dans ce régime politique débarrassé de la moisissure médiévale, le prolétariat engagera une lutte large et ouverte pour la suppression de l’esclavage économique, cause véritable de l’abêtissement religieux de l’humanité. »

 

TEXTE COMPLET (Œuvres complètes, tome 10, Editions sociales 1967, pages 80 à 85):

 

La société contemporaine est fondée tout entière sur l’exploitation des grandes masses de la classe ouvrière par une minorité infime de la population appartenant aux classes des propriétaires fonciers et des capitalistes. C’est une société d’esclavagistes, car les ouvriers « libres », qui travaillent toute leur vie pour le capital, « n’ont droit » qu’aux moyens d’existence strictement indispensables à l’entretien d’esclaves produisant les bénéfices, qui permettent d’assurer et de perpétuer l’esclavage capitaliste.

L’oppression économique qui pèse sur les ouvriers provoque et engendre inévitablement sous diverses formes l’oppression politique, l’abaissement social, d’abrutissement et la dégradation de la vie intellectuelle et morale des masses. Les ouvriers peuvent obtenir une liberté politique plus ou moins grande afin de lutter pour leur affranchissement économique, mais aucune liberté ne les débarrassera de la misère, du chômage et de l’oppression tant que le pouvoir du capital n’aura pas été aboli. La religion est un des aspects de l’oppression spirituelle qui accable toujours et partout les masses populaires, écrasées par un travail perpétuel au profit d’autrui, par la misère et l’isolement. La foi en une vie meilleure dans l’au-delà naît tout aussi inévitablement de l’impuissance des classes exploitées dans leur lutte contre les exploiteurs que la croyance aux dieux, aux diables, aux miracles, naît de l’impuissance du sauvage dans sa lutte contre la nature. A ceux qui peinent toute leur vie dans la misère, la religion enseigne la patience et la résignation ici-bas, en les berçant de l’espoir d’une récompense céleste. Quant à ceux qui vivent du travail d’autrui, la religion leur enseigne la bienfaisance ici- bas, leur offrant ainsi une facile justification de leur existence d’exploiteurs et leur vendant à bon compte des billets donnant accès à la félicité divine. La religion est l’opium du peuple. La religion est une espèce d’alcool spirituel dans lequel les esclaves du capital noient leur image humaine et leur revendication d’une existence tant soit peu digne de l’homme.

Mais l’esclave qui a pris conscience de sa condition et s’est levé pour la lutte qui doit l’affranchir, cesse déjà à moitié d’être un esclave. L’ouvrier conscient d’aujourd’hui, formé par la grande industrie, éduqué par la ville, écarte avec mépris les préjugés religieux, laisse le ciel aux curés et aux tartuffes bourgeois et s’attache à la conquête d’une meilleure existence sur cette terre. Le prolétariat moderne se range du côté du socialisme qui fait appel à la science pour combattre les fumées de la religion et, organisant l’ouvrier dans une lutte véritable pour une meilleure condition terrestre, le libère de la croyance en l’au-delà.

La religion doit être déclarée affaire privée ; c’est ainsi qu’on définit ordinairement l’attitude des socialistes à l’égard de la religion. Mais il importe de déterminer exactement la signification de ces mots, afin d’éviter tout malentendu. Nous exigeons que la religion soit une affaire privée vis-à-vis de l’État, mais nous ne pouvons en aucune façon considérer la religion comme une affaire privée en ce qui concerne notre propre Parti. L’État ne doit pas se mêler de religion, les sociétés religieuses ne doivent pas être liées au pouvoir d’État. Chacun doit être parfaitement libre de professer n’importe quelle religion ou de n’en reconnaître aucune, c’est-à-dire d’être athée, comme le sont généralement les socialistes. Aucune différence de droits civiques motivée par des croyances religieuses ne doit être tolérée. Toute mention de la confession des citoyens dans les papiers officiels doit être incontestablement supprimée. L’État ne doit accorder aucune subvention ni à l’Église ni aux associations confessionnelles ou religieuses, qui doivent devenir des associations de citoyens coreligionnaires, entièrement libres et indépendantes à l’égard du pouvoir. Seule la réalisation totale de ces revendications peut mettre fin à ce passé honteux et maudit où l’Église était asservie à l’État, les citoyens russes étant à leur tour asservis à l’Église d’État, où existaient et étaient appliquées des lois inquisitoriales moyenâgeuses (maintenues jusqu’à ce jour dans nos dispositions (égaies), qui persécutaient la croyance ou l’incroyance, violaient la conscience et faisaient dépendre les promotions et les rémunérations officielles de la distribution de tel ou tel élixir clérical. La séparation complète de l’Église et de l’État, telle est la revendication du prolétariat socialiste à l’égard de l’État et de l’Église modernes.

