Communisme-Histoire- Théorie, Divers, Faire Vivre et Renforcer le PCF, Solidarité internationale

« Contre les politiques libérales de l’Union Européenne, la lutte du KKE et du peuple grec » -Interview exclusive d’Aleka Papariga, secrétaire-générale du Parti Communiste de Grèce (KKE)

par Francesco MaringioTraduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net

Nous traduisons ici l’interview réalisé par nos camarades de l’Ernesto – revue marxiste italienne et courant défendant l’idée de la reconstruction du Parti communiste italien au sein du Parti la Refondation Communiste – de la secrétaire-générale du Parti Communiste Grec (KKE), Aleka Papariga.

Francesco Maringio: La Grèce est au centre de l’attention de tous les autres pays européens à cause de la crise qu’elle traverse. Le gouvernement Papandreou a promis de sortir le pays de la crise et, à cette fin, a lancé un plan économique très dur. Comment le juges-tu? Et quel est l’objectif de la lutte?

Aleka Papariga: Ces orientations mises en place par le gouvernement mettent véritablement en danger la vie de notre peuple, donc l’objectif est de gagner du temps, pour pouvoir bloquer la mise en œuvre de ces mesures et, surtout, créer les conditions pour que nous puissions mettre en échec définitivement ces politiques. Nous luttons pour changer le rapport de force et faire en sorte que les conditions soient remplies pour ouvrir la voie à un modèle de développement différent.

Crois-tu que le peuple grec est prêt à faire sien cet objectif?

Les mesures qui sont prises sont absolument injustes pour les travailleurs. Il n’y a pas d’autre voie: le peuple doit réussir à imposer un modèle de développement différent, alternatif à celui en place, pour changer complètement de cap, avec un projet dans lequel ce sont les intérêts du peuple et non ceux de la bourgeoisie qui prévaudraient. Si cela ne devait pas se passer comme cela, alors on aura une situation où la sortie de crise – qui ne sera bien sûr pas durable – pour la Grèce, se fera au détriment des intérêts populaires, qui seront par conséquent affectés et remis en cause, pour une longue période. A ce moment-là, il sera difficile de trouver une solution à cette situation.

Et que devrait faire le mouvement de lutte en Grèce, quel est le rôle des communistes en son sein?

Il ne peut y avoir aucune convergence d’intérêts entre capital et travail. Il est maintenant temps que tout le monde prenne ses responsabilités. De notre côté, nous croyons que ce qui a commencé le 17 décembre dernier, avec les grèves et les mobilisations, doit s’intensifier et s’étendre. Qu’est-ce qu’ils croyaient, que le peuple allait accepter cette attaque contre leurs droits sans opposer de résistance? Nous ne les laisserons pas faire. Plus le mouvement populaire et ouvrier sera en mesure d’acquérir la conscience du fait que la propagande sur les sacrifices pour éviter la banqueroute est erronée et instrumentale dans la politique de suppression des droits, plus il sera fort, et meilleur ce sera pour tout le monde. Si une partie des citoyens, il y a quelques temps, avait prêté plus attention aux critiques faites par le KKE à la nature du Traité de Maastricht et à l’entrée de la Grèce dans l’Union européenne, présentée comme une nécessité, alors nous serions aujourd’hui dans une bien meilleure situation. Si on avait tenu compte des analyses que nous avions rendu avant les élections, quand nous disions qu’il y aurait une dure offensive contre les conditions de vie et de travail de la population et affirmions que ces mesures seraient prises indistinctement par le PASOK ou par la Nouvelle Démocratie, comme cela s’est passé par la suite, aujourd’hui tous les travailleurs seraient assurément dans une position de force pour pouvoir faire face à la situation.

Quelle est la réponse à l’appel à la lutte et à la mobilisation que le KKE et le PAME ont lancé aux travailleurs grecs? Vos propositions rencontrent-elles un écho?

