Divers, ELECTIONS: Un moyen pas un objectif

Congrès de Die Linke avant les élections législatives : social-démocrate jusqu’au bout

La gauche du parti sur la défensive, les éléments anticapitalistes ouvertement étouffés. Tout est en ordre et l’imagination surtout pas au pouvoir.

Le congrès du parti à Berlin a, comme prévu, validé pour l’essentiel le programme présenté par la direction pour les élections législatives du 27 septembre 2009, accentuant même sur certains points son orientation droitière. Les amendements anticapitalistes ou des propositions favorables aux intérêts des salariés ou des chômeurs, ont été repoussés, à de rares exceptions près, par la majorité des délégués. Le congrès s’est plié à la mise en scène de la direction visant à donner aux médias l’image d’un parti harmonieux et discipliné. Le dynamisme et l’ouverture des congrès de 2005 et de 2007 appartient au passé.

 Aucune conception nouvelle du social

En 2005 le « Linkspartei PDS » s’était présenté aux élections avec le slogan : « pour une nouvelle conception du social ». Quatre ans plus tard, la revendication de 2005 a été abandonnée. Le programme électoral s’intitule « Fermement social. Pour la démocratie et la paix » et n’inclut aucune conception nouvelle du social, car il se situe complètement dans le cadre de l’ordre social et politique tel qu’il a été pensé et mis en œuvre essentiellement par la social-démocratie au cours du 20e siècle.

C’est Oskar Lafontaine qui a présenté aux délégués le programme électoral. Partant du mot d’ordre « Oser plus de démocratie et de liberté » et des contraintes de la crise économique mondiale, il a esquissé un programme qui vise un réaménagement et une réorganisation de l’économie de marché. A aucun moment, la logique du profit et de la concurrence n’a été remise en question. Il faut produire comme avant, toutefois Die Linke envisage de faire des salariés, dans cette société capitaliste, des actionnaires de leur entreprise. De plus, la cogestion devra être étendue. Ceci est justifié par le fait que la coresponsabilité des salariés évite « les erreurs du système et met les intérêts sociaux des salariés au centre » comme c’est dit dans le chapitre 2 du programme électoral. Une position déjà inacceptable sur le plan théorique, car l’idée qu’une participation des salariés puisse abolir les lois du marché est insoutenable. Peu importe qui possède une entreprise dans l’économie de marché mondialisée, ce sont les lois du marché qui décident. La participation des salariés et un élargissement de la cogestion ne constituent qu’une nouvelle forme de collaboration de classes. Mais dans la pratique aussi, de telles tentatives ont déjà été faites par le mouvement ouvrier et ont toujours échoué comme on pouvait s’y attendre. Die Linke passe ces expériences sous silence. Toute tentative de rénover et d’élargir les compromis entre les classes du siècle dernier auxquels le capital a renoncé, est par ailleurs impossible, car les conditions économiques, qui prévalent depuis 1990, n ‘incitent en aucune manière le capital à rechercher un nouveau compromis.

Partant du fait que ce n’est pas le capitalisme qui a échoué mais uniquement le capitalisme financier et que le compromis de classe passé est actualisable, Die Linke propose des réformes pour contrôler les marchés et humaniser les règles néolibérales du marché. Aucune des revendications n’est élaborée en partant exclusivement de la nécessité de satisfaire les besoins des catégories de personnes qui sont censées en profiter. Les revendications se limitent à chaque fois à ce que la direction du parti considère comme réaliste, possible en vue d’une coalition, même si de ce fait, ces revendications deviennent insuffisantes. Il manque la volonté politique de défendre sans réserves les intérêts des salariés.

De la même façon que dans le domaine de la démocratie économique, die Linke veut remettre au goût du jour les idées de la social-démocratie des années vingt du vingtième siècle, elle se rapproche de celle des années soixante-dix en ce qui concerne la démocratisation de la société. Même si le refus des restrictions des libertés publiques et l’exigence de transparence et de davantage de démocratie directe sont évidemment partagées par les autres forces de gauche, il faut insister sur le fait qu’une société dans laquelle la démocratie s’arrête devant les portes des entreprises et des administrations ne sera jamais ni démocratique, ni libre et que la cogestion exercée par des représentants non contrôlés, que Die Linke veut étendre, ne correspond pas à ce qu’on peut attendre d’une véritable démocratie sociale.