La révolution russe doit faire aboutir cette revendication comme une partie intégrante et indispensable de la liberté politique. Sous ce rapport, la révolution russe est placée dans des conditions particulièrement favorables, le détestable régime bureaucratique de l’autocratie féodale et policière ayant provoqué le mécontentement, l’effervescence et l’indignation dans le clergé même. Si misérable, si ignorant que fût le clergé orthodoxe russe, il s’est réveillé cependant au fracas de la chute de l’ancien régime, du régime médiéval en Russie. Le clergé lui-même soutient aujourd’hui la revendication de liberté, s’élève contre le bureaucratisme officiel et l’arbitraire administratif, le mouchardage policier imposé aux « ministres de Dieu ». Nous autres socialistes, nous devons appuyer ce mouvement en poussant jusqu’au bout les revendications des représentants honnêtes et sincères du clergé, en les prenant au mot quand ils parlent de liberté, en exigeant qu’ils brisent résolument tout lien entre la religion et la police. Ou bien vous êtes sincères, et vous devez dès lors réclamer la séparation complète de l’Église et de l’État, de l’école et de l’Église et demander que la religion soit déclarée affaire privée, et cela de façon absolue et catégorique. Ou bien vous ne souscrivez pas à ces revendications conséquentes de liberté, et cela signifie que vous êtes toujours prisonniers des traditions inquisitoriales, que vous voulez toujours avoir accès aux promotions et aux rémunérations officielles, que vous ne croyez pas à la puissance de vos armes spirituelles, que vous continuez à accepter les pots-de-vin de l’État ; et alors les ouvriers conscients de Russie vous déclarent une guerre sans merci.

Par rapport au parti du prolétariat socialiste, la religion n’est pas une affaire privée. Notre Parti est une association de militants conscients d’avant-garde, combattant pour l’émancipation de la classe ouvrière. Cette association ne peut pas et ne doit pas rester indifférente à l’inconscience, à l’ignorance ou à l’obscurantisme revêtant la forme de croyances religieuses. Nous réclamons la séparation complète de l’Église et de l’État afin de combattre le brouillard de la religion avec des armes purement et exclusivement idéologiques : notre presse, notre propagande. Mais notre association, le Parti ouvrier social-démocrate de Russie, lors de sa fondation, s’est donné pour but, entre autres, de combattre tout abêtissement religieux des ouvriers. Pour nous, la lutte des idées n’est pas une affaire privée ; elle intéresse tout le Parti, tout le prolétariat.

Mais puisqu’il en est ainsi, pourquoi ne nous déclarons-nous pas athées dans notre programme ? Pourquoi n’interdisons-nous pas aux chrétiens et aux croyants l’entrée de notre Parti ?

La réponse à cette question fera ressortir la différence très importante des points de vue de la démocratie bourgeoise et de la social-démocratie sur la religion.

Notre programme est fondé tout entier sur une philosophie scientifique, rigoureusement matérialiste. Pour expliquer notre programme il est donc nécessaire d’expliquer les véritables racines historiques et économiques du brouillard religieux. Notre propagande comprend nécessairement celle de l’athéisme ; et la publication à cette fin d’une littérature scientifique que le régime autocratique et féodal a proscrite et poursuivie sévèrement jusqu’à ce jour doit devenir maintenant une des branches de l’activité de notre Parti. Nous aurons probablement à suivre le conseil qu’Engels donna un jour aux socialistes allemands : traduire et répandre parmi les masses la littérature française du XVIII° siècle athée et démystifiante.

Mais en aucun cas nous ne devons nous fourvoyer dans les abstractions idéalistes de ceux qui posent le problème religieux on termes de « raison pure », en dehors de la lutte de classe, comme font souvent les démocrates radicaux issus de la bourgeoisie. Il serait absurde de croire que, dans une société fondée sur l’oppression sans bornes et l’abrutissement des masses ouvrières, les préjugés religieux puissent être dissipés par la seule propagande. Oublier que l’oppression religieuse de l’humanité n’est que le produit et le reflet de l’oppression économique au sein de la société serait faire preuve de médiocrité bourgeoise. Ni les livres ni la propagande n’éclaireront le prolétariat s’il n’est pas éclairé par la lutte qu’il soutient lui-même contre les forces ténébreuses du capitalisme. L’unité de cette lutte réellement révolutionnaire de la classe opprimée combattant pour se créer un paradis sur la terre nous importe plus que l’unité d’opinion des prolétaires sur le paradis du ciel.