Les luttes animées par le PAME, qui a joué un rôle important d’avant-garde, tout comme les manifestations de masse qui se sont déroulées dans tout le pays, ont démontré que le peuple est prêt pour la lutte. On a raconté, par les moyens d’une propagande arrogante, que le peuple était d’accord avec les mesures voulues par le gouvernement. En agissant ainsi, ils ne font rien d’autre qu’alimenter la lutte et aboutir à son intensification. Au jour d’aujourd’hui, on enregistre un certain aiguisement de la conscience de classe du peuple. Ce sont des signes qui nous renseignent sur l’existence d’une grande indignation et d’une certaine désorientation, mais les gens du peuple sont de plus en plus prêts à prendre part aux luttes. Il reste à voir si cette évolution emmènera à une radicalisation de la conscience politique et poussera une part encore plus importante des couches populaires à converger sur les propositions d’alternative avancées par le KKE sur des questions telles que les alliances et la prise du pouvoir, ou alors si le système réussira à les maintenir sous son contrôle, empêchant l’ouverture d’une alternative politique.

Et tu penses que tout cela est possible?

Assurément. Tant le passé que le présent nous enseignent que le capitalisme, dans sa phase monopoliste, devient de plus en plus réactionnaire et parasitaire. Pendant une phase de crise, évidemment, le capital est beaucoup plus agressif, mais aussi dans la phase de développement, il continue à s’attaquer violemment aux intérêts populaires. Et généralement, nous constatons que tous les reculs en termes de droits et de libertés des travailleurs ne sont jamais partis d’en bas, en prenant en compte les revendications que portent la colère populaire. Elles sont toujours parties d’en haut, en utilisant comme instrument répressif les campagnes classiques basées sur l’anti-communisme. Et tout cela avec la complaisance et la tolérance des partis qui représentent les intérêts de la bourgeoisie.

Quelle genre de politiques ces partis mettent-ils en œuvre?

Les mesures anti-sociales mises en œuvre en ce moment sont littéralement barbares. Elles poussent les familles des travailleurs dans le désespoir. Le capitalisme vise à faire payer la crise aux travailleurs et à consolider de cette manière leurs profits. Cela, nous le voyons bien chez nous, où le capital grec cherche à conserver une forte présence dans la région. Le capitalisme aujourd’hui a besoin de prendre ces mesures. Les politiques des libéraux et des sociaux-démocrates, comme toutes les recettes qui ont été appliquées jusqu’ici, ont comme véritable objectif la satisfaction des besoins du capital. Du reste, les mesures imposées au peuple grec sont les mêmes qui sont adoptées dans tous les pays de l’Union européenne, sous différents prétextes. Ces mesures ont été décidées depuis longtemps et mettent en évidence l’impasse du développement capitaliste.

Mais d’où vient ce « trou » dans les budgets de l’État?

Le déficit public et les dettes ont été créés par le fait que l’argent public est allé directement dans les caisses des monopoles: de l’argent comme s’il en pleuvait pour les capitalistes, une véritable provocation. Voilà la raison pour laquelle aujourd’hui on déclenche une attaque sans précédents contre les droits des travailleurs et que l’on emprunte de l’argent, pour que l’on puisse continuer à soutenir les profits des mêmes avec l’argent de l’État. La véritable question à l’ordre du jour devient donc: cela devrait être la crise de qui, de la volonté populaire ou du système ploutocratique?

Donc, c’est la faute du système capitaliste?

Le capitalisme est un système injuste parce que, d’un côté, il accumule une pauvreté croissante et la misère et, de l’autre, des richesses fabuleuses. C’est un système qui génère le parasitisme et la corruption, et débouche toujours sur la crise. Pour cette raison, nous avons besoin de changements radicaux. Le capitalisme n’a jamais été une voie à sens unique, une étape obligatoire de l’histoire. Mais pour changer de cap, il faut un fort mouvement populaire, avec une orientation clairement de classe et une identité politique claire, qui se batte contre les monopoles et les campagnes anti-communistes: seul un mouvement aussi radical est en mesure de garantir des progrès pour la population.

Et de quoi a-t-on besoin, comme alternative?

