Archive | septembre 2009

Lénine et l’économie marxiste, de Prabhat Patnaik (PC d’Inde-M) – Cette crise n’est pas une crise financière mais une crise du capitalisme, de Domenico Moro

 

 Lénine et l’économie marxiste 

Prabhat Patnaik, économiste indien

Article paru dans People’s Democracy, hebdomadaire du PC d’Inde (Marxiste) -Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Toutes les contributions théoriques de Lénine à l’économie marxiste étaient conçues comme des interventions dans la lutte pour une pratique révolutionnaire correcte; ce n’étaient pas des traités d’économie marxiste. Ses contributions couvrent de nombreux domaines d’analyse, mais sont toutes comprises dans une même perspective qui était celle de Lénine, précisément sa vision de la révolution comme un projet concret. Cela nécessitait de dessiner une feuille de route entre « le ici et maintenant » et la révolution; une analyse des rapports sociaux entre le prolétariat et les autres classes; et aussi la perception de la révolution comme un processus qui se déroule en plusieurs étapes. La vision de la révolution comme un projet concret est à la base de la théorisation par Lénine de la révolution dans une société « arriérée » comme la Russie. Plus tard, cela lui a aussi permis, sur la base de son analyse de l’impérialisme, de théoriser un processus révolutionnaire mondial (qui disait-il, pendant la Première Guerre Mondiale, est désormais à l’ordre du jour de l’histoire), en unifiant les deux grands courants révolutionnaires du XXème siècle: le courant de la révolution prolétarienne dans les pays avancés, et le courant de la libération nationale (ou de la révolution démocratique) dans les pays opprimés et « arriérés ».

L’œuvre théorique de Marx, en affirmant que le développement du capitalisme a créé les conditions pour son propre dépassement révolutionnaire par le socialisme, avait clairement envisagé que cette révolution se déroulerait dans le monde capitaliste avancé. Dans leurs écrits sur le colonialisme, Marx et Engels avaient anticipé la possibilité d’une révolution anti-coloniale dans des pays comme l’Inde, mais n’avaient pas étudié le rapport entre ces révolutions à la périphérie et la révolution socialiste. A la fin de sa vie, Marx a commencé à s’intéresser à la Russie, et il est tombé d’accord avec Vera Zasulich qu’une transition directe était possible du système de la communauté villageoise Russe (mir) au socialisme, mais seulement si le socialisme triomphait en Europe pour faciliter ce processus.


Lénine, tout en insistant également sur la centralité de la révolution socialiste Européenne, a envisagé un processus révolutionnaire mondial interdépendant où même les pays les moins développés pourraient progresser par étapes successives vers le socialisme, aidés par la révolution socialiste Européenne, peu importe où la révolution aurait lieu en premier (la « chaîne » par laquelle l’impérialisme capitaliste a attaché le monde, disait-il, pourrait se briser en « son maillon faible »). La nature de classe exacte, les étapes et les objectifs de la révolution dans chaque pays, et la manière dont on pourrait progresser sur cette voie, doivent être élaborés, même dans les pays économiquement sous-développés.

Pour la Russie, Lénine croyait que les communes villageoises s’étaient désintégrées, ouvrant la voie au développement du capitalisme, de sorte que la prévision de Zasulich, d’une transition directe du mir au socialisme avait perdu de sa pertinence. Le développement du capitalisme était fulgurant en Russie, ce qui a fait émerger la classe ouvrière en tant que principale force révolutionnaire. La bourgeoisie russe, étant arrivé tard sur le devant de la scène, et menacée par la classe ouvrière, était incapable de réaliser la révolution démocratique, en particulier le renversement du Tsarisme et la soumission des États féodaux, comme la bourgeoisie l’a fait en France par exemple pendant la Révolution Française. Ainsi, la classe ouvrière avait à faire le travail de la bourgeoisie, mener la révolution démocratique, et progresser vers le socialisme, en ralliant à soi, à chaque étape, des couches importantes de la paysannerie (la composition des alliés paysans changeant d’une étape à l’autre).


Les écrits d’avant-guerre

La plupart des écrits économiques de Lénine, dans la période d’avant-guerre, visaient à étayer cette intuition. Depuis que les économistes Narodnik avaient argumenté que l’étroitesse du marché domestique en Russie, due à la pauvreté de son peuple, rendait le développement capitaliste impossible dans ce pays, Lénine, prenant comme acquis que le capitalisme se développait en Russie, à tel point que le mir avait été effectivement détruit, s’est engagé dans un débat théorique avec eux dans lequel il a utilisé les schémas de reproduction élargie de Marx.

Lénine a mis en avant trois thèses élémentaires:

  • Premièrement, le marché était simplement l’excroissance du processus de division du travail dans l’économie. Quand nous passons d’une situation dans laquelle le ménage du paysan est engagé aussi dans une production de type artisanale, à une autre situation dans laquelle les paysans se spécialisent dans l’agriculture et un groupe séparé de producteurs se charge de la production artisanale, nous avons ipso facto l’émergence d’un marché

  • Deuxièmement, il peut y avoir des déséquilibres dans la production entre ses différentes branches, certaines produisant plus que la demande, d’autres moins que la demande, mais de tels déséquilibres, donnant à lieu des crises, sont un élément inhérent au capitalisme. Le système avance par crises plutôt qu’il est mis devant l’impossibilité de se développer à cause d’elles

  • Troisièmement, le déséquilibre entre production et consommation est la marque du capitalisme, qui maintient les travailleurs à des niveaux de vie catastrophiques. Utiliser cela pour avancer que le système ne peut pas se développer est infondé, car le but de la production en système capitaliste n’est pas de satisfaire les consommateurs. En fait, le secteur 1, produisant des moyens de production de différentes sortes, peut et va croître indépendamment du secteur 2, qui produit des moyens de consommation, en satisfaisant sa demande interne en capital qui continue d’augmenter à cause de la hausse de la composition organique du capital.

L’échange de Lénine sur la question du marché a été indubitablement influencé par Tugan Baranovski, qui avait affirmé que le capitalisme était caractérisé par la « production pour la production » et qui croyait dans le Loi de Say; mais penser que Lénine a simplement repris l’argument de Tugan est erroné. Il a lui-même noté que la dynamique du capitalisme qu’il esquissait, en mettant des chiffres sur les schémas de reproduction, ne visait pas à saisir la « réalité »: puisque les économistes Narodnik avaient avancé « l’impossibilité du capitalisme », il suffisait pour lui de montrer que son développement était « possible », ce qu’il a fait (il produisait, en d’autres termes, un « contre-exemple » aux Narodniks). On en déduit que la critique ultérieure de Oskar Lange, que l’ensemble du débat Marxiste sur la question du marché au début du siècle était biaisée par le fait qu’il ne faisait que mettre des nombres sur des schémas de reproduction, sans postuler un comportement d’investissement plausible, et donc que cela ne prouvait rien, ne s’applique pas en fait à Lénine qui était seulement intéressé par la réfutation de l’argument Narodnik sur l’impossibilité du capitalisme. Il y est arrivé, et dans son analyse il a aussi prêté attention, comme Tugan-Baranovski, au fait que le capitalisme pouvait croître en trouvant des marchés pour lui-même à travers une augmentation dans la composition organique du capital (afin que le secteur 1 puisse produire largement pour lui-même) même si la masse salariale, et donc le secteur 2 stagnait. (Kalecki a plus tard avancé l’idée que l’État pouvait jouer le même rôle que l’augmentation dans le rapport C/V en fournissant un marché au secteur 1).


Le fait que le capitalisme se soit développé en Russie malgré le fait que les Narodniks aient insisté sur son développement impossible a été démontré par Lénine dans son étude classique Le Développement du Capitalisme en Russie. Les conséquences de cela pour la Révolution Russe à venir ont été explicitées dans les Deux Tactiques de la Social-Démocratie dans la Révolution Démocratique, ou il affirmait que « la bourgeoisie est incapable de mener la révolution démocratique jusqu’à son terme, tandis que la paysannerie est capable de le faire » (sous la direction du prolétariat). Ainsi, « le prolétariat doit accomplir la révolution socialiste, se ralliant l’ensemble des couches semi-prolétariennes, afin d’écraser par la force la résistance de la bourgeoisie et de canaliser l’inconstance de la paysannerie et de la petite bourgeoisie. »


La distinction entre les différentes classes paysannes, et le rôle qu’elles jouent dans le processus de transformation paysanne occupait une place centrale dans cette conception. Dans les sociétés qui sont en retard sur le plan du développement capitaliste, la bourgeoisie, bien qu’incapable de briser les états féodaux, comme la réalisation de la révolution démocratique le nécessitait, pouvait passer un pacte avec les seigneurs féodaux de jadis pour développer ce que Lénine appelait un « capitalisme semi-féodal » dont le « capitalisme des junkers » en Allemagne était un exemple; par opposition à un « capitalisme agraire », qui représentait un développement capitaliste reposant sur une base sociale plus large, plus vigoureux, et représentant une forme moins oppressive de développement capitaliste, qui pourrait aboutir sur le démantèlement des états féodaux. L’incapacité de la bourgeoisie à poursuivre la voie du « capitalisme agraire » signifiait que les aspirations démocratiques de la paysannerie pouvaient seulement être satisfaites sous la direction du prolétariat.


Lénine, à ce moment-là, avait défendu la « nationalisation de la terre » comme la suite nécessaire au démantèlement de la propriété féodale, qui libérerait les producteurs du fardeau de la « rente foncière absolue », et donc encouragerait l’accumulation; c’est seulement à l’époque de la Révolution Bolchévique qu’il a changé de position pour défendre l’idée que le démantèlement des états féodaux devait mener à la distribution de la terre aux paysans, quelque chose que les Socialistes-Révolutionnaires de Gauche, héritiers de la tradition Narodnik, demandaient ardemment.

La question des différenciations de classe au sein de la paysannerie, également centrale dans la conception de la révolution en deux temps, a occupé fortement sa pensée, puisque la pertinence de cette conception allait bien au-delà de la Russie, et qu’elle était la base de l’analyse des sociétés « arriérées » par le Komintern. Dans ses thèses préliminaires au Second Congrès du Komintern, Lénine a mis en avant un critère basé sur l’emploi de main d’œuvre pour distinguer entre elles les différentes classes paysannes, ce qui a formé la base de toutes les analyses suivantes sur la question, y compris celle endossée par Mao Zedong.



L’Impérialisme et la guerre


Lénine voyait la première guerre mondiale comme le chant du cygne du capitalisme, qui annonçait que la révolution mondiale était désormais à l’ordre du jour historique. La fameuse remarque de Marx selon laquelle à un certain stade du développement d’un mode de production, les rapports de propriété le caractérisant « entravent » le développement des forces productives, a naturellement soulevé la question: comment savons-nous quand ce stade est atteint? Ou plus généralement, quand pouvons-nous dire d’un mode de production qu’il est obsolète? La tradition « révisionniste » dans la social-démocratie allemande avait affirmé que cette obsolescence se manifesterait par elle-même à travers une tendance à « l’effondrement » du système; et puisque il n’y avait pas de signes d’un tel « effondrement », la classe ouvrière devait se réconcilier avec le fait que le capitalisme allait continuer, qu’elle devrait lutter seulement pour améliorer son sort économique dans le système, et que le Marxisme devait par conséquent être « révisé ». La tradition révolutionnaire en Allemagne incarnée par Rosa Luxembourg leur opposait que le système mènerait inévitablement à « son effondrement »; mais dans ce débat elle acceptait la problématique des révisionnistes selon laquelle la preuve de l’obsolescence du système résidait dans sa tendance à se diriger vers son « effondrement ».

Lénine a rompu avec cette problématique et a vu la guerre comme une incarnation de la nature « moribonde » du capitalisme. Elle a offert aux travailleurs une alternative difficile: soit ils tuaient leurs camarades travailleurs dans les tranchées d’en face, soit ils retournaient leurs fusils contre leurs exploiteurs capitalistes (d’où le slogan Bolchévique « transformer la guerre impérialiste en guerre civile »). Il a mis au point sa théorie de l’impérialisme à la fois pour expliquer l’origine de la guerre et pour déterminer la nature moribonde du capitalisme dont la guerre était une manifestation.


La théorie de l’impérialisme de Lénine est souvent mal comprise. L’erreur d’interprétation la plus commune est celle qui attribue à Lénine une position selon laquelle le capitalisme souffrant d’un problème de « sous-consommation », l’impérialisme serait un moyen de contrer cette tendance. C’est à cause de cette interprétation que plusieurs auteurs ont plus tard affirmé que la politique Keynésienne de l’après-guerre, de stimulation de la demande, avait rendu la théorie Léniniste de l’impérialisme obsolète. Mais Lénine, bien qu’ayant une dette intellectuelle envers Hobson, ne considérait pas l’impérialisme du point de vue de la « sous-consommation » comme ce dernier. En fait, la théorie de Lénine n’était pas du tout une théorie « fonctionnelle » de l’impérialisme, c-a-d que l’impérialisme n’était pas perçu comme un moyen de trouver un antidote à une quelconque tendance inhérente au capitalisme.

Pour Lénine, l’impérialisme c’est le capitalisme monopoliste. Le processus de centralisation du capital mène à l’émergence de monopoles dans les sphères de la production et de la finance, qui se renforcent mutuellement jusqu’au moment où une petite oligarchie financière, à cheval sur les sphères de la finance et de l’industrie, a à sa disposition un « capital financier » immense. Ces oligarchies sont basées dans un cadre national et sont intégrées à leurs États-nations, créant une « union personnelle » entre ceux qui dominent l’industrie, la finance, et l’État dans chacun des pays capitalistes avancés. La concurrence qui a toujours existé entre capitalistes, prend désormais la forme de rivalités pour l’acquisition de « territoires économiques » entre ces puissantes oligarchies financières, chacune soutenue par leur État-nation. L’acquisition de « territoires économiques » n’est pas seulement un moyen de s’assurer matériellement des marchés, des sources de matières premières ou des sphères exclusives pour des investissements financiers; mais surtout un moyen d’exclure potentiellement leurs rivaux de ces territoires. Et quand la recherche de « territoires économiques » emmène la division du monde entier en territoires captifs, seule la re-division reste possible, ce qui peut seulement se dérouler par le déclenchement de guerres. L’ère de l’impérialisme, c’est-à-dire du capitalisme monopoliste, est caractérisée par le déclenchement de guerres.

Le concept de capital financier chez Lénine a été critiqué à de maintes reprises: sur une confusion potentielle entre « stocks » et « flux »; en ce sens qu’il oscille entre la notion d’Hobson de « grande finance » (caractéristique de la Grande-Bretagne où les intérêts financiers et industriels étaient relativement distincts) et la notion d’Hilferding de « capital financier » ou de « capital contrôlé par les banques et employé dans l’industrie » (caractéristique de l’Allemagne où les intérêts industriels et financiers étaient complètement confondus). Ces critiques passent toutefois à côté de l’essentiel de la théorie de Lénine. La distinction entre « stocks » et « flux » a seulement du sens dans une perspective d’analyse du capitalisme comme souffrant d’une « sous-consommation » chronique, quand les exportations du capital – dans le sens d’une exportation de surplus financée par l’extension du crédit – peuvent être un moyen de gonfler la demande agrégée. Pour résumer, les « flux » ont un sens seulement du point de vue de la demande agrégée; les exportations de capital comme le reflet d’un choix d’investissement, sans exportation de plus-value corrélée, n’affectent pas la demande agrégée. Une fois que nous détachons Lénine de l’analyse basée sur la « sous-consommation », la critique selon laquelle il ne distinguait pas les stocks et les flux n’a plus lieu d’être. Dans la même idée, puisque Lénine cherchait à caractériser une phase globale du capitalisme, synthétisant toutes les particularités de chaque pays, son utilisation de concepts vastes et élastiques peut difficilement être critiquable.

Sa théorie, quoiqu’extrêmement simple dans sa conception économique, et presque irréprochable dans son contexte, était suffisamment riche pour saisir l’étendue des rapports de domination que l’impérialisme entraînait. La tentative de se partager un monde déjà partagé a pris des formes complexes (si on laisse de côté la guerre): des colonies, des semi-colonies, qui remettent en cause la souveraineté de pays nominalement indépendants, jusqu’à obtenir l’hégémonie même sur des puissances coloniales (apparemment hégémoniques) comme le Portugal. La théorie de Lénine a ouvert le champ des relations internationales à l’analyse marxiste.


Lénine a tenté en 1908 d’expliquer le révisionnisme dans le mouvement ouvrier Européen, en suggérant que l’afflux de petits producteurs, dépossédés par le mécanisme de la concurrence capitaliste, dans les rangs du prolétariat, a emmené l’importation d’une idéologie étrangère qui a constitué la base du révisionnisme. Mais dans l’Impérialisme, emboîtant le pas à certains remarques d’Engels, il expliquait le révisionnisme comme étant l’expression d’une fraction de la classe ouvrière, et en particulier des directions syndicales, qui se laisse acheter par les « sur profits » engrangés par les monopoles. La position de Lénine doit être distinguée ici des arguments ultérieurs basés sur « l’échange inégal », qui sont allés bien plus loin en prétendant que le prolétariat des pays avancés faisait partie intégrante du camp des exploiteurs: il n’a pas seulement restreint les bénéficiaires de l’exploitation capitaliste à une mince couche sociale, mais a également lié ce phènomène aux monopoles. Les théories de l’échange inégal qui n’évoquent pas les monopoles sont infondées: elles manquent de pertinence si la métropole et la périphérie ne sont pas spécialisées dans certaines activités particulières, mais elles ne peuvent en tout cas pas expliquer une telle spécialisation sans passer par les monopoles. L’accent mis par Lénine sur les monopoles est une approche bien plus utile sur cette question, même si on considère que le cercle des bénéficiaires de l’impérialisme s’est étendu au-delà de la mince couche sociale initiale.

Dans l’Impérialisme, Lénine a critiqué la thèse de Karl Kautsky selon laquelle une exploitation conjointe du monde serait possible à travers des accords pacifiques signés entre le capital financier uni au niveau international, ce qu’il appelait « l’ultra-impérialisme ». Son argument était qu’une telle division négociée du monde entre les différents capitaux financiers, en admettant qu’elle ait lieu, ne ferait que refléter leurs forces relatives à ce moment précis; mais le développement inégal, inhérent au capitalisme, emmènerait nécessairement à une modification de ces forces relatives, ce qui donnerait lieu à des conflits qui éclateraient en guerres. « L’ultra-impérialisme » pourrait seulement être un interlude, une trêve, entre deux périodes de guerres. Certains ont avancé l’idée selon laquelle les événements de l’après-guerre confirmeraient plutôt la validité de la conception de Kautsky que celle de Lénine, du fait que les rivalités inter-impérialistes sont devenus moins intenses avec la Pax Americana.


Deux éléments doivent être notés ici:

  • premièrement, nous avons ces derniers temps non pas une unité des différents capitaux financiers basés à l’échelle nationale et soutenus par leurs États-nations respectifs, comme Kautsky l’avait prédit, mais un nouveau capital financier international, et donc un nouvel impérialisme, qui est le produit d’un nouveau processus de centralisation du capital et de suppression des restrictions sur les flux de capitaux trans-frontaliers, c-a-d le processus de la mondialisation de la finance. Ce que nous avons aujourd’hui, pour résumer, est un nouveau phénomène qui dépasse les circonstances rencontrées par Kautsky et Lénine

  • deuxièmement, l’émergence d’un capital financier international, tandis qu’il restreint la possibilité de guerres entre puissances impérialistes, n’a pas du tout empêché le déclenchement de guerres. La typologie des guerres en question change, mais les guerres sont toujours là, dans toute leur brutalité. Les circonstances actuelles sont différentes de celles de l’époque de Lénine, mais son œuvre reste un point de référence dans notre analyse de cette nouvelle situation.

Écrits post-révolutionnaires

Les volumineux écrits post-révolutionnaires de Lénine sont d’une grande importance et nécessiteraient un traitement séparé, plus exhaustif. Après la fin de la Guerre Civile, la période du « Communisme de guerre » a laissé la place à la « Nouvelle Politique Économique », qui a rendu possible l’émergence de tendances capitalistes qui devaient être maintenues sous étroite surveillance par l’État prolétarien, qui devait lui-même conserver le contrôle des principaux leviers de commande de l’économie. L’accent mis sur l’État centralisé comme un rempart contre la restauration capitaliste a été perçu par beaucoup de monde comme contenant les germes du déclin ultérieur du système. Lénine a été en conséquence vu comme étant intentionnellement à l’origine du système centralisé qui a été parachevé à l’époque de Staline. Mais c’est une interprétation erronée des œuvres de Lénine, qui n’a jamais abandonné sa vision libertaire du socialisme, même si l’appareil d’État centralisé devait être construit pour protéger une Union Soviétique assiégée après que la perspective d’une révolution Allemande se soit envolée et que Lénine ait commencé a regardé à l’est du côté de la Chine et de l’Inde.

Cette vision libertaire, exposée dans L’État et la Révolution écrit en Août 1917, qui envisage un processus de dépérissement de l’État prolétarien dès sa formation, a été réaffirmée en Octobre 1917 avec cette remarque: « nous pouvons immédiatement mettre en branle un appareil d’État consistant en des dizaines, si ce n’est des vingtaines de millions de personnes ». Même dans les moments critiques, après que les circonstances l’aient contraint à adopter un appareil d’État centralisé, ses interventions, comme celles contre la militarisation des syndicats, découlent de sa vision libertaire. Et même après que la démocratie des Soviets ait cessé d’exister, Lénine était préoccupé par le fait que le Parti ne devienne pas seulement une force bureaucratique centralisée, d’où son « dernier combat », visant à empêcher la bureaucratisation du Parti. Il a vu avec une grande précision et une certaine prescience que la poursuite sur la voie du « centralisme démocratique » (le principe organisationnel du parti Léniniste) dans une société qui émergeait de l’autocratie féodale pouvait aisément dégénérer en une forme de centralisme bureaucratique. L’image d’un Lénine glorifiant le centralisme contre les espérances libertaires du socialisme est donc fausse.

Site de People’s Democracy, hebdomadaire du Parti Communiste d’Inde (Marxiste): http://pd.cpim.org/

Cette crise n’est pas une crise financière mais une crise du capitalisme, de Domenico Moro

dans le premier numéro de l’année 2009 de Marxismo Oggi, revue théorique italienne


Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

1 – SURPRODUCTION ET CRISE

D’après la majorité des médias, des économistes et des gouvernements, la crise actuelle est une crise financière, qui se serait par la suite étendue à l’économie « réelle ». Avec ce type d’analyse on ne saisit, toutefois, que la forme sous laquelle la crise s’est manifestée. On en ignore cependant le contenu, qui réside dans les mécanismes d’accumulation du capital. En effet, les crises sont un révélateur qui fait apparaître les contradictions du mode de production actuel. Parmi ces contradictions, la principale est celle entre production et marché. L’objectif des entreprises est de produire pour réaliser des profits et, à cette fin, ils réduisent les coûts des marchandises de façon à augmenter leurs marges, c’est-à-dire la différence entre les coûts de production et les prix. La réduction des coûts de production passe par la réalisation d’économies d’échelle, c’est-à-dire par la production de masse de marchandises toujours plus importantes dans le même temps de travail. C’est en vue de cet objectif que des technologies et des machines toujours plus modernes sont introduites à la place des travailleurs, et que les rythmes et l’intensité de travail sont augmentés. Dans l’absolu, il s’agit de quelque chose de positif, puisque le développement de la productivité met à disposition des travailleurs une masse de marchandises plus importante dans une période de temps plus réduite. Le problème, c’est que la production capitaliste n’est pas dirigée vers les simples consommateurs mais vers les consommateurs en mesure de payer un prix adéquat en vue d’atteindre le profit espéré, c’est-à-dire vers un marché. C’est là qu’est tout le problème: la production capitaliste est une production qui s’accroît sans se soucier du marché, c’est-à-dire de la capacité à acheter les marchandises produites. De plus, étant donné que le profit est dû au travail non payé des travailleurs, la réduction relative de ces derniers par rapport au capital global employé provoque une chute du taux de profit, qu’on cherche à compenser à travers l’augmentation de l’exploitation et en produisant ensuite un nombre plus grand de marchandises. Tout cela implique que la production tend toujours à excéder les capacités d’absorption du marché, déterminant un déséquilibre permanent entre les capacités productives et l’étroitesse du marché. Une étroitesse qui est justement accentuée par le mécanisme qui remplace la force de travail par des machines et qui, par la suite, provoque l’expulsion des travailleurs du processus de production. Selon une étude de la Banque des règlements internationaux, des années 1980 à aujourd’hui, dans tous les principaux pays industrialisés, il y a eu un déplacement dans le partage du PIB des salaires vers les profits. En Italie, la part qui va aux profits est passée de 23,1% en 1993 à 31,3% en 2005. Il s’agit de 8% du PIB, équivalente à 120 milliards d’euro, soit 7 000 euros que chacun des 17 millions de salariés italiens perd en salaire et que le capital gagne en profit. Mais la chose la plus intéressante dans l’étude de la BRI, c’est que la cause de ce phénomène est localisée, non dans la concurrence des travailleurs des pays « en voie de développement », mais dans l’introduction de nouvelles technologies qui, chassant des travailleurs et détruisant l’organisation du travail, réduit les capacités de résistance et de négociation des travailleurs. De cette manière, on en est arrivé à la perte de pouvoir d’achat pour les salariés et les travailleurs se sont trouvés à contraints à travailler plus avec comme effet de réduire encore plus la demande de force de travail et d’aggraver le chômage. Par ailleurs, les nouvelles technologies ayant une forte composante informatique, qui devient obsolète plus rapidement, les restructurations sont devenues plus fréquentes. Donc, tandis que d’une part on multiplie l’offre de marchandises sur le marché, d’autre part on réduit la demande, qui en majeure partie est constituée par les travailleurs salariés, ou, dans le meilleur des cas, on ne permet pas à la demande d’augmenter dans les mêmes proportions que l’offre. Du reste, dans l’anarchie de la concurrence, quoique oligopolistique, qui règne dans le mode de production capitaliste, tout capitaliste individuellement, pour battre ses concurrents, tend à réaliser des économies d’échelles toujours plus grandes et à réduire les salaires de ses travailleurs, en les traitant comme des coûts à réduire plutôt que comme des acheteurs potentiels. Se produit ainsi une tendance à la surproduction de marchandises qui, trouve ses racines dans la surproduction de capital sous la forme des moyens de production. Ce qu’il est important de comprendre, toutefois, c’est que la sur-capacité productive est telle dans le mode de production capitaliste, que l’on ne produit que quand on est sûr de réaliser un profit, et que la sur-production de marchandises se comprend dans les limites du marché capitaliste.