Voilà pourquoi, dans notre programme, nous ne proclamons pas et nous ne devons pas proclamer notre athéisme ; voilà pourquoi nous n’interdisons pas et ne devons pas interdire aux prolétaires, qui ont conservé tels ou tels restes de leurs anciens préjugés, de se rapprocher de notre Parti. Nous préconiserons toujours la conception scientifique du monde ; il est indispensable que nous luttions contre l’inconséquence de certains « chrétiens », mais cela ne veut pas du tout dire qu’il faille mettre la question religieuse au premier plan, place qui ne lui appartient pas ; qu’il faille laisser diviser les forces engagées dans la lutte politique et économique véritablement révolutionnaire au nom d’opinions de troisième ordre ou de chimères, qui perdent rapidement toute valeur politique et sont très vite reléguées à la chambre de débarras, par le cours même de l’évolution économique.

La bourgeoisie réactionnaire a partout eu soin d’attiser les haines religieuses – et elle commence à le faire chez nous – pour attirer de ce côté l’attention des masses et les détourner des problèmes économiques et politiques réellement fondamentaux, problèmes que résout maintenant le prolétariat russe, qui s’unit pratiquement dans sa lutte révolutionnaire. Cette politique réactionnaire de morcellement des forces prolétariennes, qui se manifeste aujourd’hui surtout par les pogromes des Cent-Noirs, trouvera peut-être demain des mesures plus subtiles. Nous lui opposerons dans tous les cas une propagande calme, ferme, patiente, qui se refuse à exciter des désaccords secondaires, la propagande de la solidarité prolétarienne et de la conception scientifique du monde.

Le prolétariat révolutionnaire finira par imposer que la religion devienne pour l’État une affaire vraiment privée. Et, dans ce régime politique débarrassé de la moisissure médiévale, le prolétariat engagera une lutte large et ouverte pour la suppression de l’esclavage économique, cause véritable de l’abêtissement religieux de l’humanité.

Il y a 142 ans, la Commune de Paris montait « à l’assaut du ciel ». En mai, elle était écrasée dans le sang

les camarades de LA SECTION PCFP PARIS 15
UIl y a 142 ans, la Commune de Paris montait n rassemblement commémoratif aura lieu, lundi 18 mars 2013, à l’angle du boulevard Saint-Germain et de la rue de l’université de 18h00 à 20h00. Il constatera à nouveau le refus politique de l’Assemblée nationale de réhabiliter les Communards. Leur récupération est impossible par la démocratie bourgeoise!

Ci-dessous un article repris de vivelepcf.fr

La Commune de Paris doit toujours éclairer le mouvement ouvrier !

18 mars 1871 – 18 mars 2013 : Il y a 142 ans, la Commune de Paris montait « à l’assaut du ciel ». En mai, elle était écrasée dans le sang.

Toujours, nous célébrons le sacrifice des dizaines de milliers de Communards, hommes, femmes, jeunes massacrés aussi férocement que méthodiquement, cette semaine sanglante de 1871, par les troupes de la réaction versaillaise soutenue par les exploiteurs du monde entier.

 

Nous célébrons la portée profonde, grandiose, de la Commune de Paris pour l’ensemble du mouvement ouvrier international telle que Lénine l’avait déjà soulignée au début du siècle dernier:

« Le souvenir des combattants de la Commune n’est pas seulement vénéré par les ouvriers français, il l’est par le prolétariat du monde entier. Le tableau de sa vie et de sa mort, l’image du gouvernement ouvrier qui prit et garda pendant plus de deux mois la capitale du monde, le spectacle de la lutte héroïque du prolétariat et de ses souffrances après la défaite – tout cela a remonté le moral de millions d’ouvriers, fait renaître ses espoirs et gagné leur sympathie au socialisme. Le grondement des canons de Paris a tiré de leur profond sommeil les couches les plus arriérées du prolétariat et donné partout une impulsion nouvelle à la propagande révolutionnaire. C’est pourquoi l’œuvre de la Commune n’est pas morte ; elle vit jusqu’à présent en chacun de nous ».

Samedi 26 mai s’est déroulée, comme chaque année depuis 1880, la montée au Mur des Fédérés au cimetière du Père Lachaise. Le souvenir de la Commune a été et reste encore l’un des plus conflictuels.