On a besoin aujourd’hui d’une société socialiste, et elle représente la seule possibilité pour le peuple afin qu’il puisse jouir des fruits de son travail et afin que les acquis modernes de la science et de la culture soient utilisés dans les intérêts de tous et non en vue du profit. Et tout cela rend nécessaire, naturellement, la construction d’une société socialiste. Nous avons besoin de prendre « des leçons de dess(e)in », pour pouvoir ainsi tirer les traits de cette nouvelle société

A la télévision italienne, on a longtemps parlé des actions violentes qui ont eu lieu pendant les manifestations. Le KKE et le PAME condamnent-ils ces actions? Qui en sont les responsables? Et quelles sont vos propositions de lutte et de mobilisation?

Nous proposons continuellement des mobilisations, mais si les gens ne sont pas convaincus, les luttes ne peuvent avoir lieu. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un mouvement organisé, doté d’un projet, avec un fort sens de la responsabilité, qui ne se fasse pas embarquer dans des manifestations improvisées et des protestations stériles. Aujourd’hui le KKE constitue, de ce point de vue, une garantie pour le développement d’un mouvement mature, dont l’existence nous est nécessaire et que nous défendons.

Donc, vous prenez vos distances avec les actes de guerrilla urbaine qui ont mis à feu et à sang Athènes?

Bien sûr. Le KKE condamne fermement la mort tragique de trois personnes durant l’assaut contre la banque. Le gouvernement n’a toutefois pas le droit d’utiliser ces morts pour tenter de bloquer la résistance populaire et donner cours à une offensive anti-populaire qui, pour le moment, se reflète dans les mesures proposées contre le système de sécurité sociale, mais qui est vouée à émerger de nouveau tous les trois, six ou neuf mois. Et ce selon la volonté de la troïka (les principaux partis grecs), celle du gouvernement et de l’Union européenne.

Mais qui va tirer profit de ces échauffourées?

Sur la base de preuves et de faits concrets, nous avons souvent dénoncé le déploiement d’une véritable stratégie de la tension et de la provocation. Comme cela a été démontré, le LAOS, le parti nationaliste, ne s’est pas limité, son président en tête, à utiliser a posteriorila nouvelle des incidents mais, d’une certaine façon, il a attendu que cela se déroule pour pouvoir en attribuer la responsabilité au KKE. C’est une stratégie clairement destinée à impliquer le KKE et le PAME dans une provocation ad hoc.

Et pourquoi tout cela, selon toi?

Parce qu’ils sont préoccupés par l’activité déployée par le parti et par le mouvement de classe. Et puis ils savent tous que, au-delà des membres, amis et sympathisants du parti, participent à la lutte également des travailleurs qui ont une orientation politique différente.

Et comment faites-vous pour repousser les tentatives des agents provocateurs?

Je voudrais vous dire ce que nous avons fait et qui nous a permis de les maintenir à distance. Ce n’est pas une coïncidence. Nous nourrissons de forts soupçons à leur égard et donc nous essayons de les repousser. En effet, pendant le défilé, nous avons constitué un puissant service d’ordre, avec tous les camarades qui marchaient bras dessus bras dessous et nous avons réussi à former un cortège du PAME sans précédent et à éloigner la poignée de provocateurs qui continuaient à crier leurs slogans et cherchaient à atteindre leur objectif.

Que peut-tu me dire du gouvernement Papandreou? Vous êtes les seuls à la critiquer?

Syriza reproche au PASOK et au premier ministre de ne pas respecter le programme électoral. Nous ne ferons jamais ce genre de critiques parce qu’en réalité, ce que fait Papandreou, c’est justement de mettre en pratique son programme politique. A la différence de Syriza, qui pense qu’il existe des différences entre le PASOK et la ND, nous pensons au contraire que les politiques de fond de ces partis ne sont pas différentes, comme cela se voit sur leurs propositions pour la crise, et cela parce que les deux partis sont l’expression des intérêts du grand capital et ne peuvent mettre en œuvre des politiques différentes.