2 – LE CAS SYMPTOMATIQUE DE L’AUTOMOBILE

La crise ne marque pas une cassure dans le cours normal de l’économie, c’est la manière violente par laquelle le capital tente de résoudre ses contradictions. En effet, les crises ne voient pas seulement des milliards de capital fictif partir en fumée dans les krachs boursiers, mais provoquent aussi une destruction de capital réel à travers la perte de valeur des marchandises, qui s’accumulent invendues dans les dépôts ou sont vendues à perte (aux États-Unis on en est arrivé à vendre deux voitures pour le prix d’une), et des moyens de production, qui restent inactifs ou sous-utilisés. Les crises, ensuite, détruisent de la force de travail à travers les licenciements et, en provoquant la mort des entreprises les plus faibles et leur absorption de la part des plus fortes, aboutissent sur la concentration de la production entre les mains de capitalistes toujours moins nombreux. C’est seulement à ce prix que l’on crée les conditions pour que la production soit de nouveau profitable et puisse être relancée, reproduisant toutefois les conditions qui feront que la crise se répétera par la suite et sur une base plus large. Le cas de l’automobile est symptomatique. Il s’agit d’un secteur qui a toutes les caractéristiques typiques de la grande industrie: une grande concentration progressive, et une augmentation toujours plus forte de la composante technologique par rapport aux travailleurs employés. Un secteur dans lequel, selon les mots de l’administrateur délégué de Fiat, Marchionne, « la sur-capacité productive est un problème général ». Aux États-Unis, en effet, la production de 2009 correspondra seulement à 45% de la production potentielle, soit 5 millions d’auto en moins par rapport à 2007. Selon CSM Worldwide, l’utilisation des usines des douze premières entreprises mondiales, déjà descendue à 72,2% en 2008, baissera en 2009 jusqu’à 64,7%. Les conséquences seront lourdes même pour les entreprises leaders sur le marché, les allemandes et les japonais: en Allemagne on a licencié les travailleurs précaires (4500 chez Volkswagen), alors que le temps de travail hebdomadaire (et le salaire) a été réduit pour les deux-tiers des travailleurs stables de Volkswagen et en février et mars pour 26 000 travailleurs de la BMW, au Japon, de son côté, Nissan a planifié 20 000 licenciements. La situation est encore pire pour les entreprises américaines, parmi lesquelles GM et Chrysler qui seraient déjà en faillite sans les 14 milliards de dollars injectés par le gouvernement. GM, en particulier, prévoit la fermeture de quatre des vingt-deux usines états-uniennes et 31 000 licenciements. Pourtant tout cela se déroule à la fin d’un processus dans lequel les trois majors de Detroit ont augmenté leur productivité. Selon le rapport Harbour, les majors de Detroit ont réduit l’écart avec les usines japonaises en Amérique en terme de temps nécessaire à la production d’un véhicule en passant de 10,51 heures en 2003 à 3,5 heures en 2007. Du reste, la crise de 1929 a aussi été précédée par une période de forte augmentation de la productivité, tout comme elle a été déclenchée par un krach financier. En effet, ce fut justement dans les années 20, qu’avec le fordisme, a été introduite la chaîne de montage. A partir des années 80, le fordisme a été adapté, devenant le toyotisme, qui, en flexibilisant le processus de production, a tenté de résoudre la contradiction entre marché et production. Le résultat de tout cela, c’est que les véhicules invendus, seulement dans les usines américaines, ont atteint fin janvier 2009 les trois millions, l’équivalent de 116 jours de vente aux niveaux actuels. Cela prouve que, dans les limites des rapports de production capitalistes, pour résoudre la contradiction entre production et marché, aucune technique managériale n’est suffisante. Que prévoit-on pour répondre au problème de la sur-production? Le cas états-unien est encore une fois symptomatique. Au-delà des licenciements et de la semaine courte de 4 jours (working sharing), on prévoit un alignement de toutes les entreprises américaines sur les pires conditions salariales et sociales en vigueur dans les usines japonaises aux États-Unis. Ensuite, cette crise aussi, comme les autres et même plus, étant donné sa gravité, dévorera ses victimes et marquera le début d’une série de fusions-acquisitions à l’avenir. Toujours selon Marchionne, dans le marché mondial de l’automobile il y aurait de la place seulement pour cinq ou six producteurs qui pourraient arriver aux cinq millions de voitures produites (par an), indispensables pour réaliser les économies d’échelle minimales. Et c’est Fiat justement qui se distingue par son activité, s’agitant dans plusieurs directions, des joint ventures avec l’indien Tata, qui est entré aussi dans le capital de Fiat, à l’acquisition possible de la Chrysler, en passant par la fusion invoquée avec Peugeot. La crise donnera ensuite un coup de pouce à l’internationalisation de la production, pour réduire les coûts et se rapprocher des nouveaux marchés, porteur de débouchés potentiels. Déjà aujourd’hui, Ford et GM produisent aux États-Unis moins de 32% de leur production globale, tandis que Fiat, Renault, Volkswagen produisent dans leurs pays d’origine respectivement seulement 34,9%, 34,7% et 33,6% de leur production totale. Ceux qui paieront seront, quand même, toujours les travailleurs avec la perte de leur emploi et avec la réduction des salaires.



3 – LE LIEN ENTRE SUR-PRODUCTION ET FINANCE

Opposer dans un contexte capitaliste, l’économie « financière » et « réelle » n’a pas de sens et c’est se fourvoyer. L’énorme développement du crédit et des marchés financiers trouve son origine dans le succès de la grande industrie, qui a besoin de capitaux monétaires toujours plus grands à investir. La mondialisation de la concurrence, les fusions et les acquisitions, le gigantisme des entreprises, nécessaires pour réaliser des économies d’échelle toujours plus grandes, aboutit à l’augmentation continue de la demande de crédit et à l’accroissement de la taille des banques. Bien que les crises ne soient pas causées par le crédit et la finance, il existe un lien très étroit entre crise et crédit. Un tel lien se tient dans le fait que le crédit favorise et accélère la tendance à la sur-production de capital et de marchandises. Le crédit, en effet, permet à la production de s’accroître d’une manière qui ne serait autrement pas possible. Dans le même temps, les banques, en concentrant entre quelques mains l’épargne de la société et en la transformant en un investissement, font prendre un capital même une forme « sociale », favorisant la séparation entre la direction et la propriété. Se crée ainsi une production privée sans propriété privée et une nouvelle aristocratie financière et de top-manager, super-payée, indifférente aux limites du marché, et encline aux investissements très risqués, au parasitisme et à la spéculation. De cette manière, se développe la tendance aux monopoles et à la sur-production générale chronique. L’industrie actuelle se trouve depuis des décennies dans une situation de sur-production, à laquelle on a répondu en favorisant le crédit facile et donc l’endettement, tant du côté de l’offre, c’est-à-dire des entreprises, que du côté de la demande, c’est-à-dire des consommateurs/acheteurs. Pendant des années avec l’approbation des gouvernements américains, la FED a maintenu le coût de l’argent à des niveaux très bas, poussant les banques à prêter même aux agents potentiellement non-solvables. En particulier, on a incité à l’achat de maisons, car la propriété immobilière fournissait une garantie pour l’achat de biens de consommation comme l’automobile. On a accordé des prêts à presque tout le monde, et aussi à ceux qui n’avaient ni travail ni propriété, ce qu’on a appelé les prêts subprimes. La spirale de l’endettement s’est auto-alimentée, grâce à la libération des marchés financiers et à la suppression des barrières et des règles introduites après la crise de 1929, et les prêts ont été titrisés en titres – les fameux dérivés – vendues aux banques du monde entier. La spéculation s’est étendue à la titrisation des assurances sur les dérivés des prêts, les credit default swaps (CDS), qui ont atteint le chiffre astronomique de 45 000 milliards de dollars. De plus, d’autres formes d’incitation à l’endettement ont été introduites comme les cartes de crédit revolving. Au fond, la demande de biens de consommation a été dopée, fondant sur des bases en argile l’expansion économique consécutive à la crise de 2001. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, l’endettement des familles en 2007 avait atteint les 100% du PIB. Entre-temps les engagements financiers des banques avaient augmenté jusqu’à la démesure: les banques européennes pour chaque euro de capital en caisse avaient accordé 40 euros de prêts, les banques américaines encore plus. Tout cela ne pouvait pas duré et en effet cela n’est pas tenable. Quand la bulle immobilière a atteint son pic, en 2007, et qu’elle a éclaté, les habitations ont perdu jusqu’à 40% de leur valeur et leurs propriétaires ne sont plus arrivés à faire face à leurs prêts. Le système financier international s’est rendu compte qu’il avait dans le ventre des milliards de titres qui n’avaient pas plus de valeur qu’un bout de papier, auxquels s’ajoutait la masse des CDS, qui auraient pu l’emmener à son écroulement. De nombreuses banques, forcées d’inscrire les pertes dans leurs comptes, sont tombées en faillite, ont été achetées ou sauvées par l’État, et des centaines de milliards de capitalisation en bourse sont partis en fumée. En outre, l’incertitude sur la solvabilité des banques a mené à la paralysie du marché inter-bancaire et à la contraction du crédit, avec des conséquences dévastatrices pour les entreprises, déjà lourdement endettées et aux prises avec les nécessités de l’internationalisation, de la réorganisation de la production et du financement du crédit à la consommation.



4 – FAILLITE DU MARCHE ET INTERVENTION DE L’ETAT

La sur-production qui étrangle l’économie est désormais générale. En effet, selon la Banque mondiale, à la réduction, pour la première fois depuis 1945, du PIB mondial il faut ajouter la contraction du commerce mondial la plus importante des 80 derniers années, depuis celle de la grande Dépression des années 30. L’organisation internationale du travail prévoit entre 18 et 30 millions de chômeurs en plus, 50 dans les pires prévisions. La crise a ainsi démontré de manière patente la faillite des capacités régulatrices du marché. Significative a été la rapidité du coup de barre donné vers l’intervention de l’État, à partir justement des deux pays leader de la « révolution » néo-libérale, les États-Unis et la Grande-Bretagne, et l’ampleur de l’intervention, surtout en faveur du crédit. Aux États-Unis, le programme d’aide fédéral, le Tarp, a déjà utilisé 294,9 milliards de dollars, dont 250 milliards pour la recapitalisation des banques, sur une somme totale allouée de 700 milliards, et Obama projette déjà d’allouer une somme supplémentaire de 2 000 milliards. En Grande-Bretagne, l’État a acheté la Bearn Stearns, 60% de la Royal Bank of Scotland et 40% de Lloyds-Hbos, tandis que l’Allemagne, qui a déjà donné 90 milliards à Hypo et a acquis 25% de la Commerzbank, elle a approuvé une loi qui permet l’expropriation par l’État des banques en difficulté. Mais, étant donné que ces mesures ne suffisent pas à remettre en route le marché inter-bancaire ainsi que les prêts aux entreprises et aux familles, l’État a assumé directement le rôle de bailleurs de fonds, sans véritable espoir de retour sur investissement, des entreprises. Au Japon, l’État a sorti 13 milliards d’euros, grâce auxquels il entrera éventuellement dans le capital des entreprises. En particuliers, on a assisté à une course pour venir à la rescousse des producteurs nationales d’automobile, des 14 milliards de dollars donnés à GM et Chrysler aux 7 milliards d’euros accordés à Renault et PSA, dont une partie ira aux branches de ces entreprises qui financent les achats à crédit. Des choix qui tous, avec la réduction pratiquement à zéro des taux d’intérêts pratiqués par de nombreuses banques centrales comme la Fed, démontrent qu’on cherche la solution à la crise dans des directions déjà empruntées, et qui ont déjà mené à l’échec, comme l’endettement et le protectionnisme, redevenu tout à coup devenu à la mode avec le « achetez américain ». L’ensemble des ressources mises sur la table par les États-Unis atteint les 8 000 milliards de dollards, soit 54% de leur PIB. Si nous pensons que les États-Unis ont dépensé 3 600 milliards de dollars dans toute la Seconde guerre mondiale et, qu’en 1944, leur dépenses militaires atteignaient 36% du PIB., nous avons une idée de la partie qui se déroule. L’augmentation des dépenses étatiques fera exploser le déficit public, qui aux États-Unis dépassera cette année la barre des 10% et sera compris au Royaume-Uni entre 6 et 8%, tandis que l’Allemagne, la vertueuse, verra son déficit public à son maximum depuis 1945. La croissance gigantesque des dettes publiques, déjà creusées aux États-Unis par des décennies de subventions aux entreprises et de dépenses militaires, conduira à la hausse des impôts, tandis que l’augmentation des émissions de bons du Trésor, unique investissement refuge restant, a déjà conduit à la baisse des revenus pour des millions de petits épargnants. Dans le même temps, le prix des credit default swaps sur les bons publics a augmenté, signe des craintes du marché sur la solvabilité de nombreux états. Tandis que les États-Unis, grâce au dollar, tentent de continuer à décharger le financement de leur énorme dette sur l’étranger, de nombreux pays périphériques, surtout en Europe de l’est, pris dans les difficultés de la récession, risquent une banqueroute qui aurait des contre-coups très lourds sur les banques européennes et sur l’euro.

5 – CONCLUSION: PLANIFICATION ET REDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL

Si l’échec du marché est désormais évident pour tous, moins évident est l’échec tout aussi grand de la propriété et de la production privée. En Italie, par exemple, nous assistons au paradoxe apparent de ceux qui, le patronat en tête, demandent et obtiennent l’intervention de l’État sous forme d’aides et continue à exiger la poursuite de la politique de privatisation, par exemple des services publics. En fait, c’est justement dans les moments de difficulté que le capital se réfugie le plus dans les rentes de monopole, en dehors de toute concurrence. Dans tous les pays, le préalable à toutes les aides publiques accordées, c’est que l’État, même dans le cas où celui-ci deviendrait majoritaire dans une banque ou dans une entreprise, reste rigoureusement en dehors de leur gestion, peut-être en achetant des actions sans aucun droit de vote. Déjà l’expansion du crédit avait mis à disposition du privé le capital social (l’épargne de la collectivité), faisant de la production privée une production sans propriété privée. Aujourd’hui que l’État finance les banques privées ou fournit directement aux entreprises le capital employé, la propriété prend encore plus un caractère social. S’accroît donc la contradiction entre le caractère toujours plus social de la production et de la propriété et l’appropriation privée du produit de cette production, qui se concentre entre des mains toujours moins nombreuses. Du reste, avec seulement cinq entreprises automobiles qui se partagent le marché mondial, comme le prévoit Marchionne, peut-on encore parler de propriété privée? Il s’agit d’une production qui en réalité s’est déjà presque socialisée. Nous avons plutôt une production privée sans propriété privée, et qui se sert de l’État comme d’un distributeur qui concentre le capital de toute la société. La crise ne se résout pas avec toutes ces aides aux entrepreneurs privés ou en injectant des masses d’argent dans le puits sans fond de l’insolvabilité de banques qui continuent à ne pas prêter d’argent. La crise se résoudra seulement si on s’attaque à ses racines, qui se trouve certainement pas dans les revenus des super-managers. En premier lieu, cela n’a pas de sens de maintenir le caractère privé de la production, quand les capitaux sont publics. L’anarchie irrationnelle de la concurrence et le déséquilibre permanent entre production et circulation des marchandises demeureraient, au détriment des travailleurs/contribuables. De telles contradictions peuvent seulement être résolues par une coordination d’ensemble, la planification de l’économie de la part de la collectivité, selon les priorités de la société et de l’environnement, et en commençant par la re-nationalisation des banques et des services publics. Ensuite, il faut s’attaquer à la contradiction entre le développement des forces productives et rapports de production. Les découvertes technologiques, et l’énorme augmentation de la productivité qui en a découlé dans les dernières décennies, peuvent permettre de réduire le temps de travail plutôt que de mettre des travailleurs au chômage. Mais cela ne peut se faire que si le temps de travail est réduit pour le même salaire, libérant ainsi des besoins et la possibilité de les satisfaire, et élargissant ainsi les limites du marché. S’il est vrai que la crise libère les monstres de la xénophobie et de l’autoritarisme et que la dépression de 1929 a ouvert la voie aux fascismes, cette même crise a aussi entraîné des réactions à gauche. Aux États-Unis en 1932 le sénateur Black, opposé au working sharing, qui redistribuait seulement la pauvreté et non le travail, a proposé une loi pour la réduction du temps de travail à 30 heures, qui fut seulement vaincue par l’opposition commune de Roosvelt et des entrepreneurs. Ce fut au contraire en France qu’en 1936, en pleine crise, fut approuvée une loi pour les 40 heures, qui a porté, pour le même salaire, le temps de travail annuel de 2496 à 2000 heures. La différence entre les États-Unis et la France c’est, qu’à l’époque, en France, était au pouvoir ce grand exemple d’intervention et d’action politique des travailleurs que fut le Front Populaire. Une expérience politique sur laquelle, mutadis mutandis, il vaudrait la peine de réfléchir. Aujourd’hui, en conclusion, face à une crise exceptionnelle qui met en évidence la faillite de tout un mode de production, le fantôme que l’on a voulu exorciser dans les derniers vingt ans redevient d’actualité, le socialisme. La possibilité de répondre à la crise économique et à la crise politique de la gauche passe ainsi par la capacité de proposer un projet pour une organisation alternative de la société et de l’économie.

Site de l’Ernesto: http://www.lernesto.it/

Révolution et régression en marche. Le projet de loi carle sur le financement des écoles privées repasse à l’assemblée

Texte publié dans Sauvons l’Ecole

Le projet de loi Carle sur le financement des écoles privées repasse aujourd’hui à l’Assemblée. Révolution et régression en marche.

Après 9 mois de gestation dans les tuyaux de l’appareil législatif, le projet de loi Carle, qui avait été voté au Sénat le 10 décembre 2008, passera ce lundi 28 septembre 2009, devant l’Assemblée Nationale, après moult reports fleurant bon l’esquive sournoise du débat public.

Avec ce projet de loi, une nouvelle étape, cruciale, va peut-être être franchie, dans le détournement des principes qui fondent le service public laïque de l’enseignement, mené par le gouvernement. Derrière la loi Carle en effet, se cache l’introduction subreptice et inédite en France, d’un chèque éducation pour les écoles privées, sur un air néo-libéral impatient de faire rimer éducation et consommation. Une entorse dangereuse aux principes républicains, qui depuis Jules Ferry, ont consacré le lien consubstantiel entre la Commune et son Ecole publique.

Un pactole de 400 millions d’euros
Rappelons d’abord que le projet de loi Carle, n’est que la resucée, en version « light », de l’article 89 de la loi d’août 2004, relative aux « libertés et responsabilités locales », article qui mobilisa tant d’élus locaux, et réactiva la guerre scolaire jusqu’ici larvée. Cet article 89, obligeait l’ensemble des municipalités, à financer, sans accord préalable, la scolarité des élèves fréquentant une école privée hors de leur commune de résidence.

Ceci, sans que leurs parents n’aient à justifier leur « libre choix » particulariste Ce qui représente, pour la collectivité, un petit pactole d’au moins 400 millions d’euros par an. Le projet Carle, lui fit suite, en vue d’éteindre les flammes contestatrices des élus de tous bords, vent debout contre ce diktat dangereux pour l’équilibre des budgets communaux, et générateurs d’injustice sociale.

Une loi que la Pologne l’Italie ou le Portugal pourraient nous envier
Agrémenté désormais, de timides précautions : Obligation de financement par la commune donc, pour des situations particulières, qui ne seraient justifiées qu’a posteriori par les parents. Hors de celles-ci, les communes ont toujours la faculté de financer dans tous les autres cas. Cette disposition qui s’apparente au chèque éducation prôné par les ultra-libéraux, et introduit ici par la petite porte des communes, n’en serait que définitivement entériné. Cette loi, en substituant au rapport institutionnel école-commune, né des lois Ferry, une relation marchande usager-commune, sur fond libéral, est un nouveau pas vers la privatisation de l’école laïque.

Il constitue une menace prévisible pour l’existence des écoles des communes rurales et une fuite discriminatoire des écoles publiques de la banlieue vers les écoles confessionnelles du centre-ville. Nanterre paierait pour Neuilly… Une situation que pourraient par ailleurs, nous envier bien des pays bien moins laïques, à l’image de l’Italie, du Portugal ou de la Pologne, où légitimement, l’enseignement catholique n’est pas financé et donc, représente moins de 4%. Tandis qu’en France il est surfinancé, et surreprésenté à 17% de la population scolaire…

Les défenseurs de la loi Carle, introduisent pour la première fois, une corrélation entre « liberté de l’enseignement », et obligation d’un financement public et imposent aussi, pour la première fois dans une loi de l’éducation, le concept de « parité » de traitement public-privé. Manipulation éhontée, que nul n’oserait s’hasarder à établir ailleurs que dans l’enseignement. La « liberté d’aller et venir » est après tout, tout aussi fondamentale que la liberté de l’enseignement.

Pour autant, la puissance publique n’a d’obligation que pour les transports en commun et l’usager qui, par convenance personnelle et intérêt particulier, choisit le taxi, a la décence citoyenne de ne pas revendiquer le financement public de sa course.

Public et privé sur un pied d’égalité
On n’imagine pas plus les mêmes communes, contraintes un jour de financer des soins couteux délivrés à leurs ouailles, dans des cliniques privées qui plus est hors de leur périmètre, au détriment de leur(s) hôpital(ux) public(s) de leur territoire. A l’instar des hôpitaux publics, les écoles publiques ont des obligations afférentes à leur mission de service public : égalité de toutes et tous devant l’accueil, continuité, gratuité et laïcité. Le financement des élèves du public hors commune, sous condition et accord a priori, résulte de l’obligation constitutionnelle d’organiser le service public laïque d’éducation en tout lieu, et non d’une quelconque « liberté d’enseignement ». Le privé, lui, revendique des subsides publics au nom de sa « parité » et récuse au nom de sa « liberté » les obligations correspondantes. « Liberté » et « parité » de l’enseignement ne sont ici que des concepts politiques, qui participent, de fait, au démantèlement du service public qui seul en supporte toutes les contraintes. Notre Constitution ne reconnaît que l’égalité entre citoyens, et non une quelconque parité entre groupes, confessionnels ou non.

Il est proprement abusif, de mettre sur le même plan écoles publiques et privées. Ces dernières, sur le support de l’éducation, s’inscrivent dans des logiques commerciales, avec, pour la plupart, des finalités prosélytes. Autant de caractéristiques pour le moins antinomiques avec une mission d’intérêt général ; un travestissement délibéré de la réalité.