Le pouvoir et la réaction y sont encore plus allergiques qu’à l’évocation des révolutionnaires de 1793. Dans leur inconscient collectif, les possédants ont encore peur. Ils ont raison ! L’histoire de La Commune porte en elle leur renversement. Dans les programmes et manuels scolaires, cet épisode est toujours minimisé et caricaturé. La commémoration de la Commune était d’autant plus insupportable à la droite que les expériences socialistes issues de la Révolution d’octobre 1917 étaient les héritières directes de sa remise en cause de leur domination universelle.

Depuis 1989/1991, la droite française s’est assouplie. Elle commence à envisager reléguer la Commune dans l’histoire officielle consensuelle, c’est-à-dire privée de son sens politique, un peu comme Sarkozy a été mandaté pour le faire avec le résistant communiste Guy Môcquet. En 2000, Jacques Toubon et Jean Tibéri, alors maires du 13ème et de Paris, inauguraient ainsi la place de la Commune de Paris en appelant à la réconciliation nationale…

Jusqu’alors, ce rôle était dévolu aux socio-démocrates. Après 1920, ils se sont évertués à ne pas laisser cet héritage si important du mouvement ouvrier français au PCF.

La Montée au Mur des Fédérés en 1936, dans les circonstances unitaires du Front populaire dont le PCF était à l’impulsion, en ont été le symbole avec l’intervention de Léon Blum. En 2012, même François Hollande arrive à se référer à la Commune, à côté de Delanoë à la Mairie de Paris, le jour de son investiture.

Il n’en est que plus important, pour nous communistes, de ne pas laisser avancer l’entreprise de banalisation de l’histoire et des enseignements révolutionnaires de la Commune.

Marx, dans « la Guerre civile en France – 1872 », Engels et Lénine les ont analysés. Ils ont, de façon centrale, à la lumière des Communards, pousser leur analyse de l’Etat. (Nous en rappelons quelques phrases pour inviter à l’étude de ces textes fondamentaux.)

Lénine synthétise dans « l’Etat et la révolution – 1917 ». Il cite la nouvelle préface de Marx et Engels au Manifeste de 1848 : « La Commune, notamment, a démontré que la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre la machine d’Etat, toute prête, de la faire fonctionner pour son propre compte ». Il précise : « L’idée de Marx est que la classe ouvrière doit briser, démolir « la machine de l’Etat toute prête », et ne pas se borner à en prendre possession ».

Marx, Engels puis Lénine montrent la portée révolutionnaire, novatrice des décisions de la Commune dans ce sens comme « la suppression de l’armée permanente et son remplacement par le peuple en armes », la suppression du parlementarisme : « au lieu de décider tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante « représentera » et foulera aux pieds le peuple au Parlement, le suffrage universel devait servir au peuple constitué en communes à recruter des ouvriers, des surveillants, des comptables pour ces entreprises ».

A la fin de l’introduction par Engels de l’édition de 1891 de la « Guerre civile en France », largement citée par Lénine, on lit : « en réalité, l’Etat n’est rien d’autre qu’une machine pour l’oppression d’une classe par une autre, et cela, tout autant dans la république démocratique que dans la monarchie ; le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est un mal dont hérite le prolétariat vainqueur dans la lutte pour la domination de classe et dont, tout comme la Commune, il ne pourra s’empêcher de rogner aussitôt au maximum les côtés les plus nuisibles, jusqu’à ce qu’une génération grandie dans des conditions sociales nouvelles et libres soit en état de se défaire de tout ce bric-à-brac de l’Etat ».

Deux lignes plus loin, à ceux qui l’ont en « terreur », « philistins » d’hier et socio-démocrates d’aujourd’hui, Engels adresse en conclusion : « Eh bien, Messieurs, vous voulez savoir de quoi cette dictature a l’air ? Regardez la Commune de Paris. C’était la dictature du prolétariat ».

Déjà en 1891, l’étude de la Commune de Paris était objet de lutte idéologique.index dans Faire Vivre et Renforcer le PCF

En 2012, un appel émanant de plusieurs organisations de gauche réclame la « réhabilitation des Communards » par l’Etat. Nous ne pouvons pas partager cet objectif.

L’Etat d’aujourd’hui, sa tutelle l’UE sont autant au service de la bourgeoisie et du capital qu’hier. Que l’Etat ait dû concéder des acquis aux travailleurs au cours de l’histoire de la lutte des classes, comme après la Commune de 1871 la forme républicaine plutôt que la forme monarchique, n’y change rien.