Et puis, nous n’accusons pas le premier ministre de prêter le flanc « aux pressions qui viennent du marché ». Au contraire, nous affirmons que le problème de Papandreou, exactement comme celui de son prédécesseur, n’est pas celui de prêter trop d’attention à leurs intérêts, mais celui d’œuvrer consciemment en leur faveur. Pour ces raisons, nous estimons que cette politique est dangereuse. Du reste, les mensonges du gouvernement et ceux des campagnes anti-communistes sont liés au fait que nous avons toujours souligné que de telles mesures auraient été prises dans tous les cas de figure, indépendamment du parti qui serait au pouvoir. La position et l’action du KKE les contraignent à ne pas pouvoir mener à bout leurs plans

Qu’attendez-vous?

Nous savons que le système cherchera à déclencher toutes ses forces contre le KKE. Mais nous n’avons pas peur. Le peuple grec doit se tenir à distance des appels de propagande sur la dette et le déficit, et penser que la vraie dette que les gouvernements du PASOK et la ND ont envers le peuple grec. Ceux-ci ont littéralement pillé les citoyens à travers les cadeaux faits aux capitalistes. En tout cas, le peuple doit demander le bilan de tout cela, il ne doit pas baisser la tête et travailler durement pour qu’on lui restitue tout l’argent qu’on lui a volé, l’argent qui est le fruit de leur dur travail.

Le système regarde avec attention la croissance du mouvement en Grèce et commence effectivement à avoir peur. Selon nous, la résistance du peuple grec contre les mesures du gouvernement est directement liée à l’engagement et au rôle joué dans le mouvement par le KKE. Grâce l’action, l’impact mais aussi l’acceptation de nombre de positions du KKE de la part d’une large frange du peuple grec – ce qui n’implique pas une adhésion totale à tous les points du programme politique du KKE – les dirigeants collaborateurs des syndicats GSEE et ADEDY ont également été contraints à mobiliser pour la grève.

Quel rôle a joué et continuer de jouer le KKE dans cette phase de lutte en Grèce?

Si le KKE avait eu une attitude différente, semblable à celle des autres partis et si une telle attitude s’était reflétée sur les organisations de masse, selon vous cette riposte populaire et cette résistance aurait-elle été la même? Pour ma part, je vous dis que les mesures seraient passées sans aucune réaction.

Le KKE a apporté une contribution décisive à l’organisation de la résistance et de la lutte populaire. Mais nous mesurons l’efficacité de notre lutte d’une manière différente que les autres, nous nous concentrons pas seulement sur les résultats qui sortent des urnes. Naturellement, par cela nous ne voulons pas dire que les élections ne nous intéressent pas. Mais il faut bien garder en tête qu’en Grèce la conscience du mouvement populaire est bien plus avancée que dans la plupart des pays européens et, bien que cela ne se répercute pas encore complètement dans l’action, cela sera le cas à l’avenir. Cela dépend dans une grande mesure de l’apport décisif, si ce n’est déterminant, de notre parti.

De quoi avons-nous besoin, aujourd’hui, en Europe?

Nous croyons que cet élément est un patrimoine important pour tous. Aujourd’hui, le mouvement communiste international doit affiner une stratégie commune contre l’impérialisme, mais doit dans le même temps avoir la force de lancer un autre modèle de développement et poser ainsi l’actualité et la place centrale du socialisme.

Le mouvement communiste doit se renforcer dans toute l’Europe. Dans certains pays, il y aura un torrent, dans d’autres un ruisseau. Le mouvement, évidemment, se développe surtout à l’échelle nationale mais, dans le même temps, il doit se renforcer à l’échelle internationale. Mais si il se consolide dans un pays faible, il peut avoir une force d’influence plus large et se renforcer dans toute l’Europe.

Toute cette radicalisation des peuples doit s’intensifier et évoluer vers un choix politique conscient capable d’indiquer une voie alternative au capitalisme, un autre cap et un autre modèle de développement, et donc en définitive un autre système politique. Dans le cas contraire, la rage et l’indignation populaire risquent d’être absorbés par le système et devenir compatibles avec lui.

A propos de Parti Communiste Français-St-Quentin 02

" Face au capital, aujourd'hui, plus que jamais, le peuple a besoin du PCF"

Les commentaires sont fermés.

LIVRY SUR SEINE |
Le blog des idées non-reçue... |
Parcours d'une jeune consei... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | MoDem de l'Ariège
| Bernard Ramond - Pour que v...
| la republique c'est l'arrac...