Le communautarisme consacré
Le concept de « parité » entre enseignement public ou privé, non content d’être contraire à la Constitution, n’a en définitive, aucun fondement juridique. Il instaure, qui plus est, un dualisme scolaire ruineux. Et le sera d’autant plus que d’autres groupes, confessionnels, linguistiques ou autres, revendiqueront les mêmes privilèges. Il est d’ores et déjà manifeste, comme on le voit dans le débat actuel sur la couverture santé menée par Barack Obama, que la concurrence public-privé engendre des surcoûts. Les dépenses de santé représentent aux Etats-Unis 16% du PIB, alors qu’au moins 20% de la population n’ont aucune protection sociale, contrairement à la France où la couverture santé pour tous les citoyens ne représente que 11% du PIB…

Jusqu’à ce jour, le dispositif législatif instituait un rapport institutionnel fort entre l’École et la Commune. La Loi Carle fait primer les choix communautaristes et particularistes sur l’intérêt général en encourageant par ce régime de faveur la scolarisation dans des écoles privées. La ghettoïsation sociale va s’aggraver. Et les communes rurales seront, elles aussi, pénalisées avec un risque inquiétant pour l’avenir, d’exode scolaire. Des classes et écoles publiques entières disparaîtront…Ce faisant, la loi Carle sacrifie sur cet autel si éloigné des valeurs républicaines, la justice sociale, la laïcité et le vivre ensemble de jeunes citoyens en devenir.

Muriel FITOUSSI et Eddy KHALDI, sont les auteurs du livre Main basse sur l’école publique (Demopolis, 2008)

Suicide à France télecom///Il faut mettre un point d’arrrêt:

« Il faut mettre un point d’arrêt à cette mode de la  désobéissance… »
Maurice Papon, secrétaire général de la préfecture de Gironde, 1943
« Il faut mettre un point d’arrêt à cette mode de ne pas répondre  aux questions… »
Klaus Barbie, chef de la Gestapo de la région Lyonnaise, 1943

« Il faut mettre un point d’arrêt à cette mode de  la résistance… »
René Bousquet, secrétaire général de la police de Vichy, 1942

« Il faut mettre un point d’arrêt à cette mode de vouloir  s’évader… »
Theodor Eicke, chef du camp de concentration de Dachau, 1940

« Il faut mettre un point d’arrêt à cette mode de mourir de faim… »
Hans Frank, gouverneur général des provinces polonaises, 1941

‘Il faut mettre un point d’arrêt à cette mode du suicide… »
Didier Lombard, PDG de France Telecom, Septembre 2009

Par CGT PHILIPS EGP DREUX

Le manifeste du parti communiste

Karl Marx 

Friedrich Engels 

Un spectre hante l’Europe : le spectre du communisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le pape et le tsar, Metternich et Guizot [20] , les radicaux de France et les policiers d’Allemagne. Quelle est l’opposition qui n’a pas été accusée de communisme par ses adversaires au pouvoir ? Quelle est l’opposition qui, à son tour, n’a pas renvoyé à ses adversaires de droite ou de gauche l’épithète infamante de communiste ? Il en résulte un double enseignement. Déjà le communisme est reconnu comme une puissance par toutes les puissances d’Europe. Il est grand temps que les communistes exposent à la face du monde entier, leurs conceptions, leurs buts et leurs tendances; qu’ils opposent au conte du spectre communiste un manifeste du Parti lui-même. 

C’est à cette fin que des communistes de diverses nationalités se sont réunis à Londres et ont rédigé le Manifeste suivant, qui est publié en anglais, français, allemand, italien, flamand et danois.

I. Bourgeois et prolétaires [21]  

L’histoire de toute société jusqu’à nos jours [22] n’a été que l’histoire de luttes de classes.

Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande [23] et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte.

Dans les premières époques historiques, nous constatons presque partout une organisation complète de la société en classes distinctes, une échelle graduée de conditions sociales. Dans la Rome antique, nous trouvons des patriciens, des chevaliers, des plébéiens, des esclaves; au moyen âge, des seigneurs, des vassaux, des maîtres de corporation, des compagnons, des serfs et, de plus, dans chacune de ces classes, une hiérarchie particulière.

La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale, n’a pas aboli les antagonismes de classes Elle n’a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d’oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d’autrefois.

Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l’époque de la bourgeoisie, est d’avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat.

Des serfs du moyen âge naquirent les bourgeois des premières agglomérations urbaines; de cette population municipale sortirent les premiers éléments de la bourgeoisie.

La découverte de l’Amérique, la circumnavigation de l’Afrique offrirent à la bourgeoisie naissante un nouveau champ d’action. Les marchés des Indes Orientales et de la Chine, la colonisation de l’Amérique, le commerce colonial, la multiplication des moyens d’échange et, en général, des marchandises donnèrent un essor jusqu’alors inconnu au négoce, à la navigation, à l’industrie et assurèrent, en conséquence, un développement rapide à l’élément révolutionnaire de la société féodale en dissolution.

L’ancien mode d’exploitation féodal ou corporatif de l’industrie ne suffisait plus aux besoins qui croissaient sans cesse à mesure que s’ouvraient de nouveaux marchés. La manufacture prit sa place. La moyenne bourgeoisie industrielle supplanta les maîtres de jurande; la division du travail entre les différentes corporations céda la place à la division du travail au sein de l’atelier même.

Mais les marchés s’agrandissaient sans cesse : la demande croissait toujours. La manufacture, à son tour, devint insuffisante. Alors, la vapeur et la machine révolutionnèrent la production industrielle. La grande industrie moderne supplanta la manufacture; la moyenne bourgeoisie industrielle céda la place aux millionnaires de l’industrie, aux chefs de véritables armées industrielles, aux bourgeois modernes.

La grande industrie a créé le marché mondial, préparé par la découverte de l’Amérique. Le marché mondial accéléra prodigieusement le développement du commerce, de la navigation, des voies de communication. Ce développement réagit à son tour sur l’extension de l’industrie; et, au fur et a mesure que l’industrie, le commerce, la navigation, les chemins de fer se développaient, la bourgeoisie grandissait, décuplant ses capitaux et refoulant à l’arrière-plan les classes léguées par le moyen âge.

La bourgeoisie, nous le voyons, est elle-même le produit d’un long développement, d’une série de révolutions dans le mode de production et les moyens de communication.

A chaque étape de l’évolution que parcourait la bourgeoisie correspondait pour elle un progrès politique. Classe opprimée par le despotisme féodal, association armée s’administrant elle-même dans la commune [24], ici, république urbaine indépendante; là, tiers état taillable et corvéable de la monarchie, puis, durant la période manufacturière. contrepoids de la noblesse dans la monarchie féodale ou absolue, pierre angulaire des grandes monarchies, la bourgeoisie, depuis l’établissement de la grande industrie et du marché mondial, s’est finalement emparée de la souveraineté politique exclusive dans l’Etat représentatif moderne. Le gouvernement moderne n’est qu’un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière.

La bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle éminemment révolutionnaire.

Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l’homme féodal à ses “supérieurs naturels”, elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d’autre lien, entre l’homme et l’homme, que le froid intérêt, les dures exigences du “paiement au comptant”. Elle a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d’échange; elle a substitué aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l’unique et impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l’exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale.

La bourgeoisie a dépouillé de leur auréole toutes les activités qui passaient jusque-là pour vénérables et qu’on considérait avec un saint respect. Le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des salariés à ses gages.

La bourgeoisie a déchiré le voile de sentimentalité qui recouvrait les relations de famille et les a réduites à n’être que de simples rapports d’argent.

La bourgeoisie a révélé comment la brutale manifestation de la force au moyen âge, si admirée de la réaction, trouva son complément naturel dans la paresse la plus crasse. C’est elle qui, la première, a fait voir ce dont est capable l’activité humaine. Elle a créé de tout autres merveilles que les pyramides d’Egypte, les aqueducs romains, les cathédrales gothiques; elle a mené à bien de tout autres expéditions que les invasions et les croisades [25]

La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l’ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux, figés et couverts de rouille, avec leur cortège de conceptions et d’idées antiques et vénérables, se dissolvent; ceux qui les remplacent vieillissent avant d’avoir pu s’ossifier. Tout ce qui avait solidité et permanence s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin d’envisager leurs conditions d’existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusés.

Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s’implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations.

Par l’exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l’industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l’adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n’emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe. A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l’ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations. Et ce qui est vrai de la production matérielle ne l’est pas moins des productions de l’esprit Les oeuvres intellectuelles d’une nation deviennent la propriété commune de toutes. L’étroitesse et l’exclusivisme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles et de la multiplicité des littératures nationales et locales naît une littérature universelle.

Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l’amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu’aux nations les plus barbares. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elle la prétendue civilisation, c’est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image.

La bourgeoisie a soumis la campagne à la ville. Elle a créé d’énormes cités; elle a prodigieusement augmenté la population des villes par rapport à celles des campagnes, et par là, elle a arraché une grande partie de la population à l’abrutissement de la vie des champs. De même qu’elle a soumis la campagne à la ville, les pays barbares ou demi-barbares aux pays civilisés, elle a subordonné les peuples de paysans aux peuples de bourgeois, l’Orient à l’Occident.

La bourgeoisie supprime de plus en plus l’émiettement des moyens de production, de la propriété et de la population. Elle a aggloméré la population, centralisé les moyens de production et concentré la propriété dans un petit nombre de mains. La conséquence totale de ces changements a été la centralisation politique. Des provinces indépendantes, tout juste fédérées entre elles, ayant des intérêts, des lois, des gouvernements, des tarifs douaniers différents, ont été réunies en une seule nation, avec un seul gouvernement, une seule loi, un seul intérêt national de classe, derrière un seul cordon douanier.

La bourgeoisie, au cours de sa domination de classe à peine séculaire, a créé des forces productives plus nombreuses; et plus colossales que l’avaient fait toutes les générations passées prises ensemble. La domestication des forces de la nature, les machines, l’application de la chimie à l’industrie et à l’agriculture, la navigation à vapeur, les chemins de fer, les télégraphes électriques, le défrichement de continents entiers, la régularisation des fleuves, des populations entières jaillies du sol – quel siècle antérieur aurait soupçonné que de pareilles forces productives dorment au sein du travail social ?

Voici donc ce que nous avons vu : les moyens de production et d’échange. sur la base desquels s’est édifiée la bourgeoise, furent créés à l’intérieur de la société féodale. A un certain degré du développement de ces moyens de production et d’échange, les conditions dans lesquelles la société féodale produisait et échangeait, l’organisation féodale de l’agriculture et de la manufacture, en un mot le régime féodal de propriété, cessèrent de correspondre aux forces productives en plein développement. Ils entravaient la production au lieu de la faire progresser. Ils se transformèrent en autant de chaînes. Il fallait les briser. Et on les brisa.

A sa place s’éleva la libre concurrence, avec une constitution sociale et politique appropriée, avec la suprématie économique et politique de la classe bourgeoise.

Nous assistons aujourd’hui à un processus analogue. Les conditions bourgeoises de production et d’échange, le régime bourgeois de la propriété, la société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d’échange, ressemblent au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu’il a évoquées. Depuis des dizaines d’années, l’histoire de l’industrie et du commerce n’est autre chose que l’histoire de la révolte des forces productives modernes contre les rapports modernes de production, contre le régime de propriété qui conditionnent l’existence de la bourgeoisie et sa domination. Il suffit de mentionner les crises commerciales qui, par leur retour périodique, menacent de plus en plus l’existence de la société bourgeoise. Chaque crise détruit régulièrement non seulement une masse de produits déjà créés, mais encore une grande partie des forces productives déjà existantes elles-mêmes. Une épidémie qui, à toute autre époque, eût semblé une absurdité, s’abat sur la société, – l’épidémie de la surproduction. La société se trouve subitement ramenée à un état de barbarie momentanée; on dirait qu’une famine, une guerre d’extermination lui ont coupé tous ses moyens de subsistance; l’industrie et le commerce semblent anéantis. Et pourquoi ? Parce que la société a trop de civilisation, trop de moyens de subsistance, trop d’industrie, trop de commerce. Les forces productives dont elle dispose ne favorisent plus le régime de la propriété bourgeoise; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ce régime qui alors leur fait obstacle; et toutes les fois que les forces productives sociales triomphent de cet obstacle, elles précipitent dans le désordre la société bourgeoise tout entière et menacent l’existence de la propriété bourgeoise. Le système bourgeois est devenu trop étroit pour contenir les richesses créées dans son sein. – Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D’un côté, en détruisant par la violence une masse de forces productives; de l’autre, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens. A quoi cela aboutit-il ? A préparer des crises plus générales et plus formidables et à diminuer les moyens de les prévenir. Les armes dont la bourgeoisie s’est servie pour abattre la féodalité se retournent aujourd’hui contre la bourgeoisie elle-même.

Mais la bourgeoisie n’a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires.

A mesure que grandit la bourgeoisie, c’est-à-dire le capital, se développe aussi le prolétariat, la classe des ouvriers modernes qui ne vivent qu’à la condition de trouver du travail et qui n’en trouvent que si leur travail accroît le capital. Ces ouvriers, contraints de se vendre au jour le jour, sont une marchandise, un article de commerce comme un autre; ils sont exposés, par conséquent, à toutes les vicissitudes de la concurrence, à toutes les fluctuations du marché.

Le développement du machinisme et la division du travail, en faisant perdre au travail de l’ouvrier tout caractère d’autonomie, lui ont fait perdre tout attrait. Le producteur devient un simple accessoire de la machine, on n’exige de lui que l’opération la plus simple, la plus monotone, la plus vite apprise. Par conséquent, ce que coûte l’ouvrier se réduit, à peu de chose près, au coût de ce qu’il lui faut pour s’entretenir et perpétuer sa descendance. Or, le prix du travail [26], comme celui de toute marchandise, est égal à son coût de production. Donc, plus le travail devient répugnant, plus les salaires baissent. Bien plus, la somme de labeur s’accroît avec le développement du machinisme et de la division du travail, soit par l’augmentation des heures ouvrables, soit par l’augmentation du travail exigé dans un temps donné, l’accélération du mouvement des machines, etc.

L’industrie moderne a fait du petit atelier du maître artisan patriarcal la grande fabrique du capitalisme industriel. Des masses d’ouvriers, entassés dans la fabrique, sont organisés militairement. Simples soldats de l’industrie, ils sont placés sous la surveillance d’une hiérarchie complète de sous-officiers et d’officiers. Ils ne sont pas seulement les esclaves de la classe bourgeoise, de l’Etat bourgeois, mais encore, chaque jour, à chaque heure, les esclaves de la machine, du contremaître et surtout du bourgeois fabricant lui-même. Plus ce despotisme proclame ouvertement le profit comme son but unique, plus il devient mesquin, odieux, exaspérant.

Moins le travail exige d’habileté et de force, c’est-à-dire plus l’industrie moderne progresse, et plus le travail des hommes est supplanté par celui des femmes et des enfants. Les distinctions d’âge et de sexe n’ont plus d’importance sociale pour la classe ouvrière. Il n’y a plus que des instruments de travail, dont le coût varie suivant l’âge et le sexe.

Une fois que l’ouvrier a subi l’exploitation du fabricant et qu’on lui a compté son salaire, il devient la proie d’autres membres de la bourgeoisie : du propriétaire, du détaillant, du prêteur sur gages, etc., etc.

Petits industriels, marchands et rentiers, artisans et paysans, tout l’échelon inférieur des classes moyennes de jadis, tombent dans le prolétariat; d’une part, parce que leurs faibles capitaux ne leur permettant pas d’employer les procédés de la grande industrie, ils succombent dans leur concurrence avec les grands capitalistes; d’autre part, parce que leur habileté technique est dépréciée par les méthodes nouvelles de production. De sorte que le prolétariat se recrute dans toutes les classes de la population.

Le prolétariat passe par différentes phases d’évolution. Sa lutte contre la bourgeoisie commence avec son existence même.

La lutte est engagée d’abord par des ouvriers isolés, ensuite par les ouvriers d’une même fabrique, enfin par les ouvriers d’une même branche d’industrie, dans une même localité, contre le bourgeois qui les exploite directement. Ils ne dirigent pas seulement leurs attaques contre les rapports bourgeois de production : ils les dirigent contre les instruments de production eux-mêmes; ils détruisent les marchandises étrangères qui leur font concurrence, brisent les machines, brûlent les fabriques et s’efforcent de reconquérir la position perdue de l’artisan du moyen age.

A ce stade, le prolétariat forme une masse disséminée à travers le pays et émiettée par la concurrence. S’il arrive que les ouvriers se soutiennent par l’action de masse, ce n’est pas encore là le résultat de leur propre union, mais de celle de la bourgeoisie qui, pour atteindre ses fins politiques propres, doit mettre en branle le prolétariat tout entier, et qui possède encore provisoirement le pouvoir de le faire. Durant cette phase, les prolétaires ne combattent donc pas leurs propres ennemis, mais les ennemis de leurs ennemis, c’est-à-dire les vestiges de la monarchie absolue, propriétaires fonciers, bourgeois non industriels, petits bourgeois. Tout le mouvement historique est de la sorte concentré entre les mains de la bourgeoisie; toute victoire remportée dans ces conditions est une victoire bourgeoise.

Or, le développement de l’industrie, non seulement accroît le nombre des prolétaires, mais les concentre en masses plus considérables; la force des prolétaires augmente et ils en prennent mieux conscience. Les intérêts, les conditions d’existence au sein du prolétariat, s’égalisent de plus en plus, à mesure que la machine efface toute différence dans le travail et réduit presque partout le salaire à un niveau également bas. Par suite de la concurrence croissante des bourgeois entre eux et des crises commerciales qui en résultent, les salaires deviennent de plus en plus instables; le perfectionnement constant et toujours plus rapide de la machine rend la condition de l’ouvrier de plus en plus précaire; les collisions individuelles entre l’ouvrier et le bourgeois prennent de plus en plus le caractère de collisions entre deux classes. Les ouvriers commencent par former des coalitions contre les bourgeois pour la défense de leurs salaires. Ils vont jusqu’à constituer des associations permanentes pour être prêts en vue de rébellions éventuelles. Çà et là, la lutte éclate en émeute.

Parfois, les ouvriers triomphent; mais c’est un triomphe éphémère. Le résultat véritable de leurs luttes est moins le succès immédiat que l’union grandissante des travailleurs Cette union est facilitée par l’accroissement des moyens de communication qui sont créés par une grande industrie et qui permettent aux ouvriers de localités différentes de prendre contact. Or, il suffit de cette prise de contact pour centraliser les nombreuses luttes locales, qui partout revêtent le même caractère, en une lutte nationale, en une lutte de classes. Mais toute lutte de classes est une lutte politique, et l’union que les bourgeois du moyen âge mettaient des siècles à établir avec leurs chemins vicinaux, les prolétaires modernes la réalisent en quelques années grâce aux chemins de fer.

Cette organisation du prolétariat en classe, et donc en parti politique, est sans cesse détruite de nouveau par la concurrence que se font les ouvriers entre eux. Mais elle renaît toujours, et toujours plus forte, plus ferme, plus puissante. Elle profite des dissensions intestines de la bourgeoisie pour l’obliger à reconnaître, sous forme de loi, certains intérêts de la classe ouvrière : par exemple le bill de dix heures en Angleterre.

En général, les collisions qui se produisent dans la vieille société favorisent de diverses manières le développement du prolétariat. La bourgeoisie vit dans un état de guerre perpétuel; d’abord contre l’aristocratie, puis contre ces fractions de la bourgeoisie même dont les intérêts entrent en conflit avec le progrès de l’industrie, et toujours, enfin, contre la bourgeoisie de tous les pays étrangers. Dans toutes ces luttes, elle se voit obligée de faire appel au prolétariat, de revendiquer son aide et de l’entraîner ainsi dans le mouvement politique. Si bien que la bourgeoisie fournit aux prolétaires les éléments de sa propre éducation, c’est-à-dire des armes contre elle-même.

De plus, ainsi que nous venons de le voir, des fractions entières de la classe dominante sont, par le progrès de l’industrie, précipitées dans le prolétariat, ou sont menacées, tout au moins, dans leurs conditions d’existence. Elles aussi apportent au prolétariat une foule d’éléments d’éducation.

Enfin, au moment où la lutte des classes approche de l’heure décisive, le processus de décomposition de la classe dominante, de la vieille société tout entière, prend un caractère si violent et si âpre qu’une petite fraction de la classe dominante se détache de celle-ci et se rallie à la classe révolutionnaire, à la classe qui porte en elle l’avenir. De même que, jadis, une partie de la noblesse passa à la bourgeoisie, de nos jours une partie de la bourgeoisie passe au prolétariat, et, notamment, cette partie des idéologues bourgeois qui se sont haussés jusqu’à la compréhension théorique de l’ensemble du mouvement historique.

De toutes les classes qui, à l’heure présente, s’opposent à la bourgeoisie, le prolétariat seul est une classe vraiment révolutionnaire. Les autres classes périclitent et périssent avec la grande industrie; le prolétariat, au contraire, en est le produit le plus authentique.

Les classes moyennes, petits fabricants, détaillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu’elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices; bien plus, elles sont réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l’envers la roue de l’histoire. Si elles sont révolutionnaires, c’est en considération de leur passage imminent au prolétariat : elles défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels; elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat.

Quant au lumpenprolétariat [27], ce produit passif de la pourriture des couches inférieures de la vieille société, il peut se trouver, çà et là, entraîné dans le mouvement par une révolution prolétarienne; cependant, ses conditions de vie le disposeront plutôt à se vendre à la réaction.

Les conditions d’existence de la vieille société sont déjà détruites dans les conditions d’existence du prolétariat. Le prolétaire est sans propriété; ses relations avec sa femme et ses enfants n’ont plus rien de commun avec celles de la famille bourgeoise; le travail industriel moderne, l’asservissement de l’ouvrier au capital, aussi bien en Angleterre qu’en France, en Amérique qu’en Allemagne, dépouillent le prolétaire de tout caractère national. Les lois, la morale, la religion sont à ses yeux autant de préjugés bourgeois derrière lesquels se cachent autant d’intérêts bourgeois.

Toutes les classes qui, dans le passé, se sont emparées du pouvoir essayaient de consolider leur situation acquise en soumettant la société aux conditions qui leur assuraient leurs revenus propres. Les prolétaires ne peuvent se rendre maîtres des forces productives sociales qu’en abolissant leur propre mode d’appropriation d’aujourd’hui et, par suite, tout le mode d’appropriation en vigueur jusqu’à nos jours. Les prolétaires n’ont rien à sauvegarder qui leur appartienne, ils ont à détruire toute garantie privée, toute sécurité privée antérieure.

Tous les mouvements historiques ont été, jusqu’ici, accomplis par des minorités ou au profit des minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l’immense majorité au profit de l’immense majorité. Le prolétariat, couche inférieure de la société actuelle, ne peut se soulever, se redresser, sans faire sauter toute la superstructure des couches qui constituent la société officielle.

La lutte du prolétariat contre la bourgeoisie, bien qu’elle ne soit pas, quant au fond, une lutte nationale, en revêt cependant tout d’abord la forme. Il va sans dire que le prolétariat de chaque pays doit en finir, avant tout, avec sa propre bourgeoisie.

En esquissant à grands traits les phases du développement du prolétariat, nous avons retracé l’histoire de la guerre civile, plus ou moins larvée, qui travaille la société actuelle jusqu’à l’heure où cette guerre éclate en révolution ouverte, et où le prolétariat fonde sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie.

Toutes les sociétés antérieures, nous l’avons vu, ont reposé sur l’antagonisme de classes oppressives et de classes opprimées. Mais, pour opprimer une classe, il faut pouvoir lui garantir des conditions d’existence qui lui permettent, au moins, de vivre dans la servitude. Le serf, en plein servage, est parvenu a devenir membre d’une commune, de même que le petit-bourgeois s’est élevé au rang de bourgeois, sous le joug de l’absolutisme féodal. L’ouvrier moderne au contraire, loin de s’élever avec le progrès de l’industrie, descend toujours plus bas, au-dessous même des conditions de vie de sa propre classe. Le travailleur devient un pauvre, et le paupérisme s’accroît plus rapidement encore que la population et la richesse. Il est donc manifeste que la bourgeoisie est incapable de remplir plus longtemps son rôle de classe dirigeante et d’imposer à la société, comme loi régulatrice, les conditions d’existence de sa classe. Elle ne peut plus régner, parce qu’elle est incapable d’assurer l’existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu’elle est obligée de le laisser déchoir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. La société ne peut plus vivre sous sa domination, ce qui revient à dire que l’existence de la bourgeoisie n’est plus compatible avec celle de la société.