L’appel des associations de 2012 rappelle à juste titre que la Commune est « la première et seule fois où dans notre pays le pouvoir fut exercé par le peuple et pour le peuple. » Pourquoi aider l’Etat d’aujourd’hui à récupérer son antithèse d’hier ?

On lit dans le texte de ces organisations : « rétablir dans leurs droits les communards, c’est donner un sens à leur combat pour une société plus juste ». Leur combat n’a pas besoin pour avoir du sens d’une validation officielle de François Hollande ou d’une stèle gravée du nom de Tibéri ou Delanoë ! Au contraire !

Dépourvu largement de la théorie du socialisme scientifique, d’un parti communiste – c’était leurs faiblesses - les Communards ont donné au monde un exemple éclatant de prise du pouvoir populaire contre les possédants et leur Etat. Cette perspective révolutionnaire est plus que jamais un phare, un point d’appui dans les luttes de tous les jours.

Communistes, ne laissons pas, pas plus aujourd’hui qu’hier, le souvenir de la Commune de Paris au réformisme, même bien intentionné !

« Tant qu’un homme pourra mourir de faim à la porte d’un palais où tout regorge, il n’y aura rien de stable dans les institutions humaines » (Eugène VARLIN – 1839 – 1871)

 

Du nouveau pape, nous n’avons rien de mieux à attendre que de ses prédécesseurs.

EDT pour Vivelepcf, 15 mars 2013

Nous sommes militants politiques communistes. L’organisation de l’église catholique et l’adaptation de son application des dogmes religieux ne nous concernent pas. Sur ces plans, la désignation de Monsieur Bergoglio au trône du Vatican n’appelle pas de commentaire de notre part.

Cependant, la propension à intervenir de la papauté et des hauts clergés nationaux dans les affaires du monde et les débats du « siècle », est une réalité incontestable. Elle l’a toujours été, ou presque, depuis deux millénaires. Elle l’a été particulièrement sous les deux derniers papes, Jean-Paul II et Benoît XVI.

L’anticommunisme, notamment en Europe de l’est,  a été au cœur de la croisade mondiale du pontificat du premier. Son adjoint puis successeur s’est appliqué ensuite à honorer, entre autres, la sombre mémoire de Pie XII, pape durant le fascisme.

L’un et l’autre ont assumé les positions « morales » les plus réactionnaires, notamment sur la place de la femme dans la société. L’un et l’autre se sont appliqués à développer dans ce domaine des communautés de vue et d’action avec les dirigeants des autres religions.

Sous le couvert et les contradictions de la « charité chrétienne », d’un discours de « paix », ils ont cautionné les systèmes politiques les plus inégalitaires et les pires logiques de domination. Ils ont réprimé constamment les mouvements émancipateurs de leurs coreligionnaires catholiques.

Autant dire que Jorge Bergoglio ne saurait bénéficier d’une présomption de progressisme. Il a été choisi par un aéropage de 115 cardinaux tous nommés par Jean-Paul II ou Benoît XVI.Du nouveau pape, nous n’avons rien de mieux à attendre que de ses prédécesseurs. dans BREVES 130315_pape_videla-300x115

Il professe les mêmes visions rétrogrades qu’eux sur les questions de société.

Il a manifesté avec constance la même hostilité aux mouvements émancipateurs, notamment à la Théologie de la libération en Amérique latine, que Jean-Paul II et Benoît XVI aux expériences socialistes du XXème siècle.

Concernant sa relation, en tant que dignitaire religieux, avec la sinistre dictature militaire dans son pays, l’Argentine, entre 1976 et 1983, la controverse porte sur une seule question : a-t-il collaboré directement ou simplement fermé les yeux ?

Rappeler ces faits est nécessaire. François 1er, puisque c’est le nom qu’il s’est choisi, sera amené à jouer un rôle idéologique important dans la lutte des classes mondiale. Il devra tenir compte des rapports de forces, y compris de ceux qui traverseront la communauté catholique.

Les communistes français comptent parmi leurs compagnons de lutte dans le monde du travail, parmi eux-mêmes, des catholiques. Nous pouvons tous partager le même état d’esprit.

La lutte des classes du côté des travailleurs pour libérer les peuples du capitalisme nous anime également, que l’on croit en un dieu ou non. Ni une « charité », ni un « humanisme » ne sauraient se substituer à notre combat.

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