Le programme est défensif, non pas seulement dans ses grandes lignes, mais aussi en ce qui concerne de nombreuses revendications isolées. Il y a des progrès par rapport au programme de 2005 pour ce qui est du montant du salaire minimum et de l’augmentation du revenu minimum d’existence à 500€. Ces positions ont pu être conservées comme objectifs à moyen terme grâce à la pression sur la direction exercée de l’intérieur et de l’extérieur du parti au printemps 2009 et en dépit des interventions pressantes des politiciens « réalistes » de l’Est du pays. En revanche il ne fut pas possible de faire accepter une revendication suffisante pour la réduction du temps de travail. Même un amendement modéré pour que le parti exige que la semaine de 35 heures soit le minimum légal a été repoussé au nom de l’impossibilité de trouver un allié pour défendre ensemble cette revendication au Parlement. Par ailleurs, en demandant seulement que l’on revienne sur la retraite à 67 ans, Die Linke a opéré un recul par rapport à 2005, où le parti exigeait encore la retraite à 60 ans. On voit ici comment après une lourde défaite, il adapte ses revendications aux nouvelles conditions dictées par la classe dominante.

 Adepte de la « Realpolitik » et répressif

La ligne défensive de la direction renforce au sein du parti l’aile droite des « réalistes » de l’Est. Cela s’est vu au congrès, où la direction n’était pas seule à défendre l’idée qu’il faudrait à l’avenir participer au gouvernement dans les cinq Länder de l’Est et même y avoir des présidents de Länder. Sans être aucunement troublés par le fait que la crise économique et le la limitation sévère des déficits budgétaires inscrite dans la Constitution ne permettra pas aux gouvernements des régions de faire autre chose que de terribles coupes sombres dans les programmes sociaux, la clique des responsables de l’Est au complet aspire à gouverner avec le SPD dès que possible et où c’est possible. Parallèlement les présidents de Land et les têtes de liste à l’Est annonçaient qu’en cas de participation gouvernementale, ils sont prêts à rester très en deça du programme. C’est le SPD et non pas Die Linke qui bloque la constitution de gouvernements « rouge-rouge » assure Oskar Lafontaine. Au vu de ces perspectives pour les Länder, on peut à peine se consoler en pensant qu’aujourd’hui encore l’entrée du parti die Linke au gouvernement fédéral est impossible en raison de ses positions en politique étrangère.

A mesure que l’aile droite profite de la ligne de la direction du parti, l’aile gauche se retrouve toujours plus sur la défensive. A la différence du congrès de préparation des élections européennes de la fin février où il y avait une courte majorité pour des amendements de gauche, la gauche du parti a perdu des positions à Berlin. Le présidium et la direction du congrès s’accordaient manifestement pour trouver que les initiatives de la gauche dérangeaient l’organisation qu’ils avaient prévue. Non seulement des membres de la direction du congrès se sont permis de reprendre des orateurs de gauche et de polémiquer avec eux, mais la liste des orateurs établie par le sommet ne laissait que très peu de place à la gauche, et des contributions provenant d’anticapitalistes furent même étouffées. Certains amendements n’ont délibérément pas été soumis à la discussion ni au vote. Des centaines de marque-pages promotionnels du journal en ligne indépendant « scharf–links » furent retirées de la circulation par des membres du service d’ordre ainsi qu’un tract du réseau de la gauche socialiste « Marx 21 ». Le SDS et le courant droitier « Forum du socialisme démocratique » purent en revanche déposer sans difficulté des tracts sur chaque siège. Die Linke démontre ainsi que la seule liberté d’opinion qui lui importe est celle qui permet aux opinions qui conviennent à la direction de s’exprimer.

Certains membres de la direction du parti et de l’appareil se montrèrent répressifs et même méprisants à l’égard de militants de leur propre parti alors que ceux-ci venaient au congrès comme spectateurs. Tout d’abord ils furent empêchés d’entrer par les membres du service d’ordre. Finalement le congrès accepta la proposition d’une jeune déléguée de mettre fin à cette pratique. Cependant d’autres membres du parti se virent quand même interdire l’accès. Lorsque je demandai à un membre du service d’ordre pourquoi la décision du congrès n’était pas respectée il me fut répondu : « Vous devriez être contente, vous pouvez quand même travailler plus tranquillement lorsqu’il n’y a pas trop de contestataires dans la salle. »

BARTELMUS-SCHOLICH Edith

* Edith Bartelmus-Scholich est éditrice du journal en ligne « scharf-links » consulté chaque jour par des milliers de militant-e-s de la gauche allemande qui y trouvent une information critique de qualité en particulier sur ce qui se passe dans Die Linke.

A propos de Parti Communiste Français-St-Quentin 02

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