L’existence et la domination de la classe bourgeoise ont pour condition essentielle l’accumulation de la richesse aux mains des particuliers, la formation et l’accroissement du Capital; la condition d’existence du capital, c’est le salariat. Le salariat repose exclusivement sur la concurrence des ouvriers entre eux. Le progrès de l’ industrie, dont la bourgeoisie est l’agent sans volonté propre et sans résistance, substitue à l’isolement des ouvriers résultant de leur concurrence, leur union révolutionnaire par l’association. Ainsi, le développement de la grande industrie sape, sous les pieds de la bourgeoisie, le terrain même sur lequel elle a établi son système de production et d’appropriation. Avant tout, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs. Sa chute et la victoire du prolétariat sont également inévitables.


II. Prolétaires et communistes  

Quelle est la position des communistes par rapport à l’ensemble des prolétaires ?

Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers.

Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat.

Ils n’établissent pas de principes particuliers sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement ouvrier.

Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité.

Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien.

Le but immédiat des communistes est le même que celui de tous les partis ouvriers : constitution des prolétaires en classe, renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique par le prolétariat.

Les conceptions théoriques des communistes ne reposent nullement sur des idées, des principes inventés ou découverts par tel ou tel réformateur du monde.

Elles ne sont que l’expression générale des conditions réelles d’une lutte de classes existante, d’un mouvement historique qui s’opère sous nos yeux. L’abolition des rapports de propriété qui ont existé jusqu’ici n’est pas le caractère distinctif du communisme.

Le régime de la propriété a subi de continuels changements, de continuelles transformations historiques.

La Révolution française, par exemple, a aboli la propriété féodale au profit de la propriété bourgeoise

Ce qui caractérise le communisme, ce n’est pas l’abolition de la propriété en général, mais l’abolition de la propriété bourgeoise.

Or, la propriété privée d’aujourd’hui, la propriété bourgeoise, est la dernière et la plus parfaite expression du mode production et d’appropriation basé sur des antagonismes de classes, sur l’exploitation des uns par les autres.

En ce sens, les communistes peuvent résumer leur théorie dans cette formule unique : abolition de la propriété privée.

On nous a reproché, à nous autres communistes, de vouloir abolir la propriété personnellement acquise, fruit du travail de l’individu, propriété que l’on déclare être la base de toute liberté, de toute activité, de toute indépendance individuelle.

La propriété personnelle, fruit du travail et du mérite ! Veut-on parler de cette forme de propriété antérieure à la propriété bourgeoise qu’est la propriété du petit bourgeois du petit paysan ? Nous n’avons que faire de l’abolir, le progrès de l’industrie l’a abolie et continue à l’abolir chaque jour.

Ou bien veut-on parler de la propriété privée d’aujourd’hui, de la propriété bourgeoise ?

Mais est-ce que le travail salarié, le travail du prolétaire crée pour lui de la propriété ? Nullement. Il crée le capital, c’est-à-dire la propriété qui exploite le travail salarié, et qui ne peut s’accroître qu’à la condition de produire encore et encore du travail salarié, afin de l’exploiter de nouveau. Dans sa forme présente, la propriété se meut entre ces deux termes antinomiques; le Capital et le Travail. Examinons les deux termes de cette antinomie.

Etre capitaliste, c’est occuper non seulement une position purement personnelle, mais encore une position sociale dans la production. Le capital est un produit collectif : il ne peut être mis en mouvement que par l’activité en commun de beaucoup d’individu, et même, en dernière analyse, que par l’activité en commun de tous les individus, de toute la société.

Le capital n’est donc pas une puissance personnelle; c’est une puissance sociale.

Dès lors, si le capital est transformé en propriété commune appartenant à tous les membres de la société, ce n’est pas une propriété personnelle qui se change en propriété commune. Seul le caractère social de la propriété change. Il perd son caractère de classe.

Arrivons au travail salarié.

Le prix moyen du travail salarié, c’est le minimum du salaire, c’est-à-dire la somme des moyens de subsistance nécessaires pour maintenir en vie l’ouvrier en tant qu’ouvrier. Par conséquent, ce que l’ouvrier s’approprie par son labeur est tout juste suffisant pour reproduire sa vie ramenée à sa plus simple expression. Nous ne voulons en aucune façon abolir cette appropriation personnelle des produits du travail, indispensable à la reproduction de la vie du lendemain, cette appropriation ne laissant aucun profit net qui confère un pouvoir sur le travail d’autrui. Ce que nous voulons, c’est supprimer ce triste mode d’appropriation qui fait que l’ouvrier ne vit que pour accroître le capital, et ne vit qu’autant que l’exigent les intérêts de la classe dominante. Dans la société bourgeoise, le travail vivant n’est qu’un moyen d’accroître le travail accumulé. Dans la société communiste le travail accumulé n’est qu’un moyen d’élargir, d’enrichir et d’embellir l’existence des travailleurs.

Dans la société bourgeoise, le passé domine donc le présent; dans la société communiste c’est le présent qui domine le passé. Dans la société bourgeoise, le capital est indépendant et personnel, tandis que l’individu qui travaille n’a ni indépendance, ni personnalité.

Et c’est l’abolition d’un pareil état de choses que la bourgeoisie flétrit comme l’abolition de l’individualité et de la liberté ! Et avec raison. Car il s’agit effectivement d’abolir l’individualité, l’indépendance, la liberté bourgeoises.

Par liberté, dans les conditions actuelles de la production bourgeoise, on entend la liberté de commerce, la liberté d’acheter et de vendre.

Mais si le trafic disparaît, le libre trafic disparaît aussi. Au reste, tous les grands mots sur la liberté du commerce, de même que toutes les forfanteries libérales de notre bourgeoisie, n’ont un sens que par contraste avec le trafic entravé avec le bourgeois asservi du moyen âge; ils n’ont aucun sens lorsqu’il s’agit de l’abolition, par le communisme, du trafic, du régime bourgeois de la production et de la bourgeoisie elle-même.

Vous êtes saisis d’horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais, dans votre société, la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres. C est précisément parce qu’elle n’existe pas pour ces neuf dixièmes qu’elle existe pour vous. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de propriété qui ne peut exister qu’à la condition que l’immense majorité soit frustrée de toute propriété. En un mot, vous nous accusez de vouloir abolir votre propriété à vous. En vérité, c’est bien ce que nous voulons.

Dès que le travail ne peut plus être converti en capital, en argent, en rente foncière, bref en pouvoir social capable d’être monopolisé, c’est-à-dire dès que la propriété individuelle ne peut plus se transformer en propriété bourgeoise, vous déclarez que l’individu est supprimé.

Vous avouez donc que, lorsque vous parlez de l’individu, vous n’entendez parler que du bourgeois, du propriétaire. Et cet individu-là, certes, doit être supprimé.

Le communisme n’enlève à personne le pouvoir de s’approprier des produits sociaux; il n’ôte que le pouvoir d’asservir à l’aide de cette appropriation le travail d’autrui.

On a objecté encore qu’avec l’abolition de la propriété privée toute activité cesserait, qu’une paresse générale s’emparerait du monde.

Si cela était, il y a beau temps que la société bourgeoise aurait succombé à la fainéantise, puisque, dans cette société, ceux qui travaillent ne gagnent pas et que ceux qui gagnent ne travaillent pas. Toute l’objection se réduit à cette tautologie qu’il n’y a plus de travail salarié du moment qu’il n’y a plus de capital.

Les accusations portées contre le monde communiste de production et d’appropriation des produits matériels l’ont été également contre la production et l’appropriation des oeuvres de l’esprit. De même que, pour le bourgeois, la disparition de la propriété de classe équivaut à la disparition de toute production, de même la disparition de la culture de classe signifie, pour lui, la disparition de toute culture.

La culture dont il déplore la perte n’est pour l’immense majorité qu’un dressage qui en fait des machines.

Mais inutile de nous chercher querelle, si c’est pour appliquer à l’abolition de la propriété bourgeoise l’étalon de vos notions bourgeoises de liberté, de culture, de droit, etc. Vos idées résultent elles-mêmes du régime bourgeois de production et de propriété, comme votre droit n’est que la volonté de votre classe érigée en loi, volonté dont le contenu est déterminé par les conditions matérielles d’existence de votre classe.

La conception intéressée qui vous fait ériger en lois éternelles de la nature et de la raison vos rapports de production et de propriété – rapports transitoires que le cours de la production fait disparaître – , cette conception, vous la partagez avec toutes les classes dirigeantes aujourd’hui disparues.

Ce que vous admettez pour la propriété antique, ce que vous admettez pour la propriété féodale, vous ne pouvez plus l’admettre pour la propriété bourgeoise.

L’abolition de la famille ! Même les plus radicaux s’indignent de cet infâme dessein des communistes.

Sur quelle base repose la famille bourgeoise d’à présent ? Sur le capital, le profit individuel. La famille, dans sa plénitude, n’existe que pour la bourgeoisie; mais elle a pour corollaire la suppression forcée de toute famille pour le prolétaire et la prostitution publique.

La famille bourgeoise s’évanouit naturellement avec l’évanouissement de son corollaire, et l’une et l’autre disparaissent avec la disparition du capital.

Nous reprochez-vous de vouloir abolir l’exploitation des enfants par leurs parents ? Ce crime-là, nous l’avouons.

Mais nous brisons, dites-vous, les liens les plus intimes, en substituant à l’éducation par la famille l’éducation par la société.

Et votre éducation à vous, n’est-elle pas, elle aussi, déterminée par la société ? Déterminée par les conditions sociales dans lesquelles vous élevez vos enfants, par l’immixtion directe ou non de la société, par l’école, etc. ? Les communistes n’inventent pas l’action de la société sur l’éducation; ils en changent seulement le caractère et arrachent l’éducation à l’influence de la classe dominante.

Les déclamations bourgeoises sur la famille et l’éducation, sur les doux liens qui unissent l’enfant à ses parents deviennent de plus en plus écoeurantes, à mesure que la grande industrie détruit tout lien de famille pour le prolétaire et transforme les enfants en simples articles de commerce, en simples instruments de travail.

Mais la bourgeoisie tout entière de s’écrier en choeur : Vous autres, communistes, vous voulez introduire la communauté des femmes !

Pour le bourgeois, sa femme n’est autre chose qu’un instrument de production. Il entend dire que les instruments de production doivent être exploités en commun et il conclut naturellement que les femmes elles-mêmes partageront le sort commun de la socialisation.

Il ne soupçonne pas qu’il s’agit précisément d’arracher la femme à son rôle actuel de simple instrument de production.

Rien de plus grotesque, d’ailleurs, que l’horreur ultra-morale qu’inspire à nos bourgeois la prétendue communauté officielle des femmes que professeraient les communistes. Les communistes n’ont pas besoin d’introduire la communauté des femmes; elle a presque toujours existé.

Nos bourgeois, non contents d’avoir à leur disposition les femmes et les filles des prolétaires, sans parler de la prostitution officielle, trouvent un plaisir singulier à se cocufier mutuellement.

Le mariage bourgeois est, en réalité, la communauté des femmes mariées. Tout au plus pourrait-on accuser les communistes de vouloir mettre à la place d’une communauté des femmes hypocritement dissimulée une communauté franche et officielle. Il est évident, du reste, qu’avec l’abolition du régime de production actuel, disparaîtra la communauté des femmes qui en découle, c’est-à-dire la prostitution officielle et non officielle.

En outre, on a accusé les communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité.

Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu’ils n’ont pas. Comme le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe dirigeante de la nation, devenir lui-même la nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens bourgeois du mot.

Déjà les démarcations nationales et les antagonismes entre les peuples disparaissent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie, la liberté du commerce, le marché mondial, l’uniformité de la production industrielle et les conditions d’existence qu’ils entraînent.

Le prolétariat au pouvoir les fera disparaître plus encore. Son action commune, dans les pays civilisés tout au moins, est une des premières conditions de son émancipation.

Abolissez l’exploitation de l’homme par l’homme, et vous abolirez l’exploitation d’une nation par une autre nation.

Du jour où tombe l’antagonisme des classes à l’intérieur de la nation, tombe également l’hostilité des nations entre elles.

Quant aux accusations portées d’une façon générale contre le communisme, à des points de vue religieux, philosophiques et idéologiques, elles ne méritent pas un examen approfondi.

Est-il besoin d’une grande perspicacité pour comprendre que les idées, les conceptions et les notions des hommes, en un mot leur conscience, changent avec tout changement survenu dans leurs conditions de vie, leurs relations sociales leur existence sociale ?

Que démontre l’histoire des idées, si ce n’est que la production intellectuelle se transforme avec la production matérielle ? Les idées dominantes d’une époque n’ont jamais été que les idées de la classe dominante.

Lorsqu’on parle d’idées qui révolutionnent une société tout entière, on énonce seulement ce fait que, dans le sein de la vieille société, les éléments d’une société nouvelle se sont formés et que la dissolution des vieilles idées marche de pair avec la dissolution des anciennes conditions d’existence.

Quand le monde antique était à son déclin, les vieilles religions furent vaincues par la religion chrétienne. Quand, au XVIIIe siècle, les idées chrétiennes cédèrent la place aux idées de progrès, la société féodale livrait sa dernière bataille à la bourgeoisie, alors révolutionnaire. Les idées de liberté de conscience, de liberté religieuse ne firent que proclamer le règne de la libre concurrence dans le domaine du savoir.

“Sans doute, dira-t-on, les idées religieuses, morales philosophiques, politiques, juridiques, etc., se sont modifiées au cours du développement historique. Mais la religion, la morale, la philosophie, la politique, le droit se maintenaient toujours à travers ces transformations.

“Il y a de plus des vérités éternelles, telles que la liberté, la justice, etc., qui sont communes à tous les régimes sociaux. Or, le communisme abolit les vérités éternelles, il abolit la religion et la morale au lieu d’en renouveler la forme, et cela contredit tout le développement historique antérieur.”

A quoi se réduit cette accusation ? L’histoire de toute la société jusqu’à nos jours était faite d’antagonismes de classes, antagonismes qui, selon les époques, ont revêtu des formes différentes.

Mais, quelle qu’ait été la forme revêtue par ces antagonismes, l’exploitation d’une partie de la société par l’autre est un fait commun à tous les siècles passés. Donc, rien d’étonnant si la conscience sociale de tous les siècles, en dépit de toute sa variété et de sa diversité, se meut dans certaines formes communes, formes de conscience qui ne se dissoudront complètement qu’avec l’entière disparition de l’antagonisme des classes.

La révolution communiste est la rupture la plus radicale avec le régime traditionnel de propriété; rien d’étonnant si, dans le cours de son développement, elle rompt de la façon la plus radicale avec les idées traditionnelles.

Mais laissons là les objections faites par la bourgeoisie au communisme.

Nous avons déjà vu plus haut que la première étape dans la révolution ouvrière est la constitution du prolétariat en classe dominante, la conquête de la démocratie.

Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’Etat, c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives

Cela ne pourra naturellement se faire, au début, que par une violation despotique du droit de propriété et du régime bourgeois de production, c’est-à-dire par des mesures qui, économiquement, paraissent insuffisantes et insoutenables, mais qui, au cours du mouvement, se dépassent elles-mêmes et sont indispensables comme moyen de bouleverser le mode de production tout entier.

Ces mesures, bien entendu, seront fort différentes dans les différents pays.

Cependant, pour les pays les plus avancés, les mesures suivantes pourront assez généralement être mises en application :

1.       Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l’Etat.

2.       Impôt fortement progressif.

3.       Abolition de l’héritage.

4.       Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles.

5.       Centralisation du crédit entre les mains de l’Etat, au moyen d’une banque nationale, dont le capital appartiendra à l’Etat et qui jouira d’un monopole exclusif.

6.       Centralisation entre les mains de l’Etat de tous les moyens de transport.

7.       Multiplication des manufactures nationales et des instruments de production; défrichement des terrains incultes et amélioration des terres cultivées, d’après un plan d’ensemble.

8.       Travail obligatoire pour tous; organisation d’armées industrielles, particulièrement pour l’agriculture.

9.       Combinaison du travail agricole et du travail industriel; mesures tendant à faire graduellement disparaître la distinction entre la ville et la campagne.

10.    Education publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du travail des enfants dans les fabriques tel qu’il est pratiqué aujourd’hui. Combinaison de l’éducation avec la production matérielle, etc.

Les antagonismes des classes une fois disparus dans le cours du développement, toute la production étant concentrée dans les mains des individus associés, alors le pouvoir public perd son caractère politique. Le pouvoir politique, à proprement parler, est le pouvoir organisé d’une classe pour l’oppression d’une autre. Si le prolétariat, dans sa lutte contre la bourgeoisie, se constitue forcément en classe, s’il s’érige par une révolution en classe dominante et, comme classe dominante, détruit par la violence l’ancien régime de production, il détruit, en même temps que ce régime de production, les conditions de l’antagonisme des classes, il détruit les classes en général et, par là même, sa propre domination comme classe.

A la place de l’ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous.

III. Littérature socialiste et communiste  

1. Le socialisme réactionnaire

a) Le socialisme féodal

Par leur position historique, les aristocraties française et anglaise se trouvèrent appelées à écrire des pamphlets contre la société bourgeoise. Dans la révolution française de juillet 1830, dans le mouvement anglais pour la Réforme [28] elles avaient succombé une fois de plus sous les coups de cette arriviste abhorrée. Pour elles, il ne pouvait plus être question d’une lutte politique sérieuse. Il ne leur restait plus que la lutte littéraire. Or, même dans le domaine littéraire, la vieille phraséologie de la Restauration [29] était devenue impossible. Pour se créer des sympathies, il fallait que l’aristocratie fît semblant de perdre de vue ses intérêts propres et de dresser son acte d’accusation contre la bourgeoisie dans le seul intérêt de la classe ouvrière exploitée. Elle se ménageait de la sorte la satisfaction de chansonner son nouveau maître et d’oser lui fredonner à l’oreille des prophéties d’assez mauvais augure.

Ainsi naquit le socialisme féodal où se mêlaient jérémiades et libelles, échos du passé et grondements sourds de l’avenir. Si parfois sa critique amère, mordante et spirituelle frappait la bourgeoisie au cœur, son impuissance absolue à comprendre la marche de l’histoire moderne était toujours assurée d’un effet comique.

En guise de drapeau, ces messieurs arboraient la besace du mendiant, afin d’attirer à eux le peuple; mais, dès que le peuple accourut, il aperçut les vieux blasons féodaux dont s’ornait leur derrière et il se dispersa avec de grands éclats de rire irrévérencieux.

Une partie des légitimistes [30] français et la Jeune Angleterre [31] ont donné au monde ce spectacle.

Quand les champions de la féodalité démontrent que le mode d’exploitation féodal était autre que celui de la bourgeoisie, ils n’oublient qu’une chose : c’est que la féodalité exploitait dans des circonstances et des conditions tout à fait différentes et aujourd’hui périmées. Quand ils font remarquer que, sous le régime féodal, le prolétariat moderne n’existait pas, ils n’oublient qu’une chose : c’est que la bourgeoisie, précisément, a nécessairement jailli de leur organisation sociale.

Ils déguisent si peu, d’ailleurs, le caractère réactionnaire de leur critique que leur principal grief contre la bourgeoisie est justement de dire qu’elle assure, sous son régime le développement d’une classe qui fera sauter tout l’ancien ordre social.

Ils reprochent plus encore à la bourgeoisie d’avoir produit un prolétariat révolutionnaire que d’avoir créé le prolétariat en général.

Aussi dans la lutte politique prennent-ils une part active à toutes les mesures de violence contre la classe ouvrière. Et dans leur vie de tous les jours, en dépit de leur phraséologie pompeuse, ils s’accommodent très bien de cueillir les pommes d’or et de troquer la fidélité, l’amour et l’honneur contre le commerce de la laine, de la betterave à sucre et de l’eau-de-vie [32].

De même que le prêtre et le seigneur féodal marchèrent toujours la main dans la main, de même le socialisme clérical marche côte à côte avec le socialisme féodal.

Rien n’est plus facile que de donner une teinture de socialisme à l’ascétisme chrétien. Le christianisme ne s’est-il pas élevé lui aussi contre la propriété privée, le mariage, l’Etat ? Et à leur place n’a-t-il pas prêché la charité et la mendicité, le célibat et la mortification de la chair, la vie monastique et l’Eglise ? Le socialisme chrétien n’est que l’eau bénite avec laquelle le prêtre consacre le dépit de l’aristocratie.

b) Le socialisme petit-bourgeois

L’aristocratie féodale n’est pas la seule classe qu’ait ruinée la bourgeoisie, elle n’est pas la seule classe dont les conditions d’existence s’étiolent et dépérissent dans la société bourgeoise moderne. Les bourgeois et les petits paysans du moyen âge étaient les précurseurs de la bourgeoisie moderne. Dans les pays où l’industrie et le commerce sont moins développés, cette classe continue à végéter à côté de la bourgeoisie florissante.

Dans les pays où s’épanouit la civilisation moderne, il s’est formé une nouvelle classe de petits bourgeois qui oscille entre le prolétariat et la bourgeoisie; fraction complémentaire de la société bourgeoise, elle se reconstitue sans cesse; mais, par suite de la concurrence, les individus qui la composent se trouvent sans cesse précipités dans le prolétariat, et, qui plus est, avec le développement progressif de la grande industrie, ils voient approcher l’heure où ils disparaîtront totalement en tant que fraction autonome de la société moderne, et seront remplacés dans le commerce, la manufacture et l’agriculture par des contremaîtres et des employés.

Dans les pays comme la France, où les paysans forment bien plus de la moitié de la population, il est naturel que des écrivains qui prenaient fait et cause pour le prolétariat contre la bourgeoisie aient appliqué à leur critique du régime bourgeois des critères petits-bourgeois et paysans et qu’ils aient pris parti pour les ouvriers du point de vue de la petite bourgeoisie. Ainsi, se forma le socialisme petit-bourgeois. Sismondi [33] est le chef de cette littérature, non seulement en France, mais en Angleterre aussi.

Ce socialisme analysa avec beaucoup de sagacité les contradictions inhérentes au régime de la production moderne. Il mit à nu les hypocrites apologies des économistes. Il démontra d’une façon irréfutable les effets meurtriers du machinisme et de la division du travail, la concentration des capitaux et de la propriété foncière, la surproduction, les crises, la fatale décadence des petits bourgeois et des paysans, la misère du prolétariat, l’anarchie dans la production, la criante disproportion dans la distribution des richesses, la guerre d’extermination industrielle des nations entre elles, la dissolution des vieilles moeurs, des vieilles relations familiales, des vieilles nationalités.

A en juger toutefois d’après son contenu positif, ou bien ce socialisme entend rétablir les anciens moyens de production et d’échange, et, avec eux, l’ancien régime de propriété et toute l’ancienne société, ou bien il entend faire entrer de force les moyens modernes de production et d’échange dans le cadre étroit de l’ancien régime de propriété qui a été brisé, et fatalement brisé, par eux. Dans l’un et l’autre cas, ce socialisme est à la fois réactionnaire et utopique.

Pour la manufacture, le régime corporatif; pour l’agriculture, le régime patriarcal : voilà son dernier mot.

Au dernier terme de son évolution, cette école est tombée dans le lâche marasme des lendemains d’ivresse. 

c) Le socialisme allemand ou socialisme “vrai”

La littérature socialiste et communiste de la France, née sous la pression d’une bourgeoisie dominante, expression littéraire de la révolte contre cette domination, fut introduite en Allemagne au moment où la bourgeoisie commençait sa lutte contre l’absolutisme féodal.

Philosophes, demi-philosophes et beaux esprits allemands se jetèrent avidement sur cette littérature, mais ils oublièrent seulement qu’avec l’importation de la littérature française en Allemagne, les conditions de vie de la France n’y avaient pas été simultanément introduites. Par rapport aux conditions de vie allemandes, cette littérature française perdait toute signification pratique immédiate et prit un caractère purement littéraire. Elle ne devait plus paraître qu’une spéculation oiseuse sur la réalisation de la nature humaine. Ainsi, pour les philosophes allemands du XVIIIe siècle, les revendications de la première Révolution française n’étaient que les revendications de la “raison pratique” en général, et les manifestations de la volonté des bourgeois révolutionnaires de France n’exprimaient à leurs yeux que les lois de la volonté pure, de la volonté telle qu’elle doit être, de la volonté véritablement humaine.

L’unique travail des littérateurs allemands, ce fut de mettre à l’unisson les nouvelles idées françaises et leur vieille conscience philosophique, ou plutôt de s’approprier les idées françaises en partant de leur point de vue philosophique.

Ils se les approprièrent comme on fait d’une langue étrangère par la traduction.

On sait comment les moines recouvraient les manuscrits des oeuvres classiques de l’antiquité païenne d’absurdes légendes de saints catholiques. A l’égard de la littérature française profane, les littérateurs allemands procédèrent inversement. Ils glissèrent leurs insanités philosophiques sous l’original français. Par exemple, sous la critique française du régime de l’argent, ils écrivirent “aliénation de la nature humaine”, sous la critique française de l’Etat bourgeois, ils écrivirent “abolition du règne de l’universalité abstraite”, et ainsi de suite.

La substitution de cette phraséologie philosophique aux développements français, ils la baptisèrent : “philosophie de l’action”, “socialisme vrai”, “science allemande du socialisme”, “justification philosophique du socialisme”’ etc.

De cette façon on émascula formellement la littérature socialiste et communiste française. Et, comme elle cessait d’être l’expression de la lutte d’une classe contre une autre entre les mains des Allemands, ceux-ci se félicitèrent de s’être élevés au-dessus de l’”étroitesse française” et d’avoir défendu non pas de vrais besoins, mais le besoin du vrai; non pas les intérêts du prolétaire, mais les intérêts de l’être humain, de l’homme en général, de l’homme qui n’appartient à aucune classe ni à aucune réalité et qui n’existe que dans le ciel embrumé de l’imagination philosophique.

Ce socialisme allemand, qui prenait si solennellement au sérieux ses maladroits exercices d’écolier et qui les claironnait avec un si bruyant charlatanisme, perdit cependant peu à peu son innocence pédantesque.

Le combat de la bourgeoisie allemande et surtout de la bourgeoisie prussienne contre les féodaux et la monarchie absolue, en un mot le mouvement libéral, devint plus sérieux.

De la sorte, le “vrai” socialisme eut l’occasion tant souhaitée d’opposer au mouvement politique les revendications socialistes. Il put lancer les anathèmes traditionnels contre le libéralisme, le régime représentatif, la concurrence bourgeoise, la liberté bourgeoise de la presse, le droit bourgeois, la liberté et l’égalité bourgeoises; il put prêcher aux masses qu’elles n’avaient rien à gagner, mais au contraire, tout à perdre à ce mouvement bourgeois. Le socialisme allemand oublia, fort à propos, que la critique française, dont il était l’insipide écho, supposait la société bourgeoise moderne avec les conditions matérielles d’existence qui y correspondent et une Constitution politique appropriée, toutes choses que, pour l’Allemagne, il s’agissait précisément encore de conquérir.

Pour les gouvernements absolus de l’Allemagne, avec leur cortège de prêtres, de pédagogues, de hobereaux et de bureaucrates, ce socialisme devint, contre la bourgeoisie menaçante, l’épouvantail rêvé.

Il ajouta son hypocrisie doucereuse aux coups de fouet et aux coups de fusil par lesquels ces mêmes gouvernements répondaient aux émeutes des ouvriers allemands.

Si le “vrai” socialisme devint ainsi une arme contre la bourgeoisie allemande aux mains des gouvernements, il représentait directement, en outre, un intérêt réactionnaire, l’intérêt de la petite bourgeoisie allemande. La classe des petits bourgeois léguée par le XVIe siècle, et depuis lors sans cesse renaissante sous des formes diverses, constitue pour l’Allemagne la vraie base sociale du régime établi.

La maintenir, c’est maintenir en Allemagne le régime existant. La suprématie industrielle et politique de la grande bourgeoisie menace cette petite bourgeoisie de déchéance certaine, par suite de la concentration des capitaux, d’une part, et de l’apparition d’un prolétariat révolutionnaire, d’autre part. Le “vrai” socialisme lui parut pouvoir faire d’une pierre deux coups. Il se propagea comme une épidémie.

Des étoffes légères de la spéculation, les socialistes allemands firent un ample vêtement, brodé des fines fleurs de leur rhétorique, tout imprégné d’une chaude rosée sentimentale, et ils en habillèrent le squelette de leurs “vérités éternelles”, ce qui, auprès d’un tel public, ne fit qu’activer l’écoulement de leur marchandise.

De son côté, le socialisme allemand comprit de mieux en mieux que c’était sa vocation d’être le représentant grandiloquent de cette petite bourgeoisie.

Il proclama que la nation allemande était la nation exemplaire et le philistin allemand, l’homme exemplaire. A toutes les infamies de cet homme exemplaire, il donna un sens occulte, un sens supérieur et socialiste qui leur faisait signifier le contraire de ce qu’elles étaient. Il alla jusqu’au bout, s’élevant contre la tendance “brutalement destructive” du communisme et proclamant qu’il planait impartialement au-dessus de toutes les luttes de classes. A quelques exceptions près, toutes les publications prétendues socialistes ou communistes qui circulent en Allemagne appartiennent à cette sale et énervante littérature [34].

2. Le socialisme conservateur ou bourgeois

Une partie de la bourgeoisie cherche à porter remède aux anomalies sociales, afin de consolider la société bourgeoise.

Dans cette catégorie, se rangent les économistes, les philanthropes, les humanitaires, les gens qui s’occupent d’améliorer le sort de la classe ouvrière, d’organiser la bienfaisance, de protéger les animaux, de fonder des sociétés de tempérance, bref, les réformateurs en chambre de tout acabit. Et l’on est allé jusqu’à élaborer ce socialisme bourgeois en systèmes complets.

Citons, comme exemple, la Philosophie de la misère de Proudhon.

Les socialistes bourgeois veulent les conditions de vie de la société moderne sans les luttes et les dangers qui en découlent fatalement. Ils veulent la société actuelle, mais expurgée des éléments qui la révolutionnent et la dessolvent. Ils veulent la bourgeoisie sans le prolétariat. La bourgeoisie; comme de juste, se représente le monde où elle domine comme le meilleur des mondes. Le socialisme bourgeois systématise plus ou moins à fond cette représentation consolante. Lorsqu’il somme le prolétariat de réaliser ses systèmes et d’entrer dans la nouvelle Jérusalem, il ne fait que l’inviter, au fond, à s’en tenir à la société actuelle, mais à se débarrasser de la conception haineuse qu’il s’en fait.

Une autre forme de socialisme, moins systématique, mais plus pratique, essaya de dégoûter les ouvriers de tout mouvement révolutionnaire, en leur démontrant que ce n’était pas telle ou telle transformation politique, mais seulement une transformation des conditions de la vie matérielle, des rapports économiques, qui pouvait leur profiter. Notez que, par transformation des conditions de la vie matérielle, ce socialisme n’entend aucunement l’abolition du régime de production bourgeois, laquelle n’est possible que par la révolution, mais uniquement la réalisation de réformes administratives sur la base même de la production bourgeoise, réformes qui, par conséquent, ne changent rien aux rapports du Capital et du Salariat et ne font, tout au plus, que diminuer pour la bourgeoisie les frais de sa domination et alléger le budget de l’Etat.

Le socialisme bourgeois n’atteint son expression adéquate que lorsqu’il devient une simple figure de rhétorique.

Le libre-échange, dans l’intérêt de la classe ouvrière ! Des droits protecteurs, dans l’intérêt de la classe ouvrière ! Des prisons cellulaires, dans l’intérêt de la classe ouvrière ! Voilà le dernier mot du socialisme bourgeois, le seul qu’il ait dit sérieusement.

Car le socialisme bourgeois tient tout entier dans cette affirmation que les bourgeois sont des bourgeois – dans l’intérêt de la classe ouvrière. 

3. Le socialisme et le communisme critico-utopiques

Il ne s’agit pas ici de la littérature qui, dans toutes les grandes révolutions modernes, a formulé les revendications du prolétariat (écrits de Babeuf [35], etc.).

Les premières tentatives directes du prolétariat pour faire prévaloir ses propres intérêts de classe, faites en un temps d’effervescence générale, dans la période du renversement de la société féodale, échouèrent nécessairement, tant du fait de l’état embryonnaire du prolétariat lui-même que du fait de l’absence des conditions matérielles de son émancipation, conditions qui ne peuvent être que le résultat de l’époque bourgeoise. La littérature révolutionnaire qui accompagnait ces premiers mouvements du prolétariat a forcément un contenu réactionnaire. Elle préconise un ascétisme universel et un égalitarisme grossier.

Les systèmes socialistes et communistes proprement dits, les systèmes de Saint-Simon [36] , de Fourier, d’Owen, etc., font leur apparition dans la première période de la lutte entre le prolétariat et la bourgeoisie, période décrite ci-dessus (voir “Bourgeois et prolétaires”).

Les inventeurs de ces systèmes se rendent bien compte de l’antagonisme des classes, ainsi que de l’action d’éléments dissolvants dans la société dominante elle-même. Mais ils n’aperçoivent du côté du prolétariat aucune initiative historique, aucun mouvement politique qui lui soit propre.

Comme le développement de l’antagonisme des classes marche de pair avec le développement de l’industrie, ils n’aperçoivent pas davantage les conditions matérielles de l’émancipation du prolétariat et se mettent en quête d’une science sociale, de lois sociales, dans le but de créer ces conditions.

A l’activité sociale, ils substituent leur propre ingéniosité; aux conditions historiques de l’émancipation, des conditions fantaisistes; à l’organisation graduelle et spontanée du prolétariat en classe, une organisation de la société fabriquée de toutes pièces par eux-mêmes. Pour eux, l’avenir du monde se résout dans la propagande et la mise en pratique de leurs plans de société.

Dans la confection de ces plans, toutefois, ils ont conscience de défendre avant tout les intérêts de la classe ouvrière, parce qu’elle est la classe la plus souffrante. Pour eux le prolétariat n’existe que sous cet aspect de la classe la plus souffrante.

Mais la forme rudimentaire de la lutte des classes, ainsi que leur propre position sociale les portent à se considérer comme bien au-dessus de tout antagonisme de classes. Ils désirent améliorer les conditions matérielles de la vie pour tous les membres de la société, même les plus privilégiés. Par conséquent, ils ne cessent de faire appel à la société tout entière sans distinction, et même ils s’adressent de préférence à la classe régnante. Car, en vérité, il suffit de comprendre leur système pour reconnaître que c’est le meilleur de tous les plans possibles de la meilleure des sociétés possibles.

Ils repoussent donc toute action politique et surtout toute action révolutionnaire; ils cherchent à atteindre leur but par des moyens pacifiques et essayent de frayer un chemin au nouvel évangile social par la force de l’exemple, par des expériences en petit qui échouent naturellement toujours.

La peinture fantaisiste de la société future, à une époque où le prolétariat, peu développé encore, envisage sa propre situation d’une manière elle-même fantaisiste, correspond aux premières aspirations instinctives des ouvriers vers une transformation complète de la société.

Mais les écrits socialistes et communistes renferment aussi des éléments critiques. Ils attaquent la société existante dans ses bases. Ils ont fourni, par conséquent, en leur temps, des matériaux d’une grande valeur pour éclairer les ouvriers. Leurs propositions positives en vue de la société future – suppression de l’antagonisme entre la ville et la campagne, abolition de la famille, du gain privé et du travail salarié, proclamation de l’harmonie sociale et transformation de l’Etat en une simple administration de la production – , toutes ces propositions ne font qu’annoncer la disparition de l’antagonisme de classe, antagonisme qui commence seulement à se dessiner et dont les faiseurs de systèmes ne connaissent encore que les premières formes indistinctes et confuses. Aussi, ces propositions n’ont-elles encore qu’un sens purement utopique.

L’importance du socialisme et du communisme critico-utopiques est en raison inverse du développement historique. A mesure que la lutte des classes s’accentue et prend forme, cette façon de s’élever au-dessus d’elle par l’imagination, cette opposition imaginaire qu’on lui fait, perdent toute valeur pratique, toute justification théorique. C’est pourquoi, si, à beaucoup d’égards, les auteurs de ces systèmes étaient des révolutionnaires, les sectes que forment leurs disciples sont toujours réactionnaires, car ces disciples s’obstinent à maintenir les vieilles conceptions de leurs maîtres en face de l’évolution historique du prolétariat. Ils cherchent donc, et en cela ils sont logiques, à émousser la lutte des classes et à concilier les antagonismes. Ils continuent à rêver la réalisation expérimentale de leurs utopies sociales – établissement de phalanstères isolés [37], création de home-colonies, fondation d’une petite Icarie [38], édition in-douze de la Nouvelle Jérusalem, – et, pour la construction de tous ces châteaux en Espagne, ils se voient forcés de faire appel au coeur et à la caisse des philanthropes bourgeois. Petit à petit, ils tombent dans la catégorie des socialistes réactionnaires ou conservateurs dépeints plus haut et ne s’en distinguent plus que par un pédantisme plus systématique et une foi superstitieuse et fanatique dans l’efficacité miraculeuse de leur science sociale.

Ils s’opposent donc avec acharnement à toute action politique de la classe ouvrière, une pareille action ne pouvant provenir, à leur avis, que d’un manque de foi aveugle dans le nouvel évangile.

Les owenistes en Angleterre, les fouriéristes en France réagissent les uns contre les chartistes [39], les autres contre les réformistes [40].

IV. Position des communistes envers les différents partis d’opposition  

D’après ce que nous avons dit au chapitre II, la position des communistes à l’égard des partis ouvriers déjà constitués s’explique d’elle-même, et, partant, leur position à l’égard des chartistes en Angleterre et des réformateurs agraires dans l’Amérique du Nord.

Ils combattent pour les intérêts et les buts immédiats de la classe ouvrière; mais dans le mouvement présent, ils défendent et représentent en même temps l’avenir du mouvement. En France, les communistes se rallient au Parti démocrate-socialiste [41] contre la bourgeoisie conservatrice et radicale, tout en se réservant le droit de critiquer les phrases et les illusions léguées par la tradition révolutionnaire.

En Suisse, ils appuient les radicaux, sans méconnaître que ce parti se compose d’éléments contradictoires, moitié de démocrates socialistes, dans l’acception française du mot, moitié de bourgeois radicaux.

En Pologne, les communistes soutiennent le parti qui voit, dans une révolution agraire, la condition de l’affranchissement national, c’est-à-dire le parti qui fit, en 1846 [42], l’insurrection de Cracovie.

En Allemagne, le Parti communiste lutte d’accord avec la bourgeoisie, toutes les fois que la bourgeoisie agit révolutionnairement contre la monarchie absolue, la propriété foncière féodale et la petite bourgeoisie.

Mais, à aucun moment, il ne néglige d’éveiller chez les ouvriers une conscience claire et nette de l’antagonisme violent qui existe entre la bourgeoisie et le prolétariat, afin que, l’heure venue, les ouvriers allemands sachent convertir les conditions politiques et sociales, créées par le régime bourgeois, en autant d’armes contre la bourgeoisie, afin que, sitôt détruites les classes réactionnaires de l’Allemagne, la lutte puisse s’engager contre la bourgeoisie elle-même.

C’est vers l’Allemagne que se tourne surtout l’attention des communistes, parce que l’Allemagne se trouve à la veille d’une révolution bourgeoise, parce qu’elle accomplira cette révolution dans des conditions plus avancées de la civilisation européenne et avec un prolétariat infiniment plus développé que l’Angleterre et la France au XVI° et au XVIII° siècle, et que par conséquent, la révolution bourgeoise allemande ne saurait être que le prélude immédiat d’une révolution prolétarienne.

En somme, les communistes appuient en tous pays tout mouvement révolutionnaire contre l’ordre social et politique existant.

Dans tous ces mouvements, ils mettent en avant la question de la propriété à quelque degré d’évolution qu’elle ait pu arriver, comme la question fondamentale du mouvement.

Enfin, les communistes travaillent à l’union et à l’entente des partis démocratiques de tous les pays.

Les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social passé. Que les classes dirigeantes tremblent à l’idée d’une révolution communiste ! Les prolétaires n’y ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à y gagner.

PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS ! 

Die Linke, parti de Gauche, Front de Gauche, Mélanchon…Pour nous, communistes français, le succès électoral de Linke devrait-il représenter un encouragement, un repère stratégique ?

 Elections en Allemagne : sanction des partis au pouvoir,

 éclatement de la social-démocratie entre le SPD, die Linke, …

Par Emmanuel Dang Tran pour vivelepcf 

Les élections législatives avaient lieu dimanche 27 septembre en Allemagne.

Elles marquent la fin d’une période de quatre ans de « grande coalition », seule formule trouvée à l’issue des élections de 2005, c’est-à-dire d’alliance au pouvoir des partis conservateurs CDU-CSU menés par la chancelière Merkel et du Parti social-démocrate SPD. Mme Merkel restera au pouvoir avec cette fois-ci une majorité stable sans le SPD mais avec le Parti libéral, le FDP.

L’analyse du scrutin montre un net recul des partis de la coalition sortante qui ont poursuivi ensemble, en temps de crise, la politique de casse sociale voulue par le patronat allemand dont le passage de l’âge de la retraite à 67 ans est un symbole.

La CDU et sa branche bavaroise, la CSU, perdent 1,5% passant à 33,9%. Le SPD s’effondre passant de 34,2% des suffrages en 2005 à 23,0% en 2009.

La débâcle électorale du SPD n’est une surprise pour personne, surtout pas pour les cadres du SPD eux-mêmes qui balançaient hier soir entre tristesse et soulagement.

La « grande coalition » a fait jouer au SPD un rôle de caution de  la politique de Mme Merkel. Elle a fait apparaître au grand jour le consensus CDU/SPD sur les orientations de fond comme sur le Traité de Lisbonne qu’ils viennent de ratifier ensemble.

Le seul sens à donner au vote SPD en 2009 était de permettre de continuer la coalition pour essayer de limiter à la marge, au sein du gouvernement, des excès « libéraux » de la droite. On comprend que cette perspective n’ait guère enthousiasmé les électeurs !

Délivré du discrédit de la « grande coalition », le SPD peut maintenant envisager se refaire une virginité comme force d’alternance à « gauche », avec de nouveaux dirigeants, d’ici les prochaines élections de 2013. C’est exactement la route tracée dès hier par ses chefs de campagne.

Le maintien inattendu du SPD à la tête du Brandebourg, région de l’est, autour de Berlin, où les élections régionales avaient lieu le même jour que les élections fédérales, leur sert de signal encourageant.

La sanction des partis sortants est encore plus sensible en voix qu’en pourcentages. La CDU et la CSU perdent 2 millions de voix tandis que le SPD passe de 16,2 millions de voix à moins de 10 millions.

Car un autre trait marquant de l’élection est l’augmentation de l’abstention qui progresse de 22,2% à 29,3%, soit 3,2 millions d’abstentionnistes en plus, notamment, comme en France, dans les quartiers pauvres et parmi les travailleurs. Voilà qui relativise également les transferts de voix vers les autres partis.

La Parti Libéral, FDP, passe de 10 à 14,5% et gagne 1,6 million de voix, soit moins que ce que perdent la CDU et la CSU. Parti de droite « libérale » assumé sur les questions économiques et sociales, il est le partenaire politique logique et naturel de la CDU/CSU. Les media n’ont cessé de le mettre en avant ainsi que son, relativement jeune leader aux allures de cadre dynamique, Guido Westerwelle.

A gauche, les 6,2 millions de voix perdues par le SPD se retrouvent très partiellement dans les autres partis.

On peut présumer que les 800.000 voix (2,0%) remportées par les « Pirates », adeptes de la « liberté » sur internet viennent principalement de l’électorat social-démocrate.

Comme les 800.000 voix gagnées également par les Verts qui passent nationalement de 8,1% à 10,7% des suffrages exprimés, à la suite d’une campagne entièrement autonome, centrée sur les questions de l’environnement et clairement dans l’opposition au gouvernement sortant.

Contextes du progrès de die Linke

Le parti « die Linke » (en français « la gauche ») progresse de 8,7% à 11,9% par rapport aux partenaires de la coalition électorale de 2005 qui ont fusionné par la suite pour lui donner naissance. Il gagne exactement 1 million de voix.

Dans les régions correspondant à l’ancienne RDA, il se maintient à un haut niveau, de l’ordre de 25%, mais plafonne et perd 87.000 voix, malgré le contexte d’effondrement du SPD. Même constat aux élections régionales du Brandebourg.

Aux régionales en Saxe le 30 août dernier, il avait reculé de 3% (de 23 à 20%), comme en général il a régressé aux européennes dans ces régions.

Il demeure que die Linke, héritier du PDS et du SED, constitue toujours l’expression électorale de ceux qui continuent de se sentir (et ont de bonnes raisons pour cela) les victimes économiques, sociales, politiques et culturelles de l’annexion de la RDA par la RFA, vingt ans après.

Pour autant, die Linke représente de plus en plus, et se place entièrement comme un parti institutionnel de gestion social-démocrate, aux côtés du SPD dont il est partenaire au gouvernement du Land de Berlin pour une politique largement identifiée comme « social-libéral ».  

A l’ouest, die Linke progresse nettement par rapport à 2005. C’est là qu’il gagne toutes ses voix nouvelles. Le progrès est le plus spectaculaire dans les régions les plus réactionnaires : de 3,5% à 6,5% en Bavière, de 3,8% à 7,2% en Bade-Wurtemberg. Dans la plus grande région et la plus industrielle, en Rhénanie du Nord, il passe de 5,4% à 8,4%. Dans la petite Sarre, chez son leader Lafontaine, il ne progresse que de 18,5 à 21,2%, ayant sans doute déjà fait le plein en 2005.

Il apparaît nettement que die Linke a capté une partie de l’électorat social-démocrate traditionnel, d’autant plus logiquement que Oskar Lafontaine est identifié comme social-démocrate, ayant été premier dirigeant du SPD et ministre des finances de Schröder dans les années 90.

A l’ouest en général, où aucun parti de gauche, « à gauche du SPD », n’a pu réellement exister aux élections depuis les années 50, die Linke représente, même pour ceux qui sont conscients de ses limites, un moyen inédit pour une gauche « radicale » de gagner en visibilité.

Pour nous, communistes français, le succès électoral de Linke, même très relativisé par le contexte du SPD allemand, devrait-il représenter un encouragement, un repère stratégique ?

Jean-Luc Mélenchon s’est précipité pour saluer die Linke et notamment Oskar Lafontaine auquel il voudrait tant s’identifier en France, oubliant que, comme social-démocrate dans le PS, il n’a jamais joué un rôle national. Mais l’enthousiasme de Mélenchon est logique devant la montée d’un deuxième parti social-démocrate, « de gauche », en Allemagne.

Les communistes français n’ont pas les mêmes motifs d’enthousiasme. Nous pouvons comprendre et partager la satisfaction d’amis et de camarades allemands, devant le progrès d’une organisation à « gauche » du SPD, notamment dans la partie occidentale de l’Allemagne.

Mais die Linke, dont le président Lothar Bisky, est aussi président du PGE, représente une voie ouvertement social-démocrate, réformiste, favorable à l’intégration dans l’UE du capital, reniant toute conception du parti communiste et de son rôle dans la lutte des classes.

Le gain électoral circonstanciel de die Linke ne saurait valider sa stratégie ni celle du PGE pour des communistes conséquents.

La perspective de die Linke : « resocialdémocratiser » le SPD (Gregor Gysi)

Le mérite des dirigeants de Linke, par delà la composition hétéroclite de ses membres et de ses élus (ex-SPD, ex-PDS, même ex-trotskystes…), est de ne pas cacher leur parti pris social-démocrate.

Au soir du scrutin, Gregor Gysi, dirigeant historique de « die Linke » (ex-PDS), a rappelé sa perspective : « resocialdémocratiser le SPD », dont il souhaite la remontée, pour pouvoir gouverner avec lui nationalement aux prochaines élections générales de 2013, régionalement dans le maximum de régions dès maintenant. Et il complète en indiquant que pour se « resocialdémocratiser », le SPD n’a qu’a faire le bout de chemin qui le sépare de « die Linke ».

Cette perspective d’union de la gauche était au cœur du congrès extraordinaire de « die Linke » organisé en juin pour préparer les élections. Il y a été par exemple décidé de condamner la retraite à 67 ans mais sans proposer le retour à la retraite à 60 ans pour ménager des possibilités d’union avec le SPD.

Plus qu’une défaite de la social-démocratie, les élections allemandes ont montré un éclatement de la social-démocratie allemande, entre un SPD momentanément affaibli, des Verts toujours disponibles et « die Linke », aile gauche qui se charge de jouer le garde-fou « à gauche » et de canaliser l’expression politique de la colère sociale « anticapitaliste ».

Die Linke se charge aussi, dans les faits, d’éliminer toute forme d’organisation de la référence historique majeure que représente le mouvement communiste en Allemagne.

On est très loin des objectifs que les communistes peuvent avoir en France aussi bien pour l’avenir de leur propre parti, le PCF que pour une véritable alternative politique partant du mouvement réel des luttes qui refuse la politique au service du capital français et européen.

Par Vive le Parti Communiste Français

Arrêtons la privatisation de LA POSTE! REFERENDUM DU 3 OCTOBRE

 Section de st quentin du PCF- Cellule Joliot CURIE 
 
 
 Suite à notre derniére réunion de cellule, et aprés les 800 signatures récoltées au stand de st Quentin à la fête de l’huma, nous avons décidé de continuer le combat pour la défense du service public, et contre la privatisation de la Poste
 
Les rendez vous pour signer la pétition :

  • Mercredi 30 septembre sur le marché du centre ville à 10H30
  • Vendredi 2 octobre sur le marché quartier Europe à 10H30


Et bien sûr:

  • SAMEDI 3 OCTOBRE (journée d’action nationale contre la privatisation de la poste), de 10H A 13H devant la poste de la basilique 
     
    Chacun peu agir:
     
    En participant à ces rendez vous
    En imprimant la pétition pour la faire signer autour de soi
     

  Cette journée d’action national n’est pas une fin en soi,

Aprés le 3 OCTOBRE, le combat doit continuer… 
 
 
 
 

NON à l’application des directives européennes de marchandisation!

NON à la casse du statut public de La Poste!

RETRAIT DU PROJET DE LOI LAGARDE!

Le retrait immédiat du projet de loi relatif à « l’entreprise La Poste et aux activités postales » soumis en « urgence » au Parlement par la ministre Christine Lagarde visant d’une part à transposer la 3ème directive européenne de mise en concurrence de la distribution du courrier, d’autre part à supprimer le statut public de La Poste pour en faire une société anonyme, ouvrant la voie à une privatisation de son capital.

Il faut mettre un coup d’arrêt au processus de privatisation de La Poste engagé par les gouvernements successifs depuis 20 ans, à la remise en cause des principes du service public répondant à l’intérêt général : égalité d’accès pour tous aux mêmes services, qualité du service rendu, péréquation tarifaire et absence de logique lucrative.

Je demande:

- le maintien de l’ensemble des bureaux de poste du pays, la réouverture des bureaux transformés en « agences postales », des guichets supprimés dans les bureaux « restructurés ». Assez de queues ! La Poste doit continuer à jouer son rôle dans l’aménagement du territoire contre le processus de désertification économique de régions entières.

- le respect de la distribution du courrier à J+1 (le lendemain avec un dépôt au moins jusqu’à 19H00), de la distribution des recommandés à domicile, ce qui implique le maintien de tous les centres de tri et l’augmentation du nombre de tournées de distribution.

- l’arrêt du plan de suppression de dizaines de milliers d’emploi d’ici 2012 mais au contraire l’embauche des milliers de personnels sous statut de fonctionnaire nécessaires à la préservation et à l’amélioration du service, dans l’immédiat à la titularisation de tous les CDD.

- que la Poste, à l’opposé des banques privées, continue à offrir à tous sans discrimination, les services financiers indispensables à la vie de tous les jours (chéquier, carte de retrait, tout simplement un compte…), qu’elle pratique une politique tarifaire s’opposant à l’inflation des prestations des banques, que les dépôts et fonds d’épargne collectés par la Banque postale servent exclusivement au financement des priorités nationales: logement, équipements publics, hôpitaux… et n’alimentent pas les marchés financiers.

Pour cela j’estime nécessaire d’inverser le processus de privatisation et je me prononce :

- Pour le maintien et la reconquête du monopole public postal, pour le rejet de l’application des directives européennes qui détruisent les services publics dans tous les pays. Elles n’ont aucune légitimité.

- Pour que la Banque postale, la seule qui ait encore échappé à la spéculation et à la « crise financière » soit réintégrée dans l’Etablissement public de La Poste.

Pour le retrait du projet de loi Lagarde, pour la défense et la reconquête du service public national de La Poste

 Désolé il n'y a aucun sondage disponible actuellement.

 

Votre nom : (oblig.)
Votre email : (oblig.)
Site Web :
Sujet :
Message :
Vous mettre en copie (CC)
 

 

Gauchy/Tergal Industries,128 salariés sur le carreau- Mais que fait Xavier Bertrand ? (L’Union)

Gauchy/Tergal Industries,128 salariés sur le carreau- Mais que fait Xavier Bertrand ?  (L'Union) dans Divers

Les salariés ne savent plus à quel saint se vouer.

La décision du tribunal de commerce n’interviendra que lundi. Mais pour les salariés : tout est joué. L’entreprise est liquidée.

LES salariés de l’entreprise Tergal Industries de Gauchy se sont retrouvés une nouvelle fois devant les grilles du tribunal de grande instance vendredi matin. « Comme il y a un an », lance cette salariée à l’adresse des journalistes. Sauf que cette fois – même s’ils restent dignes – les salariés le savent bien : le sort en est jeté. Le PDG Alain Escat et le représentant du personnel Didier Besonhez sont convoqués à 10 h 30 dans la salle du tribunal de commerce.
Trois ans d’efforts pour maintenir l’usine en activité n’auront pas abouti. Un premier plan social mis en place en octobre 2008 qui a vu 3 (de leurs camarades débarqués n’aura pas suffi.
Situation dramatique
Pour les 128 salariés encore en activité, leur tour est venu. Les salariés s’étaient invités à la réunion du comité d’entreprise de la veille. Calmes mais déterminés. Ils sont amers de constater que l’on liquide une entreprise qui tourne, avec des stocks de matières premières et un carnet de commandes rempli. « L’outil de production est viable », soupirent-ils déçus.
« Trop propre pour être honnête »
Alors, certains ne le cachaient pas hier matin. Ils ont leur petite idée : si la direction a cédé sur une prime exceptionnelle – versée dès hier matin – c’est pour que les salariés malgré la situation tiennent leur engagement : laisser l’entreprise propre et l’outil de travail en état de marche. Avec à l’esprit la conviction que d’ici deux ou trois mois un repreneur se manifestera. Quelques dizaines d’anciens salariés espèrent être reprises. « Une usine gratos », « un procédé à la Bernard Tapie », « ils repartiront avec des fonds et des subventions » commente-t-on deci-delà. Le directeur s’est adressé au personnel dans la cour du Palais de justice à l’issue de l’audience. « Force est de constater qu’il n’y a plus de possibilité de continuer. L’entreprise perd beaucoup d’argent… » a-t-il lâché. Pour les salariés, le calendrier est presque bouclé. Deux ou trois jours encore d’activité, le temps d’écouler les stocks. Et puis ils passeront pour la dernière fois la grille de l’usine sous l’enseigne « Tergal Industries ». Les délégués syndicaux et membres du CE appellent à la solidarité et à la mobilisation. Kader Chigri, membre de la Fédération nationale était présent hier pour apporter son soutien aux salariés du Saint-Quentinois.
La CGT avait interpellé le président du Conseil régional Claude Gewerc lors de sa venue dans la ville du sénateur-maire Pierre André pour solliciter un appui dans la recherche d’un éventuel repreneur.
Des contacts ont été pris avec un cabinet spécialisé. L’espoir de voir l’activité de « Tergal Industries » se poursuivre est mort mais la volonté de croire en l’avenir anime encore les quelque 128 salariés sur le point d’être licenciés. En attendant ils demandent à recevoir leur part et n’entendent rien lâcher dans les négociations.
Graziella BASILE

 

Mais que fait Xavier Bertrand ?

 

Agrandir la photo

 dans Divers

La présence policière, hier matin, autour du palais de justice a surpris.

 

« Xavier Bertrand, on ne le voit pas, il nous envoie des policiers ». La réflexion fuse à l’issue de l’audience alors que les salariés accusent le coup. Des bannières syndicales, deux malheureuses banderoles accrochées aux grilles, quelques pétards et un klaxon. L’attirail déployé par les salariés de Tergal Industries pour se faire entendre sous les fenêtres du tribunal n’a rien d’un arsenal de casseurs et pourtant en face les policiers sont en nombre. Arrivant du centre-ville, cette élue syndicaliste nous alerte même sur la présence de quatre fourgons stationnés sur l’arrière de l’hôtel de ville. Peur de débordements ou tentative d’intimidation ? Venus en soutien de la région voisine, les salariés de Barelec d’Etreux sont présents eux aussi. L’entreprise est en redressement judiciaire et leur cas devait être débattu hier matin.
Deux gros dossiers de liquidation évoqués à la suite lors de la même audience, cela aurait sans doute pesé trop lourd dans la balance. La décision a été prise de repousser le dossier Baralec à l’audience de vendredi prochain. Soixante-quatre salariés sont là encore concernés. Affaire à suivre !
Graziella BASILE

 

Les organisations syndicales CFTC, CFDT, FO, Snics-FSU, SUD Santé, UNSA et CGT, rappellent leur opposition ferme et sans condition à la mise en place de l’ordre infirmier.

CGT – CFDT – CFTC – FO – SNICS FSU – SUD SANTE – UNSA

COMMUNIQUE COMMUN

Au moment où le Conseil National de l’Ordre Infirmier (CNOI) adresse aux professionnels un appel à inscription et à cotisation à la structure ordinale, les organisations syndicales CFTC, CFDT, FO, Snics-FSU, SUD Santé, UNSA et CGT réunies le 08 septembre 2009, rappellent leur opposition ferme et sans condition à la mise en place de l’ordre infirmier.

C’est pourquoi, l’intersyndicale appelle les infirmier(e)s à refuser l’ordre par un boycott de l’inscription et un boycott de la cotisation !

Fort de l’expérience de refus d’inscription de masseurs- kinésithérapeutes et de pédicures podologues face à la mise en place de structures ordinales pour leurs professions, le Conseil National de l’Ordre Infirmier a demandé au gouvernement d’intégrer un article à la Loi HPST pour organiser l’inscription automatique. Ce qu’il a obtenu dans l’article 63 qui stipule que « L’ordre national des infirmiers a un droit d’accès aux listes nominatives des infirmiers employés par les structures publiques et privées et peut en obtenir la communication. « Ces listes nominatives sont notamment utilisées pour procéder, dans des conditions fixées par décret, à l’inscription automatique des infirmiers au tableau tenu par l’ordre »

Un décret d’application rendra effective cette procédure. Le courrier adressé aux professionnels étant précipité, inapproprié, voire injustifié :

Nous appelons les salariés à ne pas retourner ce dossier intrusif et inquisiteur de 8 pages, ni les pièces réclamées et ce d’autant que le traitement des informations recueillies sera sous traité à une société extérieur au CNOI. Cet appel au non renvoi du dossier, se complète d’un appel au boycott de la cotisation !

L’intersyndicale :

-Organisera une conférence de presse la semaine prochaine

-Propose à ses structures la construction d’une initiative nationale avec une déclinaison locale, départementale voire régionale au cours du mois de septembre pour permettre aux salariés d’exprimer collectivement leur opposition à cette structure !

-A cette occasion les dossiers vierges recueillis par les intersyndicales locales et départementales pourraient être déposés aux DDASS ou aux ARH !

Les personnels :

-Ont besoin de moyens pour remplir leurs missions dans leur quotidien professionnel ;

-Réclament des effectifs supplémentaires pour améliorer les conditions de travail et les conditions de prise en charge des patients ;

-Réclament une revalorisation salariale qui reconnaisse leur qualification et leurs responsabilités !

Paris, le 9 septembre 2009

SNCF: La CGT s’ adresse aux citoyens et aux usagers !

Service Public ferroviaire : La CGT s’ adresse aux citoyens et aux usagers !

Usagers, Citoyens, Salariés,

Tous concernés !

Bonjour,

Depuis des années, vous subissez les conséquences des choix désastreux des gouvernements successifs et de la Direction SNCF concernant le Service Public ferroviaire. Guidées par la rentabilité financière, les politiques développées n’ont eu de cesse de dégrader le Service Public SNCF et donc, vos conditions de transport.

Malgré, les mobilisations sociales et citoyennes, les nombreuses alertes syndicales, les propositions alternatives avancées par la CGT, la « technostructure » qui, comme chacun sait, a toujours raison sur tout et contre tous, a poussé de nombreuses restructurations à la SNCF de façon incohérente, inadaptée et contre productive.

Des choix contraires au « Grenelle de l’Environnement » !

Le transport ferroviaire de marchandises est malheureusement un dossier emblématique des politiques libérales et de choix uniquement « comptables » pris par la Commission Européenne et le Gouvernement Français.

La rentabilité des Services Publics, ou pour la CGT leur efficacité socio économique, ne saurait se mesurer à leur compte de résultat. L’ouverture à la concurrence privée, si chère à nos dirigeants, a entrainé un déclin sans précédent du transport de marchandises par fer.

Aujourd’hui, la situation du fret ferroviaire est catastrophique.

Entre 2004 et 2008, la stratégie de la SNCF a conduit à fermer plus de 500 gares au fret et à mettre près de 2 millions de camions sur les routes.

Alors que le gouvernement, sous couvert de lutte contre le réchauffement climatique, tente d’instaurer une nouvelle contribution injuste pour les ménages appelée : « Taxe Carbone » et qui ne répond pas aux enjeux posés, la Direction SNCF avec l’aide de parlementaires UMP, souhaite réduire de 60% la technique ferroviaire fret appelée : « wagon isolé » ou messagerie ferroviaire. Le « wagon isolé », outil de collecte et d’assemblage de plusieurs wagons, est indispensable au développement économique et à l’aménagement du territoire, son développement et son efficacité sont les seules alternatives au tout routier.

Si les nouvelles propositions de la Direction SNCF vont à leur terme ce seront près de 2.5 millions de trajets camions supplémentaires sur le territoire national.

C’est un non sens économique et écologique !

La SNCF contribue  au chômage de masse!

Socialement, les politiques successives appliquées à l’ensemble de l’entreprise publique SNCF ont conduit à supprimer près de 20 000 emplois depuis 2002.

Et les prochaines mesures sur le Fret risquent de supprimer près de 6 000 emplois de cheminots.

Certes, ce véritable « plan social » se fait sans licenciement, mais le non remplacement des départs en retraite prive chaque année plus de 2500 jeunes d’un emploi.

Pour une entreprise publique de service public dont la production manque cruellement de personnel au quotidien, c’est inadmissible !

La suppression massive des effectifs à la SNCF contribue à dégrader les conditions de vie et de travail des cheminots et la qualité du service public de transport ferroviaire.

Cette démarche de « sabotage », à l’opposé de la réponse aux besoins des usagers, vise à faire des gains de productivité et à décrédibiliser le Service Public SNCF et les cheminots.

Le gouvernement préfère  sauver les banques !

De plus, le système ferroviaire français souffre d’un endettement majeur issu du désengagement de l’Etat, en particulier dans le cadre du financement des infrastructures (ligne TGV,…), ainsi que de sous investissements chroniques conduisant à un réseau fortement dégradé avec des milliers de Km de ralentissements.

Le gouvernement préfère pourtant offrir des centaines de milliards aux banques (dont on sait qu’ils ont permis, entre autres, de payer d’indécents bonus aux traders !!), plutôt que d’aider son entreprise publique de Service Public.

Au contraire, l’Etat a ponctionné 321 millions d’euros en 2 ans sur les comptes de la SNCF.

Vous qui vivez le transport ferroviaire au quotidien, vous savez bien que le manque de moyens se répercute directement sur le fonctionnement et la qualité du service.

 

Il n’y a pas de fatalité à la dégradation et à la casse du Service Public SNCF.

A l’instar de la mobilisation en cours contre la Privatisation de la Poste, il faut un véritable élan populaire pour regagner un véritable Service Public SNCF de qualité digne du 21e siècle.

Seule une entreprise publique de Service Public, dotée de réels moyens humains, matériels et financiers est capable de répondre aux besoins des populations.

La SNCF appartient à la Nation, ne laissons pas le Gouvernement et la Direction créer les conditions d’une future Privatisation.

L’intérêt général doit primer sur les intérêts particuliers d’entreprises privées obnubilées par le fric.

Tous ensemble,

cheminots, usagers, citoyens, salariés,  opposons-nous au démantèlement de la SNCF  et déclarons le transport ferroviaire de voyageurs et de marchandises d’utilité publique !

le 16 septembre 2009

Ouyapacours en lutte pour remplacer les profs absents- Par Marie d Ornellas-Rue89

| Sur toute sa scolarité, un enfant perdrait l’équivalent d’un an de cours en absences de professeurs non remplacés, d’après l’Inspection générale de l’Education nationale. Pour dénoncer cet état de fait, l’association de parents d’élèves FCPE a lancé mercredi le site Internet Ouyapacours. Qui pourrait bien réveiller la polémique sur les suppressions de postes d’enseignants.

Le principe est simple : les élèves ou leurs parents peuvent signaler les heures et jours de cours non assurés en raison de l’absence de l’enseignant. Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE, explique la démarche : « Nous ne cherchons pas à fliquer les professeurs. Leurs noms ne sont d’ailleurs pas donnés sur le site. Ils ont le droit d’être en congés maladie. C’est normal. »

Quel est donc le véritable objectif du site Ouyapacours ? « Plus que de prévenir des absences, nous dénonçons la politique gouvernementale d’abandon des remplacements et nous réclamons la transparence.

Ce site va nous permettre d’établir des listes de carence et chaque semaine, les fédérations départementales de la FCPE présenteront des cahiers de doléances aux inspections d’académie locales afin qu’ils nous proposent une solution. Car l’Etat se doit d’assurer les heures minimum de cours aux élèves. »

 A la FCPE Seine-et-Marne, où le site a été créé il y a déjà un an, le succès a été immédiat. En une journée, douze déclarations étaient enregistrées. Philippe Minetto, le secrétaire général, raconte : « Nous avons très rapidement reçu un appel du rectorat qui nous a demandé pourquoi on faisait cela. Ça les a dérangés. Depuis, à chaque réunion avec le recteur, nous demandons le nombre d’heures non assurées faute de remplacements. On nous dit que ces derniers nous seront transmis. Mais nous les attendons toujours.

» 10% des heures de cours non-assurées sur un an La FCPE Seine-et-Marne a donc mené son enquête. Sur une classe de quatrième du collège Nicolas Fouquet à Mormant, 10 % des heures de cours n’ont pas été assurées en un an : « La situation est dramatique.

Et encore nos chiffres ne représentent que la partie submergée de l’iceberg. Le rectorat connaît forcément le nombre d’heures mais il ne veut pas les communiquer. Car si ces chiffres étaient publiés, ils montreraient qu’il faut arrêter de supprimer des postes mais en créer. Le ministre veut faire la guerre au décrochage scolaire mais il faut d’abord y mettre les moyens humains et assurer les cours. En supprimant des postes, ils ont créé ce problème de carence. C’est l’avenir de nos gamins que l’on sacrifie avec cette politique. » Entre 2007 et 2010, plus de 50 000 postes auront été supprimés dans l’Education nationale.

Pour l’année 2009, 13 500 postes ont été supprimés dans le primaire et le secondaire. 16 000 le seront en 2010, comme l’avait annoncé Xavier Darcos, ancien ministre de l’Education, dans un article de La Tribune, le 24 juin 2009. Sauf que l’effectif des élèves augmente : 16 000 de plus au collège pour la rentrée 2009 et 17 000 en primaire. Par conséquent, une partie des remplaçants sont affectés aux postes supprimés. C’est la cas en Charente, où il n’y a plus de remplaçants disponibles, ou encore dans le Vaucluse, où ces derniers sont en carence dans cinq disciplines. Autre problème : les postes de remplaçants sont également visés par le grand nettoyage de l’Education nationale. En 2009, 3000 ont sauté dans le secondaire. « Nous ne voulons pas d’une garderie nationale »

Interpellé sur ces questions, Xavier Darcos avait envisagé la création d’une agence de remplacement dans le cadre d’un service minimum d’accueil. Le nouveau ministre, Luc Chatel, a laissé tomber l’idée. Pour Jean-Luc Hazan, la solution n’était de toute façon pas adéquate : « L’idée de cette agence était d’assurer l’accueil des élèves. Nous ne voulons pas d’une garderie nationale mais d’une éducation nationale. Un enseignant doit être remplacé par un enseignant. » Jean-Jacques Hazan s’insurge également contre des délais inégaux et trop longs : « Au primaire, un professeur des écoles est remplacé immédiatement. Mais au secondaire, l’Education nationale estime qu’une absence de moins de deux semaines n’est pas à recenser. A partir de trois semaines, on commence à se dire qu’il faudrait y songer.

C’est un scandale. Plus généralement, on veut nous faire croire que tout va bien, qu’il ne sert à rien de remplacer les absents. Et après on trouve anormal que nos jeunes trainent dans les rue. Nous ne pouvons pas accepter cette politique du gouvernement. »

Bataille contre la privatisation de la Poste : l’unité d’organisations ne devrait pas nuire au rassemblement pour gagner

L’aspiration à l’union, au rassemblement contre la politique du pouvoir part d’un constat.

Objectivement, les contre-réformes du gouvernement sont rejetées par une grande majorité des salariés, des retraités, des jeunes. Objectivement, chaque lutte, pour l’emploi, la sécurité sociale, les services publics… revêt de plus en plus un caractère d’intérêt général.

L’ampleur des grèves et des manifestations interprofessionnelles des 29 janvier et 19 mars ont fait la preuve de l’ampleur des possibilités de rassemblement et de leur force potentielle.

Cependant, elles n’ont pas mis en échec le gouvernement sur une seule de ses contre-réformes, comme cela s’était passé en novembre/décembre 95 ou plus récemment et plus modestement en 2006 contre le CPE.

Communistes, responsables du PCF, cette contradiction doit être notre préoccupation majeure, contribuer à en sortir, l’objectif de notre action. Cela en restant sur le terrain politique tout en étant nécessairement très attentif aux options syndicales.

La bataille contre la privatisation de La Poste rentre dans une nouvelle phase avec le nouveau projet de loi que le gouvernement veut faire voter avant la fin de l’année.

Les convergences d’intérêt autour de la défense de la Poste invitent à en faire un point de convergence des luttes :


- L’opposition massive des agents de La Poste à la privatisation qu’ils subissent directement, les nombreuses luttes locales des postiers sont autant de points d’appui.

- Du côté des usagers, des actions locales contre les conséquences de la privatisation, contre des fermetures ou « restructurations » de bureaux par exemple, font la démonstration de l’ampleur de l’opposition et des possibilités de la faire s’exprimer rapidement.

La privatisation de la Poste peut être à la hauteur de ce que représente ce service public dans le pays (également en termes d’emploi et de référence sociale – relative).

- La défense de La Poste va aussi de pair avec la lutte pour tous les services publics qui sont l’objet de la même politique de privatisation.

Le pouvoir sarkozyste s’en est bien rendu compte de la capacité de développement et d’entraînement d’une bataille comme celle de La Poste. Il a soigneusement repoussé l’examen du projet de loi de 6 mois pour qu’il ne coïncide pas avec les mobilisations du début de l’année.

L’existence objective de convergences d’intérêt ne débouche pas automatiquement sur une convergence de lutte ! Sur la Poste comme sur le reste. Nous ne le découvrons pas !


En 2004, il n’y a pas eu de mouvement national d’importance, malgré quelques actions locales notamment partant des rangs du PCF, contre la précédente loi de privatisation de La Poste, celle qui a livré le courrier au dessus de 50g au marché privé et transformé en Banque postale de statut privé les services financiers.

En 2004, il n’y a eu aucune impulsion politique, une absence globale de bataille sur le fond et même un refus de l’engager. On notera que depuis cette date, la crise « financière » a rendu plus évident le danger du processus de privatisation des services financiers de La Poste.

Quelle action en 2009 ?


De multiples actions locales ont été engagées depuis le début de l’année, en particulier à l’initiative ou avec le soutien d’organisations du PCF.

Au plan national, un « Comité national de mobilisation contre la privatisation de la Poste » s’est créé, unissant des dizaines d’organisations, syndicales, associatives, dont, parmi les partis politiques, le NPA, le PS, les Verts…

Ce n’est pas méchanceté que de constater qu’y figurent des dizaines de groupuscules qui tirent la preuve de leur existence de l’apparition de leur sigle sur d’interminables listes de signataires d’appels « unitaires ».  et que le cadre unitaire leur permet de prétendre représenter la mobilisation des autres.

La direction du PCF semble vouloir s’inscrire nationalement dans ce cadre.

Des propositions et initiatives sont avancées autour d’un appel demandant un « référendum » sur l’avenir de la Poste. « Enfin quelque chose ! » se disent les militants qui en ont assez des occasions de lutte manquées. Mais quoi ?

Faute de clarté sur le fond, cette unité d’organisations risque d’être aussi inefficace contre la nouvelle loi de privatisation qu’en 2004.

Par son l’absence de clarté sur le fond, cette unité d’organisations sur un thème de mobilisation important, cautionne des regroupements et des alliances politiciennes à « gauche » à l’avenir. Est-ce l’objectif?

En tout état de cause, le PCF et les militants communistes ne doivent pas se laisser effacer mais s’exprimer en tant que tels et mettre en avant les aspects fondamentaux de la bataille idéologique. C’est indispensable pour contribuer à la victoire de la lutte.

Mesurons le contenu et la gravité du nouveau projet de loi contre La Poste:

Le texte comprend deux dispositions principales qui accélèrent le processus de privatisation :

a-      la transposition de la 3ème directive européenne de marchandisation du courrier.

La distribution du courrier serait entièrement mise en concurrence en France à compter du 1er janvier 2011, y compris celles des lettres de moins de 50 grammes qui relève toujours pour l’heure du monopole de La Poste.

Pour rappel, la 2ème directive a été transposée en 2004 et la 1ère en 1999 par la « gauche plurielle » (loi Voynet).

b-     le passage de La Poste sous le statut de société anonyme.

La voie de l’ouverture du capital, c’est-à-dire la privatisation partielle, puis de la privatisation totale, au sens propre du transfert de propriété du public au privé, sera ouverte.

La disposition du projet de loi précisant que le capital restera dans les mains de l’Etat ou de « personnes morales appartenant au service public » ne doit pas faire illusion. Elle sera beaucoup plus facile à lever que le statut d’établissement public, quand ce sera mûr.

Rappelons que le précédent changement de statut, première grande étape du processus de privatisation, remonte à la loi Quilès de 1990, du nom du ministre socialiste qui a cassé l’administration des PTT, fait de la Poste un établissement commercial et qui a sorti les fonctionnaires de La Poste de la fonction publique d’Etat.

On le voit, le nouveau projet de loi s’inscrit dans une continuité. La privatisation de la Poste est un processus.

On le voit, la « gauche », derrière le PS, a participé, à Paris comme à Bruxelles, avec zèle, à la mise en œuvre de ce processus. Et encore, nous n’évoquons pas France Telecom ou l’action des socio-démocrates dans les autres pays…

En ce qui concerne la Banque Postale, on retrouve le même processus avec la création par la « Gauche plurielle » de la filiale Efiposte en 1999, l’embryon de la banque.

Tout le monde peut changer d’avis ! Mais les positions de la « gauche » qui approuve les directives européennes de mise en concurrence, qui les a votées et mises en œuvre sont inconciliables avec la bataille contre la privatisation.

Aucune mobilisation « unitaire » ne peut se construire sans une mise au clair.


Il y va de la crédibilité parmi les postiers, les militants syndicalistes qui ont combattu hier comme aujourd’hui la privatisation.

Il y va de la crédibilité face au pouvoir sarkozyste qui justifie le changement de statut par les directives européennes et se défend de vouloir privatiser.

Le « Comité national unitaire » ne fait rien pour retrouver cette crédibilité.

Revendiquer un « référendum » pour esquiver le fond de la bataille ?

Le « Comité national unitaire » développe une proposition phare : la tenue d’un « référendum d’initiative populaire sur l’avenir de La Poste ». Cette demande reflète l’ensemble de sa démarche.

Sous couvert de « donner la parole au peuple », n’est-ce pas un moyen de s’abstenir de se prononcer soi-même sur ce qui fâche mais qui est essentiel?

1- D’abord, ce référendum n’a strictement aucune chance d’avoir lieu, quand bien même la proposition serait opportune et largement reprise dans la population.

La loi organique, suivant la modification constitutionnelle de 2008, encadrant ce type de référendum n’a pas été votée. Et en tout état de cause, la nouvelle disposition constitutionnelle exige que 10% du corps électoral, 4,4 millions de citoyens, soutiennent la demande de référendum. En trois mois…  Par ailleurs, on se demande pourquoi faire de la publicité aux modifications constitutionnelles de juillet 2008 qui ont renforcé la dérive présidentielle du régime.

2- Ensuite, quelle question pose le « Comité unitaire » avec son référendum ? « Pour ou contre la privatisation ». C’est si général que tout le monde peut s’y retrouver, comme dans les formulations du Comité demandant un service public « maintenu, modernisé et rénové afin de répondre aux besoins ».

Sarkozy ne prétend-il pas lui-même que la privatisation ne saurait être à l’ordre du jour. Au sens précis du transfert de propriété, sa loi ne privatise pas, même si elle fait tout dans ce sens.

Quant à ceux qui, « à gauche », ont préparé la privatisation de leur côté et partagent l’idéologie du marché « libéré », la formule leur permet de se dérober, de se ranger du bon côté, sans frais et sans sortir du consensus « européen ».

Les différends fondamentaux sont gommés. Mais la bataille essentielle contre l’application de la « concurrence libre et non faussée » qui conduit à la privatisation est ignorée.

Si l’on voulait demander un référendum qui amène le vrai débat : demandons la renationalisation intégrale de GDF et de EDF et leur fusion!

3- Enfin, inviter à un référendum, faire voter dans des urnes fictives, comme le Comité propose de le faire, c’est indiquer à l’opinion une seule perspective: les échéances électorales, une alternance à « gauche » en 2012, en passant par les régionales et avec les alliances adéquates. En 2012, le projet du gouvernement contre la Poste sera adopté depuis longtemps si la lutte ne rassemble pas maintenant pour y faire échec. Et sans les luttes, il n’y aura rien à attendre en 2012 !

Affirmer l’analyse communiste dans la bataille de La Poste !

Les communistes sont profondément unitaires dans la mesure où l’unité, pour une lutte précise, comme pour l’alternative politique, est de nature à élargir et renforcer le rassemblement de ceux qui ont objectivement intérêt à les gagner. Mais évidemment, nous ne recherchons pas l’unité pour l’unité.

Pour les communistes, ce serait un contresens de se fondre dans la démarche et l’esprit du « Comité national ». Notre but ne peut être que de tout faire pour contribuer à faire reculer le gouvernement. Y compris dans un cadre unitaire, nous n’avons pas à nous rallier au plus petit dénominateur commun. On sait comment cette position a déconsidéré le PCF pendant la « gauche plurielle ».

Aussi les communistes doivent-ils avoir leurs propres initiatives et dans les rendez-vous unitaires, comme ceux organisés le 3 octobre, bien souvent par des municipalités communistes d’ailleurs ou des organisations locales, à l’appel du « Comité national », mettre en avant les analyses qu’ils jugent efficaces dans la lutte idéologique.

Des axes de lutte indispensables :

1- L’objectif immédiat de la bataille pour La Poste est la mise en échec, le retrait, du projet de loi du gouvernement portant le changement de statut et la mise en concurrence intégrale.

C’est la condition pour commencer à inverser le processus de privatisation.

C’est le point de convergence pour donner plus d’efficacité à l’ensemble des luttes contre les effets de la privatisation de La Poste. Une victoire ouvrirait une perspective à l’ensemble de ceux qui combattent la politique au service du Medef.

(Il est amusant de constater comment certains de ceux qui croient dur comme fer dans leur référendum n’imaginent pas mettre le gouvernement en échec sur le projet de loi…)

Les initiatives de lutte doivent correspondre à cet objectif : pourquoi pas une pétition nationale unitaire pour le retrait de la loi ? Un objectif précis et crédible, des explications complètes contre le processus de privatisation, pas d’ambiguïté sur la forme d’action (lutte/vote).

2- On ne pourra pas mettre en échec le projet de loi et la privatisation sans s’attaquer à leur justification : l’installation de la concurrence. La concurrence, dont les effets sont connus et analysés, détruit les grands services publics nationalisés de « réseau » (transports, énergie, poste…) et leurs principes d’égalité, d’accès à tous, de péréquation tarifaire…

On doit être logique et cohérent.

Refuser la concurrence dans ces activités fondamentales à la réponse de tous et au développement du pays, c’est rejeter les directives européennes qui les organisent et les prétextent.

Rejeter les directives européennes, c’est refuser la fatalité de leur application dans notre pays. Des rapports de force existent au niveau national : des majorités refusent les lois de la concurrence, leurs conséquences, leurs aberrations (imaginons deux boîtes aux lettres de deux compagnies différentes côte-à-côte !). Ce n’est pas de Bruxelles ou de Strasbourg, irresponsables devant les peuples, acquis à 90% au Traité de Lisbonne qu’il faut laisser l’illusion qu’un changement pourrait venir.

Refuser la concurrence, c’est aussi choisir une alternative qui a fait ses preuves, la nommer et la défendre en positif : les monopoles publics à défendre et reconquérir pour une amélioration et une « modernisation » du service public.


« Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité. », l’alinéa 8 du préambule de la constitution de 1946, issue du programme du Conseil national de la Résistance et de son analyse de l’avant-guerre, est plus actuel. Nombreux sont ceux qui y font référence : qu’ils soient conséquents !

3- La question des services financiers de La Poste et de la Banque postale est à mettre en avant au même niveau. C’est la seule banque qui a échappé aux pertes de la « crise financière », grâce à son origine publique. Mais la logique de privatisation s’accentue rapidement avec l’annonce d’investissements financiers à l’étranger, une dérive spéculative, notamment dans les produits d’épargne, un recul rapide des services aux usagers…

L’avenir des services financiers de La Poste est une question d’intérêt national en elle-même, entièrement liée à celle de l’ensemble de La Poste (ex : l’avenir des bureaux).

La proposition du PCF de constituer un « pôle public financier » n’aurait pas de sens si elle ne partait pas de la bataille pour la défense et la reconquête des institutions financières publiques existantes. On a vu comment la casse des statuts des Caisses d’épargne, la privatisation de 40% de la Caisse des dépôts, etc… pendant la « gauche plurielle » l’ont décrédibilisée.

En termes d’orientation de l’épargne populaire, d’accès à tous aux services bancaires, de limitation des excès des banques privées, La Poste a un rôle majeur à jouer, dans la perspective de renationalisation des banques.

Pour stopper la dérive de la Banque Postale, il faut mettre fin à son statut privé de la Banque postale, qui préfigure celui de l’ensemble de La Poste. Avançons l’idée d’une campagne pour la réintégration de la Banque postale dans l’Etablissement public, préservant l’unicité de l’entreprise !

 

Communistes, nous devons être à l’offensive pratique et idéologique sur toutes ces questions. Ne laissons pas un cadre unitaire effacer un peu plus notre parti pour anticiper différents scénarios de recomposition politique institutionnelle !

Le PCF a une place particulière dans ce pays, indispensable, pour contribuer à créer les fronts de lutte qui gagnent contre la politique au service du capital.

Emmanuel Dang Tran

Membre du Conseil National du PCF

Réseau « Faire vivre et renforcer le PCF »

« L’affaire du Corbeau » par Jacques Cros

Je te croa ! 

Pot-pourri au Royaume du Danemark 

 

Un mal qui répand la misère, 

Mal qu’un système en fin de course rendait chaque jour plus aigu, 

La crise, puisqu’il faut l’appeler par son nom, 

Capable d’enrichir toujours plus les patrons, 

Faisait au genre humain la guerre ! 

Encore que, en matière de guerre, 

On ne dit pas assez des autres qui menacent ! 

Chez les petites gens on n’en voyait point 

D’occuper à chercher un emploi ou un toit. 

Certains qui autrefois chantaient, 

Venaient chez leur voisine 

Y crier leur famine. 

Tout en haut de l’échelle, sur un tas de cadavres, 

Ceux de licenciés, précarisés, marginalisés, désespérés, 

S’engraissaient des vautours, trop heureux de la crise. 

Situation à ce point détestable 

Qu’un futur pensionnaire des « Petites maisons » 

Crut bon d’envoyer à diverses personnes 

Des lettres de menaces, le tout accompagné de balles de vil plomb. 

Maître Profit à l’Elysée perché, trop heureux de l’aubaine, 

Par l’affaire alléché, tenait ainsi entre ses mains 

De prétendus corbeaux. 

Un flic assez peu clair, prouva par ses méthodes 

Qu’il fallait inculper ces funestes oiseaux, 

Et condamner enfin ces maudits volatiles ! 

Ces corbeaux de malheur d’où venait tout le mal. 

 « Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? » 

Fut-il signifié à ces mauvais augures ! 

On eut beau, chez ceux-ci, alléguer 

Que rien n’était plus pur que le fond de leur cœur, 

Il leur fut répondu « Vous le troublez, on me l’a dit, 

Il faut que je me venge ! » 

On était à ce point prêt à l’autodafé, 

Jugeant un cas pendable la lèse-majesté, 

Quand du pied des Cévennes, vint le cri salvateur. 

Le futur pensionnaire des « Petites maisons », avoua son forfait. 

Ainsi ces oiseaux noirs étaient en fait tout blancs. 

Hélas, contrairement à l’attente de tous, 

Il ne nous fut pas dit qu’en haut lieu 

On était, ainsi que le corbeau, confus et plus encore honteux ! 

Non, non, on était, c’est acquis, prêt à recommencer ! 

Quant aux édiles qui… Mais de qui parlez-vous ? 

Aux abonnés absents ils répondent « présents » ! 

 

Jacques Cros 

L’exemple de « Die Linke » : ni transposable, ni souhaitable en France.

Janvier 2008 

Des élections régionales avaient lieu dimanche 27 janvier en Hesse et en Basse-Saxe. Pour la première fois depuis plus de 50 ans, des candidats s’affichant à gauche du Parti social-démocrate (SPD) ont été élus à ces deux parlements régionaux de l’ouest de l’Allemagne, comme cela avait déjà été le cas en mai dans la ville-région de Brême. Les listes conduites par le nouveau parti « die Linke », « la gauche », ont dépassé le seuil des 5%. Ces résultats modifient incontestablement la donne politique et ouvrent de nouvelles perspectives à la gauche « anticapitaliste » allemande, notamment des régions de l’ex-RFA, qui s’est investie dans la campagne de « die Linke ». Communistes français, nous nous en félicitons et saluons particulièrement l’élection en Basse-Saxe de Cristel Wegner, membre du parti communiste allemand (DKP).

Pour autant la situation de nos camarades allemands n’est pas la nôtre et le « modèle allemand » de « die Linke » vanté par certains en France ne nous paraît ni adaptable, ni souhaitable dans notre pays. Les travailleurs français n’ont pas besoin d’un nouveau parti social-démocrate, même estampillé « de gauche ». 

Pour le montrer, nous revenons, dans les lignes qui suivent, sur les origines spécifiques, les orientations et les perspectives de « die Linke ».


Le parti « die Linke », « La Gauche », a été officiellement constitué en Allemagne le 17 juin. Ce baptême a suscité l’engouement de certaines personnalités françaises qui y voient un nouveau modèle de recomposition politique « à gauche du PS » applicable à la France après l’essai des « collectifs antilibéraux ».

De nombreux dirigeants du PCF affichent leur enthousiasme. Dans son rapport au Conseil national du PCF du 22 juin, Marie-George Buffet érige le scénario allemand en premier exemple parmi les « idées émises pour examiner sans tabou, ni a priori l’avenir du PCF » : « décider la création d’un nouveau parti, de le dépasser pour en fonder un avec d’autres à l’exemple de Die Linke… ».  

Cherche-t-on à influencer le débat des communistes français avant le congrès de la fin de l’année à partir d’un exemple étranger méconnu et présenté de façon flatteuse ? Une « expérimentation » possible de nouvelle forme politique comme la direction du PCF a tenté de l’imposer dans le texte du mandat de l’assemblée extraordinaire de décembre ? C’est évident. Cela nous invite à nous intéresser plus précisément à cette expérience allemande. Disons-le de suite : elle n’est pas transposable en France et inacceptable pour les communistes français qui entendent le rester.

Un mariage déséquilibré.

Le nouveau parti se présente comme le résultat d’un processus, entamé depuis deux ans et marqué par des candidatures communes aux élections législatives d’octobre 2005, de fusion entre le Parti du socialisme démocratique (PDS) et de « l’Alternative électorale pour la justice sociale » (WASG). La disproportion entre les deux acteurs invite plutôt à parler de transformation du PDS en « die Linke » au moyen de la WASG.  

La WASG est un amalgame récent, créé seulement en 2004, de sociaux démocrates en rupture avec le SPD, de militants d’extrême gauche, d’altermondialistes, de responsables syndicaux… Il comptait autour de 11000 adhérents, dont plusieurs milliers ont refusé de rejoindre le nouveau parti. Comme son nom l’indique, la raison d’être d’origine était électorale. Dans le nouvel ensemble, la WAGS présente notamment deux caractéristiques : être une organisation de l’ouest, n’avoir aucune racine communiste. Mais son identité est peu définie. Pour l’immense majorité de l’opinion publique, ce conjoint du mariage est identifié à son leader, Oskar Lafontaine qui l’avait rejoint en 2005. Homme politique de premier plan, Lafontaine a été, entre autres, président du parti social-démocrate (SPD) de 1995 à 1999 et ministre des finances en 98 et 99 jusqu’à sa démission du gouvernement pour désaccord politique avec l’orientation social-libérale de Schröder. Positionné à l’aile gauche de la social-démocratie mais personnalité médiatique déroutante, Lafontaine a défrayé la chronique en 2005 par une sortie détonante affirmant que « l’Etat doit empêcher que des pères ou mères de famille ne deviennent chômeurs parce que des travailleurs étrangers leur prennent leurs places de travail avec des salaires plus bas ». Il a récidivé en septembre 2007 en se prononçant pour une « allocation pour les femmes aux foyers ».

Il est aujourd’hui l’un deux co-présidents de die Linke.

L’autre composante d’origine de die Linke est le PDS. Au moment de la fusion, il compte 60000 adhérents, principalement à l’est. Le PDS est issu de la transformation en 1990 du Parti socialiste unifié (SED) – parti au pouvoir (mais non parti unique) en RDA. Le SED était né en 1946 de la fusion dans la zone d’occupation soviétique de parti communiste d’Allemagne (KPD) et du parti social-démocrate. Le PDS représente donc un partenaire historique naturel du PCF.

A l’ouest, le parti communiste KPD a continué d’exister avant d’être interdit par le pouvoir de la RFA en 1956 et de renaître officiellement, après une période de clandestinité, en 1968 sous le nom de Parti communiste allemand (DKP). Le DKP, parti communiste se revendiquant comme tel, ne s’est pas fondu dans « die Linke ».

Le PDS porte (portait) donc une partie du riche héritage historique du mouvement ouvrier allemand et de l’expérience de construction du socialisme sur le sol allemand à l’est. Successeur d’un parti au pouvoir pendant 50 ans, il est marqué aussi par une culture administrative sinon gestionnaire plus que par une culture de lutte. Paradoxalement, l’anticommunisme d’Etat de la RFA, l’ostracisme et la répression qu’elle a appliqués à l’encontre des anciens cadres de la RDA, ont rendu impossible le recyclage, notamment vers le SPD, même des plus « réformateurs » d’entre eux, à l’opposé de ce qui a pu se passer dans d’autres pays de l’est. Certains se retrouvent au PDS.

Le PDS a acquis et conservé jusqu’à présent une forte influence dans les régions de l’ancienne RDA, avec des résultats électoraux très souvent supérieurs à 20%. Il est apparu pour beaucoup comme le seul parti susceptible de porter la colère et les revendications de nombreux citoyens de l’est. 17 ans après l’annexion par la RFA, ils subissent toujours des salaires inférieurs de 20% et un taux chômage largement supérieur à ceux de l’ouest. Donnée méconnue, la diminution de 15% de la population de ces régions par rapport à l’ancienne RDA illustre les aspects économiques dévastateurs de la « réunification ». Cette influence fait du PDS un parti d’élus : plus de 6000, 10% de ses effectifs.

A l’ouest, le PDS a progressé régulièrement mais lentement atteignant 1% des voix, localement plus et quelques milliers d’adhérents venant principalement de la gauche anticapitaliste et/ou pacifiste, souvent en décalage avec les directions de l’est.

La direction du PDS s’est trouvée confrontée à une contradiction. Seule son implantation régionale à l’est lui a donné un statut de parti national mais dans le même temps, à son corps défendant, elle le limite et l’identifie à un passé, à une option politique dont elle cherche obstinément à se dégager.

L’aboutissement du processus de mutation-disparition du PDS.

L’histoire des 17 ans d’existence du PDS est celle d’une mutation impulsée et imposée par son groupe dirigeant pour passer d’un parti marxiste-léniniste à un parti « de gauche », en fait ouvertement social-démocrate.

La transformation du SED en PDS a eu lieu en 1990 en plein effondrement de la RDA, quelques mois après la chute du Mur de Berlin. La plus grande partie de la direction du SED est alors disqualifiée ou a perdu pied. Le parti connaît une hémorragie des adhérents du « parti-Etat ». Il est même question d’une dissolution pure et simple du SED. Les adhérents de conviction, les communistes sont sous le choc, en plein désarroi.

Dans ce contexte, le courant le plus réformiste, gorbatchévien, parvient à l’emporter et prend une place prépondérante dans la direction du nouveau parti. Après avoir pris le contrôle de l’appareil, il ne la lâchera pas. Dès ce moment, sa figure de proue est l’avocat Gregor Gysi, qui devient alors la véritable coqueluche des media de la nouvelle RFA.

Gysi est désormais l’autre coprésident de « die Linke ».

Dès le départ, les statuts et objectifs du PDS ne sont pas ceux d’un parti révolutionnaire et communiste. Mais l’héritage du SED, les repères idéologiques de la plupart de ses adhérents « de base », les premiers combats pour défendre les citoyens de l’est et les acquis de la RDA, la stigmatisation systématique par les autorités et partis de la RFA, maintiennent de fait dans l’opinion une identification communiste.

C’est surtout après la phase de consolidation électorale (de 4 à 5,1% nationalement entre 1994 et 2002), que se manifestent plus clairement l’orientation réformiste et la première préoccupation stratégique de l’équipe dirigeante : l’intégration dans la vie politicienne institutionnelle de la RFA et ses jeux d’alliance. Elle multiplie les gages de rupture avec tout héritage « communiste » pour se conformer aux normes « démocratiques » de la RFA, devenue toute l’Allemagne.

Révélateur de cette évolution, en 2000, la direction a tenté de faire valider le soutien, au cas par cas, d’interventions militaires allemandes à l’étranger. Les délégués du congrès de Münster avaient alors mis en échec cette résolution soulignant le décalage entre direction et base du parti. Une anecdote significative : en 2002, trois députés qui avait déployé une petite banderole « Mr Bush – Stop The War » à l’occasion d’un discours de Bush devant le Bundestag ont été désavoués par la direction du Parti qui s’est excusée directement auprès de Bush.

Gérer le capitalisme mieux que les autres ?

Cette ligne réformatrice modérée a trouvé sa pleine réalisation à partir de 2002 avec la participation du PDS à deux gouvernements régionaux en coalition avec la social-démocratie dans le Mecklembourg et à Berlin. Le bilan est éloquent. La majorité de « gauche », SPD-PDS à Berlin réussit ce que la coalition droite-SPD n’avait pas osé faire : forte augmentation des impôts locaux, privatisation de milliers de logements sociaux, autorisation de l’ouverture des commerces 24 heures sur 24, suppression de milliers de postes de fonctionnaires, réduction de leurs droits d’intervention dans les organismes paritaires… et cerise sur le gâteau : accord donné à la destruction du Palais de la République (de la RDA) et à la reconstruction à sa place du palais des Hohenzollern. La députée et dirigeante berlinoise du PDS, maintenant de « die Linke », Petra Pau, a bien résumé les choses en déclarant en 2005 : « nous avons fait la preuve à Berlin que nous étions capables d’administrer le capitalisme et même mieux que d’autres ». Cette démonstration d’assimilation au système politique (ouest)-allemand n’a pas convaincu les électeurs. Aux élections régionales de l’automne 2006, le résultat du PDS berlinois a fondu de 22,6 à 13,4%. La direction du parti n’en a pas moins décidé de poursuivre sa cogestion avec le SPD (au Mecklembourg, le SPD a préféré s’allier avec la droite).

Le cas berlinois n’est pas une anomalie. La présence dans les institutions, au plan national maintenant, est plus que jamais au centre de la stratégie de la direction de l’ex-PDS. Elle a motivé le processus de transformation étalée sur deux ans depuis 2005 en « die Linke » en passant par l’étape intermédiaire du « Linkspartei-PDS » (changement de nom du PDS en « parti de la gauche »). « Die Linke » répond à l’objectif de rupture avec l’héritage et peut-être surtout l’image d’héritier du socialisme de l’est, tout en essayant de conserver le capital électoral dans ces régions, pour devenir un parti de gouvernement de toute la RFA.

Cette aspiration a rencontré la volonté de Lafontaine de se remettre en selle nationalement mais aussi celle de milliers de progressistes ouest-allemands qui n’en finissent plus d’être dégoûtés par le SPD.

Premiers succès (et déboires) électoraux

Les circonstances politiques sont particulièrement favorables au nouveau parti. Le gouvernement SPD-Verts de Schröder a été battu aux législatives de fin 2005 après avoir mené une politique violemment antisociale. Depuis, faute de majorité absolue, le SPD participe, dans le cadre d’une « grande coalition », au gouvernement de Angela Merkel qui poursuit et aggrave la même politique. Le SPD laisse beaucoup de terrain à gauche. « Die Linke » peut aussi espérer servir de débouché électoral (pas forcément politique) aux très fortes mobilisations des salariés, ces dernières années contre le programme de casse sociale appelé « Hartz 4 » (augmentation du temps de travail, démantèlement des retraites…). Cela a commencé à se vérifier.

L’alliance électorale PDS-WAGS a obtenu 8,7% aux élections générales de fin 2005, score qui a créé l’événement. Les élections dans la ville-région de Brême au printemps 2007 ont confirmé le résultat de 2005 avec 8,4% avant les résultats du 27 janvier 2008 en Hesse et Basse-Saxe. Mais le résultat déjà mentionné de Berlin en 2006 entre temps ternit le tableau, d’autant plus qu’il correspond à une sanction de la ligne défendue par la plupart des dirigeants du Parti.

Quel espace peut occuper « die Linke »? Peut-elle jouer un autre rôle que celui prévu de deuxième parti social-démocrate, « de gauche »?

Pour des raisons historiques connues, il n’y a pas en Allemagne capitaliste, depuis l’après-guerre, de parti anticapitaliste de classe et de lutte, ayant atteint une représentation significative dans la vie politique nationale. « Die Linke » peut-il le devenir ?

Certains en ont l’espoir comptant sur une dynamique populaire nouvelle, issue du mouvement social, susceptible de dépasser les objectifs des fondateurs du parti. En tout état de cause, « die Linke » constitue un nouveau cadre politique dont les communistes et l’ensemble des militants « anticapitalistes » doivent tenir compte, à l’image de nos camarades du DKP.

La montée de dissensions entre Lafontaine et les ex-dirigeants du PDS fait partie des éléments imprévisibles. Paradoxalement, Lafontaine affiche des positions beaucoup plus radicalement critiques vis-à-vis de son ancien parti le SPD, notamment en matière sociale et beaucoup nettement anti-impérialistes en matière de politique extérieure (visite à Cuba – contre les interventions allemandes à l’étranger…).

Enfin, même peu organisés et largement évincés des directions, il reste beaucoup d’adhérents de l’ex-PDS, issus du SED, fortement attachés au socialisme et se revendiquant communistes. Dès les années 90, le décalage entre direction et élus d’une part, base des adhérents de l’autre a été souligné par tous les observateurs. Les évolutions du PDS ont suscité des oppositions internes. En 2000, au congrès de Münster, la direction du PDS avait été mise en échec dans sa tentative de faire valider le soutien aux interventions militaires allemandes à l’étranger (sous mandat de l’ONU). Au sein du PDS, plusieurs « plateformes » (tendances), qui se réclament du marxisme et du communisme, se sont opposées à la fusion-transformation en « die Linke », se prononçant pour de simples alliances électorales avec l’ex-WAGS. Elles se sont toutefois intégrées dans « die Linke ». Par ailleurs, les dizaines de milliers d’adhérents qui se sont détournés ou ont été écartés du PDS depuis 10 ans (la moitié des effectifs) resteront-ils sur la touche ?

Quelle capacité peuvent avoir ces forces, dans le contexte de la situation sociale, pour influer sur le cours futur de « die Linke » ? Nous n’avons pas les éléments pour répondre à cette question.

Mais ce qu’il ne fait pas de doutes, c’est que « die Linke » a été conçu comme un deuxième parti social-démocrate « de gauche » et que c’est la volonté de ses dirigeants actuels de le faire exister comme cela dans la suite de leurs options antérieures.

Les textes du congrès fondateur abondent des notions asexuées de « gauche » et d’« antilibéralisme ». Ils portent indiscutablement des orientations réformistes dans la prolongation des positions du PDS. Au-delà d’un vaste catalogue de réformes sociales, les axes programmatiques adoptés définissent un « socialisme démocratique » qui s’accommode de la propriété capitaliste de l’économie, éventuellement régulée. On retrouve la notion que nous avons appris à connaître avec la « Mutation » du PCF de « dépassement », dépassement du capitalisme, dépassement de la logique du profit, dépassement de l’OTAN : le dépassement qui implique l’acceptation. Ce programme d’aménagement du capitalisme est parfaitement compatible avec l’objectif prioritaire : la collaboration à un gouvernement dominé par le SPD. L’expérience berlinoise l’illustre. Ce qui va se passer en Hesse où le SPD (prétendument dominé par son aile gauche dans cette région)  peut avoir besoin des élus de « die Linke » pour former sa majorité sera intéressant à suivre comme confirmation ou contrepoint.

Les repères historiques affichés par les dirigeants de die « Linke » sont également assez éloquents. Lafontaine, social-démocrate lui-même, a réussi au congrès fondateur de juin un amalgame détonnant en associant dans son panthéon personnel Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, les fondateurs du Parti communiste allemand, sauvagement assassinés en 1919 sous la consigne du ministre social-démocrate Noske, à Willy Brandt, chancelier social-démocrate de la RFA dans les années 70, président de l’internationale socialiste de 1976 à sa mort. Pour leur part, Gysi et Bisky, ex-président du PDS, viennent de faire le choix d’honorer le 15 janvier dernier tout en même temps Luxemburg et Liebknecht à l’occasion de l’anniversaire de leur assassinat et « les victimes du stalinisme ».

Bisky a été désigné président du « Parti de la gauche européenne » au congrès de novembre. Communistes français, nous retombons en terrain de connaissance. Nous avons eu maintes fois l’occasion de dénoncer le PGE, promoteur de l’intégration européen et financé par la Commission européenne pour cela. Bisky a succédé à l’Italien Bertinotti dont le parti a participé jusqu’au bout au gouvernement centriste de Prodi, malgré la politique de casse des retraites et de soutien aux USA en Afghanistan et qui tente aujourd’hui de créer un nouveau « parti de la gauche » en Italie. « Gauche européenne », « gauche italienne », « gauche allemande », « gauche française » demain ? Comme MG Buffet en juin, c’est ce que Francis Wurtz préconise. « La gauche sera européenne ou ne sera pas » s’est-il envolé dans son discours comme invité au congrès fondateur de « die Linke ».

Quelles que soient les incertitudes sur le devenir de « die Linke », l’objectif de sa création est clair et la mise en avant comme modèle de cette expérience par les dirigeants français correspond étroitement à leur objectif de sabordage du PCF et de transformation en « chose de gauche », tournant le dos à l’identité révolutionnaire et communiste de notre parti. Communistes résolument déterminés à mettre en échec cette perspective, nous serons amenés probablement à éclairer et dénoncer la réalité du « modèle allemand » et des intentions qu’il porte.

L’exemple de « die Linke » n’est absolument pas souhaitable pour les communistes français. Une transposition n’est pas non plus crédible en France.

Les conditions politiques du moment ne sont pas du tout les mêmes.

Le PS, malgré les avances de Sarkozy, ne participe pas au gouvernement. Même si ses positions sont aussi socio-libérales que celles du SPD, il reste largement identifié comme un parti de « gauche ».

La personnalité, le courant du PS susceptible de jouer le rôle incarné par Lafontaine n’existe pas. Toujours à l’affût, Mélanchon (comme d’ailleurs la créature médiatique Autain) s’est montré à Berlin au congrès fondateur de « die Linke ». Mais l’ex-secrétaire d’Etat de Jospin, issu du PT, ne compte guère de divisions. Pas plus que l’ex rocardienne Lienemann.  Emmanuelli à peine plus. Quant à Fabius, son passé n’est pas vraiment marqué « à gauche ». Ces derniers ont compris d’emblée qu’ils avaient tout à perdre à quitter le PS pour rejoindre un PCF très affaibli mais encore très encombrant politiquement pour eux.

C’est bien là que réside l’impossibilité structurelle d’un scénario à l’allemande. Le PCF n’est pas le PDS. Il ne dispose plus de positions électorales locales prédominantes mais il représente, profondément ancré dans l’histoire de l’ensemble de notre pays, le parti anticapitaliste de masse et de classe que l’Allemagne n’a plus connu depuis 1933.

C’est cet acquis que nous voulons défendre, faire renaître. Plus que jamais, le monde du travail, la France ont besoin du Parti communiste français ! L’échange, la solidarité avec nos camarades allemands seront aussi importants dans cet objectif.

Par Vive le Parti Communiste Français

1 Commentaire

Jean Luc Tournay, Conseiller Régional, soutien aux salariés de Nexans et NCF à Chauny

A Monsieur le Rédacteur en Chef,
 
  Je vous prie de bien vouloir insérer ce communiqué dans vos colonnes:
 
      L’annonce de fermeture des sites Nexans et NCF est une catastrophe de plus pour notre région et pour le bassin de l’emploi de CHAUNY déjà durement touché par le chomage.
      C’est également un véritable coup de massue pour les salariés de ces entreprises et leurs familles auxquelles j’apporte tout mon soutien avec le Groupe Communiste et Républicain du Conseil Régional de Picardie présidé par M. Gremetz.
      Une fois de plus,sous couvert de la crise économique,on licencie à tour de bras dans une entreprises qui réalise des profits. L’annonce brutale de ces licenciements,220 à Chauny sur 380 en France est plus que choquante. D’ores et déjà,je soutiens toutes les actions qui se mettront en place avec les Salariés pour préserver l’outil de travail et empècher tous licenciements.
 
        Jean-luc TOURNAY
        Conseiller Régional de Picardie
.
 

Calais aujourd’hui….ailleurs demain: Honte à la France…Honte à Besson, Hortefeux , Sarko and company

Ministère des Affaires Populaires

MAP

Image de prévisualisation YouTube

 

 

France-Télécom ou (souf)France-Télécom ?

Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail national de « France Télécom »

à Paris, le 10 septembre 2009

Déclaration du représentant de la CGT

Le code du travail nous dit que l’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs…

Le statut de la fonction publique est également sensé protéger les fonctionnaires…

Nous accusons l’employeur  « France Télécom » de ne pas respecter ses obligations. Pire, il organise méthodiquement la déstabilisation de ses salariés.

Dans quel contexte sommes-nous ? Revenons quelques années en arrière pour éclairer le présent …

En 1994 l’offensive EO2 était lancée. C’était le début de 15 ans de restructurations permanentes. 2 motifs à EO2 : la recherche effrénée de la productivité et la déstabilisation du personnel pour freiner la résistance face au processus de privatisation.

A l’automne 1997, après les lois Fillon de 1996, « France Télécom » était privatisée. La guerre faite aux salariés s’accélérait, et peu de temps après, la guerre économique dans le secteur des télécoms menait « France Télécom » à un endettement abyssal, sous l’égide de l’état et du PDG M.Bon.

En 2002, Thierry Breton punissait à nouveau les salaries de « France Télécom » avec ses plans d’austérité 3×15 milliards et TOP.

C’est à cette époque que la CGT, les syndicats, mais aussi par exemple la Sénatrice Marie-Claude Beaudeau  interpellaient l’Etat actionnaire majoritaire à propos de la situation dramatique de la santé au travail.

Mais l’Etat s’en lavait les mains et poursuivait sa sinistre besogne en privatisant totalement « France Télécom » le 31 décembre 2003.

Alors que la commission nationale sur le stress à « France Télécom » allait pendant des années caractériser les origines du stress et les dénoncer, le PDG Lombard, lui, allait prolonger et amplifier le mode de management qui détruit les hommes et les femmes de l’entreprise, avec les plans Next et Act.

Il y a de quoi être choqué par les drames de ces dernières années, de ces dernières semaines, et par celui d’hier à Troyes, ainsi que par les milliers de collègues malades de stress dont beaucoup sont dans des états dépressifs.

Pour la CGT, tout ce qui nous arrive n’est pas  fatal, mais résulte de choix stratégiques élaborés par les hauts dirigeants de « France Télécom » au service des gros actionnaires.

Il faut totalement ré orienter cette stratégie et mettre les homes et les femmes qui composent « France Télécom » au centre du dispositif.

Il faut en finir avec les restructurations, les externalisations, les suppressions d’emploi. En finir avec le fait que dans cette boîte, des chercheurs d’emplois interne à la recherche d’un hypothétique job côtoient des collègues qui croulent sous la charge de travail . Il faut en finir avec cette logique qui conduit à externaliser les métiers techniques, à obliger les techniciens à se reconvertir sur les métiers de la vente, alors que pendant ce temps là, des salariés spécialistes de la relation client en télécommunications sont mis à la porte de « Photo Station », de « Photo Service », de « Télé-Performance », qui sont des sous-traitants de « France Télécom ».

Face à ce désastre, la CGT prône la lutte unie des salariés des télécommunications.

La CGT prône aussi la mise en place de véritables CHSCT de proximité à « France Télécom ».

Nul doute que le lancement de la négociation nationale sur la prévention du stress à « France Télécom » sera l’occasion de mobilisations syndicales que nous souhaitons les plus unitaires possible. Dès maintenant, la perspective de la grande journée d’action nationale et mondiale du 7 octobre est à saisir. Car tous ensemble, en résistant à « France Télécom » et en imposant une alternative économique et sociale, oui, nous pourrons ré-humaniser la Société Anonyme SoufFrance Télécom, dans laquelle nous avons parfois été fiers de travailler !

Congrès de Die Linke avant les élections législatives : social-démocrate jusqu’au bout

La gauche du parti sur la défensive, les éléments anticapitalistes ouvertement étouffés. Tout est en ordre et l’imagination surtout pas au pouvoir.

Le congrès du parti à Berlin a, comme prévu, validé pour l’essentiel le programme présenté par la direction pour les élections législatives du 27 septembre 2009, accentuant même sur certains points son orientation droitière. Les amendements anticapitalistes ou des propositions favorables aux intérêts des salariés ou des chômeurs, ont été repoussés, à de rares exceptions près, par la majorité des délégués. Le congrès s’est plié à la mise en scène de la direction visant à donner aux médias l’image d’un parti harmonieux et discipliné. Le dynamisme et l’ouverture des congrès de 2005 et de 2007 appartient au passé.

 Aucune conception nouvelle du social

En 2005 le « Linkspartei PDS » s’était présenté aux élections avec le slogan : « pour une nouvelle conception du social ». Quatre ans plus tard, la revendication de 2005 a été abandonnée. Le programme électoral s’intitule « Fermement social. Pour la démocratie et la paix » et n’inclut aucune conception nouvelle du social, car il se situe complètement dans le cadre de l’ordre social et politique tel qu’il a été pensé et mis en œuvre essentiellement par la social-démocratie au cours du 20e siècle.

C’est Oskar Lafontaine qui a présenté aux délégués le programme électoral. Partant du mot d’ordre « Oser plus de démocratie et de liberté » et des contraintes de la crise économique mondiale, il a esquissé un programme qui vise un réaménagement et une réorganisation de l’économie de marché. A aucun moment, la logique du profit et de la concurrence n’a été remise en question. Il faut produire comme avant, toutefois Die Linke envisage de faire des salariés, dans cette société capitaliste, des actionnaires de leur entreprise. De plus, la cogestion devra être étendue. Ceci est justifié par le fait que la coresponsabilité des salariés évite « les erreurs du système et met les intérêts sociaux des salariés au centre » comme c’est dit dans le chapitre 2 du programme électoral. Une position déjà inacceptable sur le plan théorique, car l’idée qu’une participation des salariés puisse abolir les lois du marché est insoutenable. Peu importe qui possède une entreprise dans l’économie de marché mondialisée, ce sont les lois du marché qui décident. La participation des salariés et un élargissement de la cogestion ne constituent qu’une nouvelle forme de collaboration de classes. Mais dans la pratique aussi, de telles tentatives ont déjà été faites par le mouvement ouvrier et ont toujours échoué comme on pouvait s’y attendre. Die Linke passe ces expériences sous silence. Toute tentative de rénover et d’élargir les compromis entre les classes du siècle dernier auxquels le capital a renoncé, est par ailleurs impossible, car les conditions économiques, qui prévalent depuis 1990, n ‘incitent en aucune manière le capital à rechercher un nouveau compromis.

Partant du fait que ce n’est pas le capitalisme qui a échoué mais uniquement le capitalisme financier et que le compromis de classe passé est actualisable, Die Linke propose des réformes pour contrôler les marchés et humaniser les règles néolibérales du marché. Aucune des revendications n’est élaborée en partant exclusivement de la nécessité de satisfaire les besoins des catégories de personnes qui sont censées en profiter. Les revendications se limitent à chaque fois à ce que la direction du parti considère comme réaliste, possible en vue d’une coalition, même si de ce fait, ces revendications deviennent insuffisantes. Il manque la volonté politique de défendre sans réserves les intérêts des salariés.

De la même façon que dans le domaine de la démocratie économique, die Linke veut remettre au goût du jour les idées de la social-démocratie des années vingt du vingtième siècle, elle se rapproche de celle des années soixante-dix en ce qui concerne la démocratisation de la société. Même si le refus des restrictions des libertés publiques et l’exigence de transparence et de davantage de démocratie directe sont évidemment partagées par les autres forces de gauche, il faut insister sur le fait qu’une société dans laquelle la démocratie s’arrête devant les portes des entreprises et des administrations ne sera jamais ni démocratique, ni libre et que la cogestion exercée par des représentants non contrôlés, que Die Linke veut étendre, ne correspond pas à ce qu’on peut attendre d’une véritable démocratie sociale.

Le programme est défensif, non pas seulement dans ses grandes lignes, mais aussi en ce qui concerne de nombreuses revendications isolées. Il y a des progrès par rapport au programme de 2005 pour ce qui est du montant du salaire minimum et de l’augmentation du revenu minimum d’existence à 500€. Ces positions ont pu être conservées comme objectifs à moyen terme grâce à la pression sur la direction exercée de l’intérieur et de l’extérieur du parti au printemps 2009 et en dépit des interventions pressantes des politiciens « réalistes » de l’Est du pays. En revanche il ne fut pas possible de faire accepter une revendication suffisante pour la réduction du temps de travail. Même un amendement modéré pour que le parti exige que la semaine de 35 heures soit le minimum légal a été repoussé au nom de l’impossibilité de trouver un allié pour défendre ensemble cette revendication au Parlement. Par ailleurs, en demandant seulement que l’on revienne sur la retraite à 67 ans, Die Linke a opéré un recul par rapport à 2005, où le parti exigeait encore la retraite à 60 ans. On voit ici comment après une lourde défaite, il adapte ses revendications aux nouvelles conditions dictées par la classe dominante.

 Adepte de la « Realpolitik » et répressif

La ligne défensive de la direction renforce au sein du parti l’aile droite des « réalistes » de l’Est. Cela s’est vu au congrès, où la direction n’était pas seule à défendre l’idée qu’il faudrait à l’avenir participer au gouvernement dans les cinq Länder de l’Est et même y avoir des présidents de Länder. Sans être aucunement troublés par le fait que la crise économique et le la limitation sévère des déficits budgétaires inscrite dans la Constitution ne permettra pas aux gouvernements des régions de faire autre chose que de terribles coupes sombres dans les programmes sociaux, la clique des responsables de l’Est au complet aspire à gouverner avec le SPD dès que possible et où c’est possible. Parallèlement les présidents de Land et les têtes de liste à l’Est annonçaient qu’en cas de participation gouvernementale, ils sont prêts à rester très en deça du programme. C’est le SPD et non pas Die Linke qui bloque la constitution de gouvernements « rouge-rouge » assure Oskar Lafontaine. Au vu de ces perspectives pour les Länder, on peut à peine se consoler en pensant qu’aujourd’hui encore l’entrée du parti die Linke au gouvernement fédéral est impossible en raison de ses positions en politique étrangère.

A mesure que l’aile droite profite de la ligne de la direction du parti, l’aile gauche se retrouve toujours plus sur la défensive. A la différence du congrès de préparation des élections européennes de la fin février où il y avait une courte majorité pour des amendements de gauche, la gauche du parti a perdu des positions à Berlin. Le présidium et la direction du congrès s’accordaient manifestement pour trouver que les initiatives de la gauche dérangeaient l’organisation qu’ils avaient prévue. Non seulement des membres de la direction du congrès se sont permis de reprendre des orateurs de gauche et de polémiquer avec eux, mais la liste des orateurs établie par le sommet ne laissait que très peu de place à la gauche, et des contributions provenant d’anticapitalistes furent même étouffées. Certains amendements n’ont délibérément pas été soumis à la discussion ni au vote. Des centaines de marque-pages promotionnels du journal en ligne indépendant « scharf–links » furent retirées de la circulation par des membres du service d’ordre ainsi qu’un tract du réseau de la gauche socialiste « Marx 21 ». Le SDS et le courant droitier « Forum du socialisme démocratique » purent en revanche déposer sans difficulté des tracts sur chaque siège. Die Linke démontre ainsi que la seule liberté d’opinion qui lui importe est celle qui permet aux opinions qui conviennent à la direction de s’exprimer.

Certains membres de la direction du parti et de l’appareil se montrèrent répressifs et même méprisants à l’égard de militants de leur propre parti alors que ceux-ci venaient au congrès comme spectateurs. Tout d’abord ils furent empêchés d’entrer par les membres du service d’ordre. Finalement le congrès accepta la proposition d’une jeune déléguée de mettre fin à cette pratique. Cependant d’autres membres du parti se virent quand même interdire l’accès. Lorsque je demandai à un membre du service d’ordre pourquoi la décision du congrès n’était pas respectée il me fut répondu : « Vous devriez être contente, vous pouvez quand même travailler plus tranquillement lorsqu’il n’y a pas trop de contestataires dans la salle. »

BARTELMUS-SCHOLICH Edith

* Edith Bartelmus-Scholich est éditrice du journal en ligne « scharf-links » consulté chaque jour par des milliers de militant-e-s de la gauche allemande qui y trouvent une information critique de qualité en particulier sur ce qui se passe dans Die Linke.

5ème Festival GROLANDAIS – A quand l’entrée gratuite pour tous ?

Suite aux différents articles de presse sur le 5ème festival GROLANDAIS, j’ai envoyé cette article pour plus de précisions sur le coût de cette manifestation et des fonds publics qui sont versés.

 

Loin de moi l’idée de vouloir chercher la polémique, mais comme je le fais depuis quelques années il me semble important de pointer que Canal + ne donne « que » 22 000€ et 3 000€ de partenariat divers soit 25 000€ sur un budget de 260 000€ !

La région avec des fonds publics donne 80 000€ et 34 500€ (emplois solidaires) soit
114 500€ sur un budget de 260 000€.

Il faut bien entendu rajouter le SMACOPI 12 000€, le CG80 10 000€ et la ville de QUEND pour 25 000€ soit 47 000€.

114 500€ + 47 000€ = 161 500€ (argent public)

Force de constater qu’il faudra payer son entrée et le parking !

Dans le document de demande de cinepax il est écrit recette merchandasing/bar/parking et dans le document de la région bar et parking disparaissent pour devenir « ventes diverses » !

Qui correspond à une recette de 70 000€

Donc argent public impôt 161 500€ + le contribuable qui paiera une 2ème fois avec son argent (entrée, parking, bar, etc.)70 000€ = 231 500€ sur un budget de 260 000€

Il me semble que sur ce genre de festival qui fera la publicité d’un grand groupe privé comme canal+, que ceux qui gèrent l’argent public pourraient au moins demander que celui-ci (canal +) donne la moitié de la somme et que les entrées, parking soit gratuit…

Canal + est capable de donner des centaines de millions pour les droits de TV football par exemple et ne donne que 25 000€ pour ce festival qui doit exister et qui a toute sa place !

Cela n’est pas correct à mon sens.

Voilà mon point de vue, ce qui ne m’empêche pas d’apprécier ce festival « que je regarde à la TV ».

Toujours avec le souci d’informer sur les dépenses de l’argent public.

Jean-Luc BELPAUME

Conseiller Régional de Picardie

Trop fort…

[gv data= »http://video.google.com/googleplayer.swf?docId=

 

&hl=fr »][/gv]

http://www.wat.tv/video/defi-recruter-pour-ump-fete-huma-1seh4_hzlh_.html

Un petit clic ….

Soutien de Jean Luc Tournay, Conseiller Régional aux salariés de Barelec en lutte

    J’apporte tout mon soutien aux salariés de Barelec dans leurs luttes pour préserver leur outil de travail et leurs emplois. Ne pouvant ètre présent ce vendredi 11 septembre à 14 H O0 étant retenu au rassemblement de la Courneuve, je vous souhaite tous mes voeux de réussite dans vos actions et reste à votre disposition pour toute aide et intervention avec le Groupe Communiste et Républicain présidé par Maxime Gremetz au Conseil Régional de Picardie.
 
                               Jean-luc TOURNAY
 
                             Conseilller Régional
 
 
    Pour me joindre: 
    tel: 0608883458
    mel:jltournay@live.fr
    Courrier: 21 Rue jacques Prévert 02100 Saint-Quentin
                
 

12

LIVRY SUR SEINE |
Le blog des idées non-reçue... |
Parcours d'une jeune consei... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | MoDem de l'Ariège
| Bernard Ramond - Pour que v...
| la republique c'est l'arrac...